‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 53 sur 613 · L'ORDIŒ IONIEN ET DORIEN · texte numérisé non relu

L'ORDIŒ IONIEN ET DORIEN

fose autour de la cella où réside la divinité. Il présente déjà le caractère de symétrie et d'unité qui en fait un tout harmonique, et non pas un édifice indéfini comme en Egypte, ou une monstrueuse pagode comme dans l'Inde. On reconnaît que les diverses parties de l'édifice sont chacune à leur vraie place et se relient les unes aux autres pour produire une impression d'ensemble. La beauté de Tarchitecture grecque ne réside ni dans les formes gigantesques, ni dans la prodigalité des matériaux précieux, mais dans la proportion et la mesure, dans la grâce des lignes et des contours. C'est une beauté intellectuelle et non une beauté matérielle. Il serait aussi impossible au panthéisme oriental de produire ce genre de beauté que d'écrire une Iliade. La sculpture n'atteint pas la perfection en même temps que l'architecture; la sculpture religieuse est la plus retardataire, parce qu'elle est plus liée à la tradition. Elle se contente encore de tailler le bois; elle le surcharge d'or et d'ivoire, et la valeur esthétique est sacrifiée à l'ornementation. Les dieux sont représentés assis ; une expression solennelle et même austère est répandue sur leurs traits.

La sculpture laïque a une allure plus libre. Le modèle humain qu'elle commence à copier lui est fourni dans sa plus grande beauté par la race hellénique, et les jeux de gymnase en favorisent l'étude. On commence à orner les frises des temples de statues consacrées aux grands souvenirs de l'âge héroïque. Les marbres d'Egine que Ton admire à Munich appartiennent à cette période; ils nous font connaître exactement ce que l'on entendait I 8

i 1 4 LART AVANT PERICLES.

par le Style ancien. On reconnaît ce style à la régularité des plis du costume, à la frisure symétrique des che\eux, à la tension des doigts, à un caractère de roideur partout répandu sur le corps. Cependant la statue n'est plus enchaînée et immobile comme à la précédente période. Elle a reçu le mouvement de la vie, mais c'est un mouvement qui a une régularité mécanique; les traits sont fortement accusés, mais l'âme n'y brille pas encore, et le rayon de la beauté n'a pas jailli du foyer intérieur. L'époque suivante (de Périclès à Alexandre, 460 à 330 av. J.-C.) est celle du grand art de la Grèce. Tandis qu'Eschyle et Sophocle donnent dans leur poésie une expression sublime à l'idéal tel que l'entrevoyait la race hellénique, Phidias le grave sur le marbre, l'or ou l'ivoire, et trouve encore moyen de l'épurer en le réalisant. La statue ne semble pas simplement se mouvoir comme à l'époque précédente, elle devient vivante sous le ciseau du grand artiste; car elle a la souplesse, l'allure aisée, la liberté de la vie et je ne sais quelle grâce sereine qui n'a plus reparu. Incessu patuit dea. Les marbres respirent, comme dit le poëte. On n'a qu'à comparer la statue grecque à la statue égyptienne pour comprendre la différence des deux civilisations. L'humanisme a affranchi la personne humaine ; elle marche, elle se meut librement; les mains ne sont plus collées ; les pieds ne sont plus enchaînés. La vie anime ce corps autrefois inerte ; l'homme foule en vainqueur cette terre dont il n'est plus l'esclave, et la légèreté de son pas aérien révèle son affranchissement. Son bras lance le dard ; sa main manie le glaive avec une grâce héroïque.

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