‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 527 sur 613 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

choisit, et non pas nous qui choisissons le Verbe*. Toutefois, cette élection n'est pas pour lui un décret absolu, qui ne tient aucun compte de la liberté. La foi, qui est pour Jean comme pour Paul le seul moyen de salut, ou plutôt le seul moyen de s'approprier le salut, réclame un acte créateur; elle est un enfantement divin, une nouvelle naissance dont l'agent est l'Esprit de Dieu^ ; mais elle est en même temps une œuvre, l'œuvre par excellence, qui contient en germe toutes les autres'. La foi, en effet, n'est pas simplement une acceptation confiante du pardon, elle est tout d'abord une vue spirituelle de Dieu dans le Verbe incarné, accompagnée d'un acte de soumission qui nous amène aie suivre*. Elle est plus encore, elle nous unit si étroitement à son objet qu'elle nous assure sa possession ; nous nous l'assimilons comme le pain que nous mangeons et qui devient une partie de notre substance corporelle ^. Elle est une communion réelle avec le Fils et avec le Père; par elle nous demeurons en Jésus-Christ, tirant de lui notre sève, comme le sarment la tire du cep**. Ainsi comprise, la foi nous communique les trois grands attributs de Dieu. Par elle «nous sommes de la vérité,» ou enfants de lumière, car nous possédons celui qui est la vérité''; nous recevons la vie, la vie divine et

» Oùx Gixstç [X£ è^eXé^acrôs, àW è^w e^eXe^aixvjv ujjlôci;. (Jean XV, 16.)

«0". oùx è^ at[ji,aTwv, o\)lï èy. OeXyjixaxoç aapicbç, oùSè ex GeXiri- [j.aTOç àvBpbç, àW èy, 0£oij eYevvrjôsaav. (Jean 1, 13.)

3 ToîjTO èaii 10 IpYOV tou 0soD, iva T'.JTeùavjie elq ov aTuéîTe'.Xev è'/.etvoç. (Jean VI, 29.)

* Jean X, 4; XII, 26; XIV, 7-9. - s Jean VI, 53. - « Jean XV, 1-4.

■' Jean XII, 36.

ELLE EST JUSTIFIANTE ET SANCTIFIANTE. 34o

éternelle, avant môme que la barrière qui nous sépare du monde invisible soit tombée ' ; nous sommes enfin perfectionnés dans l'amour. Avoir Jésus-Christ demeurant en soi, goûter intimement sa communion, n'est-ce pas aimer, aimer au sens le plus élevé et le plus beau ?

Saint Jean, qui ne sépare jamais la théorie de la pratique, l'idée du fait, la vérité de son application, unit étroitement la foi justifiante et la sainteté. La seconde est déjà renfermée dans la première d'une manière implicite. Aussi au point de vue idéal et absolu, le croyant est un saint : Quiconque est né de Dieu, ne fait point de péché'. Mais l'apôtre, qui ne sacrifie l'idéal à aucune exigence, reconnaît la faiblesse du chrétien. Il rappelle que si tout péché est une coupable inconséquence, le médiateur remplit encore son office de réparation pour ceu\ qui se repentent. Toutefois Jean ne tolère aucune confiance illusoire ; il n'admet pas que la vie dans le mal soit compatible avec la foi. Quiconque croit a été transporté dans une sphère divine, dans la sphère de l'amour. En sortir par la haine ou l'amertume, c'est rentrer dans les ténèbres^. Après nous avoir donné la théologie de l'amour, Jean nous en donne la morale. Nous devons devenir semblables à Dieu, car comme chrétiens nous sommes nés de lui. Le rayon de sa charité doit briller en nous, et le Verbe incarné et immolé, qui a été son image empreinte, doit être la lumière de tout homme né de nouveau, comme le Verbe créateur était la lu-

• '0 z'.a-eûwv dq xbv utbv, eyst ^wyjv atdjv.ov, (Jean III, 36.) » 1 Jean III, 9. — » 1 Jean III, 10-15 ; IV, 8.

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