‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 530 sur 613 · DIMINUTION DE LA PIETE · texte numérisé non relu

DIMINUTION DE LA PIETE

comme à Coriutho, où les éléments mauvais font explosion, où le mal comme le bien a un caractère énergique; de telles crises laissent espérer des retours aussi prompts que les écarts qui avaient provoqué de sévères avertissements. Il n'en est plus de même au temps où saint Jean écrit le livre des révélations. La sève est ralentie ; la première charité tend à disparaître \ et la tiédeur remplace l'ardeur et l'élan^. Cette situation est d'autant plus grave que l'on en a moins conscience et qu'elle se complique d'illusions dangereuses. Depuis leur fondation, les Eglises se sont considérablement accrues; leur importance extérieure gagne tous les jours. Un grand nombre des chrétiens de la première génération, de ceux qui avaient fait le pas décisif et avaient abandonné les idoles pour le vrai Dieu, sont morts. Le christianisme nominal et apparent y a fait invasion. Aussi quelques-unes de ces Eglises se croient riches, tandis qu'elles sont dans la plus affreuse indi- • gence spirituelle^. La mond;mité s'y introduit déjà, et comme la mondanité, en Asie Mineure, dans ces villes opulentes et voluptueuses, c'est la corruption orientale, on peut signaler de funestes rapprochements entre les chrétiens et les païens, qui provoquent des chutes scandaleuses. Les premiers ne gardent pas toujours dans leurs rapports avec les seconds la réserve prudente, si nécessaire dans une civilisation profondément souillée par le paganisme et ses infâmes pratiques. On les voit trop souvent s'asseoir à des festins qui ont pour con-

• Tr,v àvarrTjV cou tt,v ■rpû)r/;v isï;y.ar. (Apoc. II, 4., g

* Apoc. ili, lo. — 3 At-oc! III, 17. ' I

DIMINUTION DE LA PIETE. 3oo

séquence naturelle et presque obligée d'impurs plaisirs. Les relations de parenté et d'ancienne amitié se transforment en tentations redoutables*. Ces tentations grossières n'empêchent pas les plus subtiles. L'esprit de rivalité s'est déchaîné, et des hommes comme Diotrèplie trouvent une pâture à leur ambition dans des Eglises devenues plus considérables^. Cette passion de domination est encore contenue, mais elle nous fait prévoir tous les envahissements de l'esprit clérical après que le dernier des apôtres aura disparu. ÎN'éanmoins, la foi et l'amour portent encore leurs plus beaux fruits dans ces Eglises. Elles renferment un noyau de croyants sincères qui, semblables à Gaïus, déploient toutes les vertus chrétiennes ^, et donnent des preuves éclatantes de leur charité en recevant avec empressement les frères qui viennent de l'étranger, ou les pieux missionnaires qui parcourent la contrée. On y compte aussi beaucoup déjeunes gens qui ont vaincu le mal ^. Cependant, l'état de ces Eglises inspire une juste inquiétude à saint Jean, parce qu'il voit clairement où conduira ce christianisme extérieur et nominal qui est encore contenu dans de certaines limites, mais qui plus tard est destiné à ctouiFer tant de forces généreuses dans la société religieuse et à embarrasser si souvent sa marche.

* Oavctv eisioAcOuta, x.ai zopvôljsa'.. (Apuc. II, 14.) Baur voit daus ce passage une condamnation explifite des idées de saint Paul; mais il faut remarquer que Jean ne parle pas simplement du fait de manger des viandes sacrifiées aux idoles; il parle en même temps de la débauche païenne. Il ne traite point ici une question de principe; il se borne à conibaltre les tristes retours de la corruption du paganisme dans l'Eglise.

» 3 Jean 9, 10. — ^ 3 Jean 5, 6. — M Jean II, 13.

Page 1