PHIDIAS
félicité qui le remplit et qu'entretient la facilité avec laquelle il crée ces types incomparables. On sent que riiumanité n'a pu avoir qu'un moment pareil, et que ce moment a dû être court.
IVous avons déjà nommé l'artiste par excellence de cette période. La Pallas et le Jupiter Ohjmjiien de Phidias sont ses deux chefs-d'œuvre et les chefs-d'œuvre de la sculpture elle-même ^ Ces statues, exécutées avec les matières les plus précieuses dans des proportions colossales, donnent à la divinité une sublime expression de majesté et de beauté; elles contribuèrent à purifier l'idée religieuse. Les fragments des frises du Parthénon nous prouvent que le grand sculpteur savait aussi bien représenter la mêlée d'un combat que le calme suprême de la divinité. Mais quel que fût le sujet qu'il traitât, il demeurait toujours fidèle à son haut idéal ; il conservait la beauté exquise des formes. Polyclète de Sicvone, l'auteur de la Junon d'Argos, fut le digne émule de Phidias. Après lui, Praxitèle et Scopas, non moins habiles pour tailler le marbre, n'obéissent pas à une inspiration aussi élevée. C'est la beauté voluptueuse d'Aphrodite qu'ils se plaisent à reproduire ; les Vénus de Praxitèle respirent la volupté, non pas une volupté grossière , qui ne serait plus du domaine de l'art , mais une volupté élégante, délicate, non moins dangereuse. On sent que le règne des courtisanes a commencé, et que la Grèce est déjà descendue des hauteurs sereines où elle s'est élevée un moment. Cependant
1 Voir le Jupiter Olympien de Quatremère de Quincy.