CLÉMENT DE ROME
prédication \ Clément d'Alexandrie va jusqu'à l'appeler apôtre, tandis qu'Origène se contente de le désigner comme disciple des apôtres". Distingué déjà par Pierre et Jean comme l'un des chrétiens de Rome les plus éminents par la piété et la capacité, il fut élevé par eux à l'épiscopat, non pas à Tépiscopat dénaturé du troisième ou du quatrième siècle, mais à celui du premier siècle , identique en tout point à la charge d'ancien. Clément a partagé la direction de l'Eglise avec Linus et Anaclct, qui ont été évêques ou anciens en même temps que lui. Après la mort de ses collègues, il demeura le seul ancien de l'époque apostolique et fut par conséquent investi d'une autorité morale toute particulière \ On ne sait rien de précis sur sa mort.
1 '0 v.x\ xwcay.w- -.zbç [J.a7.as(c'j; h::,z~SKyjz. ([renée, dans Eusèbe, //. E., y, 6.)
2 '0 àzi^TSAc; KA-/;;xr,ç. (Clément d'Alex., Stromat., IV, 17; Origène, De princip., II, 3,)
3 Au point de vue des théories épiscopales, il est impossible de mettre d'accord les témoignages des Pères sur l'entrée en charge de Clément. En effet, d'après TertuUien, il aurait succédé immédiatement à Pierre (De prxscript., c. XXXII). C'est également l'assertion de saint Jérôme : « Et Clemens vir apostolicus, qui post Petrum romanam ecclesiam rexit. » {In Esaia, 52.) Au contraire saint Augustin et les Constitutions apostoliques font de Linus le successeur de Pierre (S. Aug., Ep. LU, ad Genedosum ; Constitut., VII, 46;. Irénée fait succé'ier Anaclet à Linus, en sorte que Clément ne viendrait que le troisième [Adv. Hccres., III, 3; Eusèbe, H. E., V, 6). On a essayé de résoudre la difficulté en faisant mourir Linus et Anaclet avant la mort de Pierre, dans la persécution de Néron ; mais il faut pour cela récuser le témoignage formel d'Eusèbe. Epiphane a imaq-iné que Clément, dans l'intérêt de la paix, aurait cédé l'épiscopat à Linus [Hxres., XXVII, 6). Comment n'a-t-on pas vu que Clément lui-même nous mettait sur la voie de la vraie solution? Dans son épître, il n'admet que deux degrés dans la hiérarchie de l'Eglise : les anciens ou évoques et les diacres. Il était donc lui-même l'un des anciens de l'Eglise de Rome, et il a pu l'être en même temps que Linus et Anaclet. La manière
38i SA LETTRE A L'ÉGLISE DE CORINTHE.
Mais il nous a fait connaître lui-même l'événement le plus important de sa vie, sou intervention officieuse dans les troubles qui agitaient de nouveau l'Eglise de Corinthe. Sa lettre nous permet de saisir sa physionomie morale. 11 l'écrivit vers la fin du premier siècle ou le commencement du second '.
On en connaît l'origine et le but. Il s'agit pour Clément de ramener la bonne harmonie dans l'une des Eglises les plus glorieuses du siècle apostolique, dans cette Eglise de Corinthe pacifiée autrefois par saint Paul et qui semble, d'après le tableau qui en est tracé au commencement de l'épître -, avoir passé de longues années de calme et de prospérité. L'auteur s'attache d'abord à caractériser le mal qu'il faut guérir, cet esprit jaloux et séditieux qui est né chez les Corinthiens d'une orgueilleuse satisfaction d'eux-mêmes et qui a fait fuir du milieu d'eux la justice et la paix. Clément presse vivement les schismatiques de se repentir, et de revenir à des sentiments d'humilité et de paix\ Il appuie ses exhortations par de nombreux exemples empruntés à l'histoire sacrée, insistant surtout sur la douceur de Jésus-Christ. Dans la seconde partie de sa lettre, le pieux ancien de l'Eglise de Rome aborde un ordre de considérations plus directement évangéliques. Il rappelle aux Corinthiens la valeur et la grandeur de la
dont il est parlé de lui dans le Pastor Hermas justifie tout à fait cette opinion: «Scribe ergo duos libelles et mittes unum Clementi et unum Graptae. » [Pastor Hermas, Visio II, 4. — Voir Hilgenfeld, Apostolische Vxter, 99.)
1 Voir la note I ;\ la fin du volume.
« Clément, Epist. ad Corinth., c. I, 3. — i» Id., VII, 23.