IGNACE
Jeau, selon toute probabilité, et n'ait pas personnellement connu saint Paul, il est évident qu'il s'est formé à l'école de ce dernier. Il est pénétré de son enseignement, et même il rappelle le grand apôtre dans son caractère. Ignace a été trop souvent considéré comme le plus vigoureux champion du système épiscopal, imbu de tous les préjugés de la hiérarchie cléricale. On peut maintenant, grâce à des découvertes récentes, réduire ces assertions à leur juste valeur. En effet, d'après un manuscrit syriaque qui a jeté la plus vive lumière sur la question, trois seulement des sept lettres attribuées à Ignace sont authentiques ; il est même possible de dégager le texte des surcharges qui l'altéraient * . Cette épuration a rendu aux lettres d'Ignace leur vrai caractère; si l'on y retrouve encore la tendance épiscopale, c'est dans la mesure où elle pouvait se manifester au commencement du second siècle, et au lieu d'un tissu de légendes, nous avons des détails précis sur le martyre du courageux évêque ^.
La lettre de Pline à Trajan nous a appris que le christianisme avait fait de grands progrès en Asie Mineure. Ces progrès avaient effrayé les magistrats et amené des
* Voir la note K à la fm du volume.
2 Nous n'admettons pas l'authenticité des Actes du martyre d'Ignace, même dans leur version la plus moderne. Voici nos raisons : 1° les Actes n'ont pas été connus par Eusèbe, car il n'entre dans aucun détail sur l'entrevue entre Trajan et Ignace, ce qu'il n'eût pas manqué de faire s'il eût lu les détails circonstanciés renfermés dans les Actes sur cette entrevue; 2" ils parlent d'une persécution générale qui n'a pas eu lieu sous Trajan; 3" ils renferment un anachronisme flagrant. En effet, ils placent le martyre d'Ignace en 106 et font par conséquent venir Trajan à Antioche à cette date. Or il n'y vint qu'eu l'an 115, au retour de sa guerre contre les Parlhes.