‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 556 sur 613 · SON VOYAGE · texte numérisé non relu

SON VOYAGE

diminué sous Trajan. Aussi quand Toccasion se présentait, avec quelque apparence de justice, de donner à la populace de Rome un spectacle d'autant plus recherché qu'il était plus rare, on s'empressait d'en profiter. Ignace devait paraître un criminel de la plus dangereuse espèce. Il fut envoyé à Rome lié de chaînes, conduit par dix soldats, qu'il compare à des léopards. Si son voyage ne ressemble en rien à la marche triomphale décrite par ses lettres apocryphes, il n'y a aucune difficulté à admettre qu'il put obtenir de temps à autre de communiquer avec ses frères. La conduite des Eglises à son égard est une preuve touchante de l'amour qui unissait tous les chrétiens entre eux. Elles lui députent non pas de nombreuses ambassades, mais quelques délégués qui les représentent auprès de lui. Celle d'Ephèse lui envoie l'un de ses évêques. Ignace profite de la liberté qui lui est laissée pour adresser ses dernières exhortations à ses compagnons d'œuvre.

Enchaîné, voué à une mort certaine, son martyre a déjà commencé. Chacune de ses paroles a une autorité et une solennité incomparables. Quelle impression devaient produire sur les Eglises des avertissements donnés par un homme qui leur écrivait : « Et maintenant j'apprends dans les fers à ne plus rien désirer. J'ai déjà commencé à combattre contre les bêtes, de Syrie jusqu'à Rome, au travers de la mer et de la terre, enchaîné à dix léopards, que les bienfaits rendent encore plus cruels. Leurs injustices me font toujours plus le disciple du Crucifié, mais ce n'est pas cela qui me justifie. » Ecrire dans de telles conditions, ce n'est pas

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