SES TROIS LETTRES
simplemenl écrire, c'est rendre le saint et douloureux témoignage du martyre * . Ses trois lettres sous leur forme authentique sont les adieux d'un héros chrétien. Elles ont cette concision vigoureuse qui appartient à la parole d'action. On voit qu'elles ont été écrites à la hâte par un homme qui voudrait mettre tout son christianisme dans les quelques mots qu'il trace furtivement aux rares moments qu'il dérobe à ses farouches gardiens. Un feu étrange jaillit de ces mots heurtés.
La première lettre d'Ignace écrite à Polycarpe, le jeune évoque de Smyrne, et la seconde adressée aux Ephésiens dans la personne de leur évoque Onésimc, révèlent chez le martyr le digne héritier de saint Paul et de saint Jean, un disciple fidèle du pasteur idéal qui donne sa vie pour ses brebis. Ignace est en effet un grand pasteur, grand par l'amour qu'il porte aux Eglises, comme par son dévouement. S'il a contribué à fortifier outre mesure le pouvoir épiscopal, au moins en a-t-il héroïquement compris les devoirs. Les conseils qu'il donne à Polycarpe sur l'exercice de sa charge sont ceux d'un vieux combattant, qui passe à de jeunes mains le drapeau déchiré qu'il a vaillamment porté. Toutes les images employées par lui rappellent la condition militante de l'Eglise des martyrs. «Veille, dit-il à Polycarpe, comme un athlète de Dieu; le prix du combat est l'incorruptibilité et l'immortalité. Demeure ferme dans la vérité, comme une enclume que l'on frappe. C'est d'un grand athlète d'être frappé et de vaincre. Il nous faut princi-
» 0Y;piO|xaxôi oià OaXâccrvjç %at yyjç. {Epist. ad Roman., c. III.) Nouf? citons d'après le texte donné par Bunsen {Analecta anfenicxna, c. I.)