‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 561 sur 613 · SA SOIF IMMODÉRÉE DU MARTYRE · texte numérisé non relu

SA SOIF IMMODÉRÉE DU MARTYRE

de Dieu, la dent des bêtes féroces me broiera pour me faire devenir le pain purifié de mon Dieu. Flattez plutôt ces bêtes, afin qu'elles soient pour moi un tombeau et qu'elles ne laissent rien de mon corps qui appesantisse mon dernier sommeil. Je serai un vrai disciple de Jésus- Christ quand le monde ne verra plus mon corps \» Ces mots sont évidemment l'expression passionnée d'un sentiment exagéré. Ignace eût été plus semblable à son Maître en étant plus modéré dans sa soif du martyre, et en attendant avec patience cette heure de sacrifice pour laquelle il pouvait dire aussi «qu'il était venu, » comme chaque témoin de la vérité immolé pour elle. Toutefois s'il y a de l'excès dans son impatience de mourir, cet excès avait son utilité au moment où la carrière s'ouvrait devant des milliers de martyrs. Ceux-ci ne devaient pas oublier avec quelle joie Ignace s'était élancé dans ces arènes dont la poussière devait boire le sang de tant de chrétiens, et les rugissements des lions et les imprécations de la foule furent couverts pour eux par cet hymne triomphal : « Le fer et la croix, les os brisés, les violences des bêtes féroces, les membres coupés et le corps entier broyé, que toutes ces peines diaboliques fondent sur moi, pourvu seulement que j'obtienne Jésils-Christ^. »

Il est juste d'ailleurs de remarquer qu'Ignace n'a point l'idée de conquérir quelque mérite auprès de Dieu par son supplice. Son humilité égale son courage. Après avoir écrit aux Ephésiens qu'il valait mieux se taire et

1 Ad nom., IV.

2 Iva 'lïjcoîi XpiCToD hznbyjsi. {Ad Rom. y IV.)

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