SUPPLICE D'IGNACE
tel homme dût être entaché de ridicule aux yeux de la philosophie sceptique et moqueuse de la décadence. Aussi était-il réservé à Ignace, après avoir subi obscurément son supplice, de subir le mordant persiflage de Lucien, qui l'avait certainement en vue dans son Peregrinus^ comme nous l'établirons plus tard, et qui était loin de se douter qu'il fournirait un témoignage précieux aux défenseurs de l'authenticité des lettres du martyr.
Les Actes d'Ignace rapportent avec détail les circonstances qui précédèrent son supplice, l'impatience des soldats qui pressaient sa marche afin d'arriver à Rome avant la fin des jeux publics, l'empressement des chrétiens à venir au-devant de lui et enfin ses dernières paroles visiblement empruntées à ses lettres ^ Mais tout ce récit n'a aucune valeur historique. Ignace est mort obscurément comme saint Paul et saint Pierre. Kien n'est moins théâtral que la mort des saints.
Il laissait après lui en Asie Mineure un jeune homme, élevé peut-être par Jean lui-môme à la charge d'ancien dans l'Eglise de Smyrne -, et qui devait obtenir une influence considérable auprès des chrétiens de ces contrées : c'était Polycarpe. Ignace avait déjà distingué en lui une remarquable fermeté de doctrine ^ Il était assis sur le roc de l'enseignement apostolique. L'E-
1 Voir ces détails dans les Acta Ignatii. Hœfele, Patres apostol,, 53-57, Colelier, II, 171.
2 TertuUien, De prxscript., 32.
3 « Ayant appris, dit-il, ta doctrine fondée en Dieu comme sur une pierre inébranlable.» ('Qç £7:1 liéipav àxiV/jxov.) [Ad Polyc.,l.)