‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 578 sur 613 · CONFUSION DU JUDAÏSME ET DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

CONFUSION DU JUDAÏSME ET DU CHRISTIANISME

dans l'élection de Dieu un nouveau peuple racheté des ténèbres, et rendu digue de pratiquer sa volonté*. L'auteur méconnaît le vrai caractère du christianisme, par le même motif qui lui fait méconnaître le caractère du judaïsme. L'une et l'autre économie sont envisagées par lui bien plutôt comme une révélation de la loi de Dieu, que comme l'accomplissement progressif d'une œuvre de rédemption. « Pour nous, dit-il, comprenant les commandements comme il faut les comprendre, parlons selon la volonté du Seigneur^. » L'auteur de l'épître attribuée à Barnabas était loin de prévoir qu'il favorisait une réaction judaïque au sein de l'Eglise. En réalité, tout en paraissant établir avec plus de force que ses devanciers la supériorité du christianisme sur le mosaïsme, il identifiait les deux économies. En effet, le judaïsme bien compris, dégagé des fausses interprétations, n'était pas autre chose à ses yeux que le christianisme. Cette conclusion n'est plus possible quand l'Evangile est présenté avant tout comme une rédemption. Le christianisme alors a une valeur unique, incomparable; lui seul a opéré la réconciliation entre la terre et le ciel par le sang de la croix, et il s'élève au-dessus du judaïsme de toute la distance qui sépare le type de la réalité, l'ombre du corps. L'auteur de l'épître attribuée à Barnabas a eu de nombreux disciples qui, laissant de côté ses exagérations, acceptant la pensée fonda-

* '0 uibç TOJ OcOJj tl^ TOJTû TjAÔsv £v cap/l va ï-h léXeiov tcjv àixapT'.wv y.ecpaAaiwrfj 'zXq oiw^aciv Toùç T.pco-q~xq ajxou. {Ep. Barnabas, c. V.)

2 Idem, c. IX.

il4 ALLEGORISME EXAGÉRÉ.

lueiilale ijue Taucienne et la nouvelle alliance sont identiques eu substance, en ont conclu que l'Eglise peut reposer sur les mêmes bases que la théocratie. Il se trouve aiusi avoir favorisé à la fois deux tendances déplorables, le gnosticisme et le catholicisme. Il a fourni • au premier une arme dangereuse en développant outre mesure l'interprétation allégorique des textes sacrés. Saint Paul et Apollos s'en étaient servis avec modération. L'auteur eu a abusé pour soutenir sa thèse, que le christianisme entier est déjà renfermé dans le judaïsme. Il ne recule pas devant les allégories les plus forcées, et souvent les plus ridicules. Si Moïse éleva les mains pour prier, il les éleva en forme de croix, et il a prophétisé clairement par cet acte la crucifixion ^ Quand Abraham a circoncis 318 de ses serviteurs, il a voulu, par ces chiffres symboliques, annoncer que Jésus-Christ serait crucifié ^. Avec de tels procédés exégétiques, il n'est pas de doctrine que Ton ue puisse trouver dans les saintes Ecritures. Le judaïsme égyptien, en les léguant a TEglise, et tout spécialement à l'Eglise d'Alexandrie, lui fit plus de mal que par touies les persécutions qu'il suscita contre elle.

L'auteur de l'épître attribuée à Barnabas annonce le retour glorieux du Christ sur la terre pour inaugurer le vrai repos sabbatique et mettre fin au règne des impies par un solennel jugement ^ L'avenir de l'Eglise fut peint

' Ep. Barnabge, c. XII.

- Le nombre 18 est iudiqué en grec par les leUrcs I et H, qui sont les fU'ux premières lettres liu nom de Jésus. Le nombre 300 est iudiqué par T qui ligure la croix. [Id., c. IX.)

3 Wem, c. XV.

IDEES MILLENAUŒS DE PAPlAS. 415

avec des couleurs bien plus vives par un évêque d'Asie Mineure, contemporain des Pères apostoliques et qui fut le premier des millénaires. Papias, évêque à Hiérapolis en Phrygie, obtint un grand crédit dans Tancienne Eglise, beaucoup plus comme Téciio que comme l'interprète de la tradition primitive. 11 était d'une intelligence faible, mais il pouvait se vanter avec raison d'avoir entendu les disciples des apôtres '. Il avait écrit un livre sur les discours du Seigneur. Puisant à la source abondante alors de la tradition orale, il s'était montré beaucoup plus empressé à enrichir son trésor qu'habile à discerner le vrai du faux. Il accueillait saus critique les plus absurdes légendes-. Papias était Phrygien de naissance, et il avait conservé l'esprit superstitieux de son pays. Vivant dans la sociétp des disciples de saint Jean, probablement lecteur assidu de son Apocalypse, il avait interprété le livre des révélations dans un sens grossier, prenant au pied de la lettre tout ce qui était symbolique et arrivant ainsi par un détour à rejoindre le matérialisme juif, « Les jours viendront, disait-il, où les vignes auront chacune dix mille pieds, et sur chaque pied de vigne dix mille ceps, et sur chaque cep dix mille sarments, et sur chaque sarment dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille grains, et ciiaque grain donnera vingt-cinq mesures de vin. Et quaiid

' ZziZpx Yàp G[J.:v.phç wv tov vcùv. {E\isèhp,H. E., III, 39; JérôniP^ De vins illmtrib., c. XXIII.)

* C'est ainsi qu'il rapportait de la manière la plus singulière la mort (li; Judas. D'après lui, il aurait tellement enflé après son crime, qu'il aur.iit été écrasé par un char sur une route très-large qu'il occupait pros<iue en entier. (Voir Routh, Heliq. sacra:, 1, p. 9.)

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