‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 579 sur 613 · LE PASTEUR D'HERMAS · texte numérisé non relu

LE PASTEUR D'HERMAS

un saint prendra Tune des grappes, la grappe voisine lui dira : « Béni du Seigneur, prends-moi, je suis meilleure que celle que tu as choisie '. » La description continue sur le même ton, passant en revue les divers fruits de la terre. Il paraît probable qu'lrénée s'appuie sur Topinion de Papias quand il prétend, d'après le témoignage des anciens, que les élus glorifiés seront placés dans des demeures diverses, selon leurs mérites. Les uns seront introduits au ciel, les autres goûteront les délices du paradis, d'autres enfin habiteront la Jérusalem nouvelle. Dieu sera vu partout dans la mesure de la dignité de chacun. Papias trouvait dans la parabole du semeur la preuve de cette hiérarchie future. « Toutes choses, disait-il, sont de Dieu, qui donne à chacun l'habitation qui lui convient -. » L'évéque d'Hiérapolis ne devait avoir que trop de disciples disposés à compléter ces vues grossières sur l'avenir de l'Eglise. Le même passage d'iréuée nous apprend qu'il professait ouvertement la subordination du Fils au Père : « Telle est, disait-il, d'après l'évéque de Lyon, la hiérarchie de ceux qui sont sauvés. Ils s'élèvent par ces degrés, et par l'esprit ils remontent au Fils et par le Fils au Père, jusqu'à ce que le Fils ait remis son œuvre au Père '. »

11 ne nous reste plus à mentionner que le curieux livre connu dans l'antiquité chrétienne sous le nom du Pasteur d'Hermas, qui fut investi pendant longtemps d'une

* Irénée^ Contr. Hxres., V, 33; Routh, Reliq. sacrx, \, 9.

* Routh, Reliq. sacrx, l, 10.

' « Hanc esse subordinationem eorum qui salvantur et per hujusmodi gradus proficere, et per Spiritum quidem ad Filium^ per Filium autem ascendere ad Patrem. » (Irénée, Contr. Hxres., lib. V, c. xxvi.)

CARACTÈRE SYMBOLIQUE DU LlVîlE. 417

autorité presque apostolique, et prit place, dans beaucoup d'Eglises, auprès des écrits des apôtres. Œuvre d'un auteur anonyme, membre laïque de l'Eglise de Rome dans la première moitié du second siècle', il nous présente un tableau animé de cette Eglise. La forme du livre est très-saisissante; il se compose d'une suite d'allégories bien choisies, parfois fort belles, d'autres fois trop compliquées. On y retrouve le souffle de l'ancien prophétisme, son austérité passionnée, sa véhémente indignation contre le péché, son éclat sombre, mais tout cela affaibli ou exagéré, comme on pouvait l'attendre d'un ouvrage de seconde main, où l'imitation se fait sentir à chaque page. C'est une traduction romaine de la grande poésie biblique. Le tableau manque d'horizon, tant les contours sont achevés; toutes les images sont complètes, l'imagination n'a plus rien à rê-

1 La date de l'écrit est parfaitement fixée par Hilgenfeld [ApostoL Vxter, 139-165). Le Pasteur d'Hermas appartient évidemment à l'âge de transition. Les apôtres sont morts (Vision III, 5); l'Evangile a été proclamé dans le monde entier (Simil. III, 9). Il y a déjà eu de sanglantes persécutions; d'autres s'approchent. Le système épiscopal n'est pas constitué (Vision II, 4; III, 9; Simil. IX, 31, 27). Cependant son triomphe se prépare. Tous ces traits nous ramènent au commencement du second siècle. L'antiquité du Pastor Hermas est hors de doute. Voir Irénée, Adv. Hwres., IV, 20; Clément, Stromat., I, 29; VI, 15; Origène, Explanat. in Rom., XVI, 14. Ce dernier, identifiait Hermas à l'Hermas de VEpitre aux Romains ; mais d'après ce que nous avoua dit, l'auteur de l'épître n'était pas contemporain des apôtres. Le canon de Muratori l'identifie à Hermas, le frère de l'évêque Pius, qui vivait au milieu du deuxième siècle ; mais à cette époque le système hiérarchique était bien plus avancé que le Pastor ne le donne à penser. Le fameux faussaire Simonides avait prétendu donner le texte grec du Pastor Hermas; mais Tischendorf a prouvé, dans une dissertalion approfondie, que ce texte prétendu original n'était qu'une traduction d'une ancienne traduction latine. (Voir Patr. apost., édit. Dresse! ; Prolegomene, XLIV.) Dressel a publié cette traduction qui est la plus aucienne de toutes; nous citons d'après ce texte.

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