LES VISIONS
dans la piété. Avec les richesses, les soucis du monde y ont abondé. Ses fils n'ont pas été réprimés par lui, et sa femme n'a pas su brider sa la:igue. Hermas doit être tout d'abord un prédicateur de la repentance auprès des siens ^ Mais sa mission s'élargit bientôt, et c'est à toute l'Eglise de Eome qu'il doit porter l'austère message-. Les péchés des saints qui ont offensé Dieu jusqu'à ce jour leur seront pardonnes s'ils se repentent de tout leur cœur et entrent résolument dans une Toie nouvelle. « Heureux êtes-vous, ô vous qui endurerez l'affliction qui s'approche! Le Seigneur a juré par son Fils ! quiconque reniera son Fils sera destitué à jamais de la vie éternelle^. »
Dans la troisième vision, la même femme qui est apparue à Hermas se montre à lui de nouveau. Elle lui annonce le triomphe de l'Eglise. Celle-ci est représentée sous l'image d'une tour bâtie sur les eaux avec de larges pierres carrées*. Les eaux figurent le baptême, et les pierres carrées les apôtres et les pieux évêques. Six jeunes gens travaillent à sa construction : ce sont les anges. Les pierres sont les hommes. Quand elles sont tirées des profondeurs de la terre, elles s'adaptent de suite à la structure de l'édifice : ce sont les martyrs ; quand elles sont ramassées sur le sol, elles doivent être polies et taillées : qui n'y reconnaîtrait les chrétiens jeunes dans la foi? D'autres pierres sont déposées comme in-
1 « Semen tuum deliquit in Domino. » (Vis. Il, 2.)
* « Die ergo prioribus ecclesiœ ut corrigant vias suas ad Justitiam. (Vis. III, 2.)
3 « Desperatos haberi a vita sua. » (Vis. II, 2.)
* Visio III, 2.
ISO LES COMMANDEMENTS.
formes iiou loin de la tour : ce sont les chrétiens tombés inclinant au repentir. D'autres sont jetées au loin et roulcntjusquc dans les flammes : ce sont les âmes impénitentes. Poussant sou allégorie à outrance, l'auteur cherche des symboles dans la forme spéciale de chaque pierre. Enfin les vertus chrétiennes sont représentées par six jeunes filles entourant la tour. Dans une dernière \ision, les châtiments qui vont atteindre le monde et l'Eglise sont syijibolisés par une bête immense qui vomit la flamme, et dont les pieds soulèvent une poussière épaisse qui obscurcit le soleil^
Le second livre, qui renferme les commandements du bon pasteur, indique la voie de la vraie repentance. La foi en Dieu, la pratique de l'aumône, la sincérité, la droiture, la pureté, la patience, y sont recommandées avec force. L'influence de l'esprit de ténèbres, ce mauvais génie qui combat le bon génie de chaque homme, est vivement dépeinte ^. Enfin l'Eglise est mise en garde contre le faux prophétisme qui la menace.
Le livre troisième, ou le livre des similitudes, reprend et développe à l'infini le thème traité dans le premier, parfois avec une grande beauté. « L'ange me montra des arbres dépouillés de leurs feuilles qui paraissaient tous arides, car ils étaient tous semblables. Et il me dit : Tu vois CCS arbres? — Je les vois tous également stériles, répondis-je. — Ces arbres que lu vois représentent ceux qui sont dans la vie terrestre. — Pourquoi donc sont-ils tous semblables? — Parce que, dit-il, ni
1 « Bestia hœc forma est Iribulatiouis magna;. » (Visio IV, 2.) î Maadaium VIII.