LES SIMILITUDES
une tour, image de l'Eglise. Six hommes vénérables, accompagnés d'une multitude de travailleurs, entreprennent l'édification de la tour sur l'invitation des vierges en robes blanches; ce sont les auges. Le Sauveur luimême, qui avait déjà été symbolisé par la pierre et la porte, reparaît au milieu d'eux sous l'image d'un homme colossal, dépassant la tour par sa haute taille' ; il examine les pierres qui sont offertes pour la bâtisse, et fait emporter celles qui ne conviennent pas par des femmes belles et sauvages, couvertes de vêtements noirs, qui marchent les oheveux dénoués : ce sont les convoitises mondaines^.
Les pierres sont extraites de la plaine et de douze collines environnant la plaine, présentant chacune un aspect différent, type d'un état d'âme particulier. Toutes les idées favorites de l'auteur reparaissent dans cette espèce de psychologie symbolique. Il signale avec détail les péchés graves qui sont incompatibles avec l'existence d'une Eglise : l'infidélité impénitente, l'enseignement du mal et de l'erreur, l'amour des richesses, le doute et la tiédeur, l'orgueil du savoir, les divisions schismatiques, l'abus des charges ecclésiastiques. Le repentir est proposé comme le remède unique à tous ces maux, pour quiconque ne s'est pas absolument endurci. Les croyants qui ont la foi de l'enfant, les martyrs, les évoques et les diacres fidèles, sont semblables à de beaux arbres plantés sur la colline. Tous entrent
1 o nie autern vir dignitosus -virgara tenens in manu, ut singulos lapides cousideraret, eaindem turrem diligenlcr circuibat. » (Si mil. IX. G.)
2 Simil. IX, 9.
.i2i LES SIMILITUDES.
dans la tour au nom de Jésus-Christ, et reçoivent le baptême. Les saints de l'ancienne alliance sont euxmêmes reçus, car les apôtres leur ont administré le sacrement dans le scheol ' ou le séjour de la mort. L'auteur montre, dans cette allégorie, une certaine intelligence de la succession progressive des révélations de Dieu; les diverses catégories de pierres admises dans la tour représentent les saints des diverses périodes de l'histoire religieuse depuis les patriarches jusqu'aux apôtres. S'il y a une grande incohérence d'images dans cette similitude, le fil de la pensée n'est jamais rompu. L'unité est dans les idées, si elle n'est pas dans les symboles. La dernière page du livre en résume tous les enseignements. Hermas se range sous la houlette du divin pasteur, et ouvre sa maison aux vierges en vêtement blanc. « Quiconque, lui est-il dit, marche dans ces commandements, vivra et sera heureux; quiconque les négligera, ne vivra pas et sera malheureux. Si vous ne vous hâtez, la tour s'achèvera et vous en serez exclus^. »
Le type doctrinal qui domine dans le Pasteur d'Hermas a été diversement apprécié. On y a vu le judéo-christianisme le plus grossier, l'ébionitisme pur ^ ou bien l'ébionitisme mélangé de quelques éléments gnostiques, comme l'hérésie de d'Ecelsaï ^ Cette appréciation se fonde sur la manière absolue dont l'auteur formule le monothéisme : « Crois, lisons-nous dans le premier des
» « Ipsi apostoli descenderunt cum illis in aquam. » (SimiL IX, 16.) « « Nolite tarde facere, ne consummata structura turris. » (Simil. X, 4.) ' Schwep:ler, Nachapost, Zeit., p. 338.
* Hilgenfeld, Apost. Vxt., 165-179.