‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 591 sur 613 · ÉLABORATION DU GNOSTICISME · texte numérisé non relu

ÉLABORATION DU GNOSTICISME

juif, et uc garde plus du christianisme qu'un certain respect pour son fondateur, rabaissé par elle au rang de prophète. Les adhérents de la première tendance prendront bientôt le nom de Nazaréens^ et les adhérents de la seconde, celui d'Ebionitcs. Si elles ne se constituent définitivement qu'à la période suivante, elles commencent à se distinguer Tune de l'autre, dès cette époque, sans qu'il soit possible de déterminer avec exactitude le degré de leur divergence.

11 nous est beaucoup plus facile, grâce à des sources nouvelles et précieuses, de suivre les progrès du dualisme païen dans l'Eglise ou à côté d'elle. Nous l'avons vu naître dans ces contrées de l'Asie qui étaient le domaine propre de la superstition, dans cette Phrygie accoutumée au culte infâme et mystérieux de la grande déesse; nous l'avons vu recevant de toute main, en quelque sorte , du judaïsme comme du polythéisme oriental et grec, les éléments confus d'une spéculation incohérente. Chez les hérétiques de Colosses et d'Ephèse, et chez les disciples de Simon le Magicien, le dualisme se présente à nous dans sa plus grande simplicité comme l'opposition radicale de l'esprit et de la matière. Avec Cérinthe, grâce à une interprétation ingénieuse du récit de la création, il trouve un chaînon intermédiaire entre les deux termes de l'éternelle antinomie et il ébauche la théorie du Démiurge^ ou du créateur inférieur, principe du mal. Au commencement du second siècle, ce troisième terme est décidément accepté; il passe par une longue élaboration jusqu'à ce qu'enfin il produise a^ec A^alcntin ce monde des Bons ou des esprits dans lequel se joue la

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brillante imagination du grand philosophe gnoslique. Tous les matériaux qu'il mettra plus tard en œuvre s'amassent lentement à l'âge de transition. Déjà alors le dualisme se donne le nom ambitieux de gnosticisme ; il présente son hardi programme plutôt qu'il ne le remplit, mais il marque avec netteté le but à atteindre. C'est encore en Phrygie qu'il prend ce puissant essor. Issu de la combinaison du judaïsme alexandrin dont l'essénisme n'est qu'un rameau enté d'Egypte en Asie Mineure, etdes suj.erstitions phrygiennes, dernier terme du dualisme oriental, il aboutit de prime abord au plus inextricable syncrétisme : mais dans le bouillonnement de ces doctrines confuses, on discerne les formes arrêtées que la matière en fusion revêtira plus tard. Ou voit, par le nom même des quatre systèmes qui se produisent au commencement du second siècle, que la gnose substituera à la religion une philosophie. En effet, elle est avant tout une science, la science supérieure des choses. Le christianisme n'est plus une œuvre de rédemption, c'est une théorie ingénieuse. Le salut est placé non plus dans le renouvellement intérieur mais dans la connaissance. Le côté moral est complètement sacrifié. Connaître est tout, le reste n'est rien. Quelquesuns des premiers systèmes gnostiques ont avoué ce dédain de l'idée morale avec une singulière franchise ou plutôt avec un étrange cynisme, en glorifiant le serpent tentateur qu'ils osent assimiler au Sauveur. Rien n'est pi s logique. Si le salut est dans la connaissance, le vrai sauveur est celui qui le premier a conseillé à l'homme de cueillir le fruit de la connaissance, le dialecticien

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subtil de TEden. Aussi est-ce avec une raison profonde que les pères du gnosticisme se sont appelés les disciples du serpent. Cette science suprême dont ils se vantent, n'est pas autre chose que la métaphysique du dualisme. L'Evangile n'est plus qu'une cosmogonie panthéiste. Un ascétisme outré est la conséquence forcée d'une telle métaphysique. Plus le dualisme est nettement formulé, plus la réjection de l'élément naturel et humain est commandée. Les premiers gnostiques ont rivalisé avec les brahmanes pour les macérations. Un dernier trait qui leur est commun à tous, c'est l'emploi de l'interprétation allégorique. Désireux d'établir que leur doctrine est la conclusion de tout le développement antérieur de l'intelligence humaine, ils cherchent dans les diverses religions des appuis à leurs aventureuses théories. Ils prétendent donner l'interprétation définitive de tous les livres sacrés ; ils sont obligés de les tirer à eux en quelque sorte par un violent effort; de là la nécessité d'allégoriser à l'infini, de substituer un sens fantastique au sens réel des mots et des idées, et de traiter le fond religieux et philosophique des époques antérieures comme une argile que l'on pétrit à son gré. Judaïsme, Evangile, mystères des religions de l'Orient et de l'Occident, poëiues les plus divers, tout est transformé, dénaturé, plié au gré de leurs fantaisies; la religion, l'histoire, la poésie ne parlent que pour eux. Tout doit se dissoudre dans le creuset de leur exégèse, tout doit être frappé à l'effigie de leur pensée. Jamais l'arbitraire de l'interprétation ne fut poussé plus loin et n'aboutit à de plus absurdes résultats. On dirait l'hu-

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