‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 592 sur 613 · PREMIERS OPHITES. LES NAASSENIENS · texte numérisé non relu

PREMIERS OPHITES. LES NAASSENIENS

manité fatiguée par ses quatre mille ans de recherches, s'endormant d'un lourd sommeil et revoyant dans le désordre d'un rôvc fiévreux toutes ses religions et ses philosophies, cauchemar étrange où tout se mêle, se heurte et se brise.

Quatre systèmes appartenant à cet âge de transition nous présentent cette ébauche du gnosticisme avec les caractères que nous avons signalés'. On reconnaît bientôt, en les étudiant, qu'il serait inutile d'y chercher un enchaînement d'idées rigoureux. Ils sont encore ii l'état d'élaboration, à moins qu'on ne doive attribuer cette incohérence aux renseignements incomplets recueillis sur eux par saint Hippolyte, qui seul les mentionne. Il y aurait du reste peu de profit à introduire l'ordre dans ce chaos. Les Naassékieiss, ouïes hommes du serpent, s'appelaient ainsi par suite du respect étrange qu'ils montraient pour le serpent tentateur. Profitant d'une étymologie douteuse, ils disaient que tous les temples lui étaient consacrés et qu'il était le fond de tous les mystères^. Il était pour eux l'une des manifestations du principe premier. Ce principe premier est l'Esprit ou le Père qui a en lui-même le Fils ou le Yerbe. Semblable à l'amande qui renferme en elle-même son propre fruit et le produit à

1 Ces systèmes, surtout les trois premiers^ appartiennent à un temps d'élaboration confuse. Baur reconnaît lui-même leur haute antiquité [Bas Chr. der drei Jahrk., p. 179, Voir Bunsen, Hippohjt., l, 28-31). Les Ophites, dont parlent Irénée {Contr. Hxres., \, 34) et Epiphane (I, 58), sont postérieurs à Valentin, dont ils remanient le système. C'est aux Philosophoumena qu'il faut emprunter la peinture des premières hérésies gnostiques. (Voir Philosophoumena, édition Miller. Dunker a publié le texte avec commentaires jusqu'au VI« livre, Gœttingue, 1856.)

ï îS'âa; ci èaT'.v 6 oçt;. (Philos., p. 119.)

438 LES NAASSÉNIENS.

la lumière on s'ouvraiit, il a produit ou manifesté le Fils invisible et inelTable. Ce Verbe divin dans lequel est la racine de toute chose est d'abord un point imperceptible, puis il se développe comme un arbre immense dans l'espace ^ Il est l'image de l'homme, l'Adam céleste à la fois esprit, âme et corps, réunissant en lui les deux sexes, et combinant la matière et l'esprit-. Le monde est né de sa semence. Il grave son empreinte dans tous les hommes ; chacun d'eux est un microcosme, et selon la prédominance de l'un ou de l'autre des trois éléments du Verbe, il est pneumatique, psychique, ou matérieP. Jésus-Christ a été l'image parfaite de l'Adam céleste''. Connaître ces hautes vérités, c'est apprendre à connaître Dieu^. Le devoir de l'homme est de s'élever au-dessus delà matière par l'ascétisme, de s'arracher aux choses terrestres pour s'élever aux célestes où il n'y a plus de sexe. C'est là le sens profond du myth.e de la mutilation d'Atvs, comme du récit de la sortie d'Egypte". La vie corporelle est précisément cette Egypte maudite de laquelle il faut s'enfuir'. Elle est aussi semblable aux eaux d'un fleuve, car l'élément humide est l'essence du principe matériel. A^oilà pourquoi l'Ecriture dit: « Si tu passes par le fleuve, ne crains pas, ô mon fils Israël ; il ne t'engloutira pas **. « Les petits mystères d'Eleusis représentent la naissant •

» Philos., ç. 117, 118.

2 "Es-'. àvQpwzoç O'J-oç àpC7£v60ï3)vUÇ. {Philos., p. 95.)

* Philos., p. 95. — * Idem.

* ^^P'/Tt TEAE'.djScO); YVUK71;. {Idem.) « Philos., p. 99,

7 Tout' esTiv à-b r^ç xi-ro) [il^tiaç. {Philos., p. loo. » Philos., p. 110.

LES PÉRATES. 4:^9

matérielle; et les grands mystères initient à la vie supérieure, à la vie de l'esprit dégagé de la matière \ Du reste, les hommes sont soumis aux lois de la fatalité; ils ne changent jamais de nature. Les hommes matériels ne deviendront jamais psychiques ou pneumatiques". Les textes sacrés sont employés par ces hérétiques de la manière la plus bizarre. Ils se servaient également de deux écrits apocryphes : l'évangile égyptien et l'évangile attribué à Thomas \ Leur orgueil était sans mesure. Ils semblent avoir été les premiers à se donner le nom de gnostiques. Ils exploitaient à leur profit les paroles de Paul sur les « choses qui ne sont point montées au cœur de l'homme. » « Seuls, disaient-ils, nous connaissons ces mystères ineffables \ » Ces mystères étaient symbolisés, d'après eux, par le pays du lait et du miel que Moïse promettait à Israël.

Les Kaasséuiens se contentaient de poser un principe premier, nitàle et femelle, spirituel et matériel; mais ils ne donnaient que de très-vagues indications sur le rapport de ce premier principe avec le monde et l'humanité. La seconde de ces petites sectes gnostiques, celle des Pérates, fait un pas de plus^. Elle admettait trois principes distincts : la cause incréée ou le Père, la cause qui

1 Philos., p. 115. — 2 Philos., p. 119. — 3 Philos., p. 100^ 101.

* Oùociç to6to)v t(ov j;,u(j-r,pi(j)v ày.poa.Tqc Yéycvsv d [jly) [jlcvo'. Yvwcxr/.oî. (Philos., p. 113.)

^ L'étymologie du mot est difficile à préciser. On a voulu y voir le nom du fondateur de la secte qui se serait appelé Euphrate le Pératique. Euphrate aurait été d'Eubée. Or l'Eubée était souvent désignée ainsi : Y) zspàv, le pays d'au delà de la mer. (Bunsen, Hipp., l, 3.) On a vu aussi dans le nom de Pérate une désignation de l'ascétisme de ces gnostiques qui voulaient porter l'homme au (/e/« (■Trspi) de la vie matérielle et intérieure.

440 LES SÉTHIENS.

se crée elle-même ou le Fils, et la matière produite par émanation * . Le Fils dépose dans la matière les idées du Père. Les astres sont les dieux de ce monde inférieur du changement et de la naissance-. Le principe matériel, ou le Démiurge^ est appelé par l'Ecriture celui qui est meurtrier dès le commencement; car son œuvre est la corruption et la mort\ Le serpent, sage conseiller d'Eve, Verbe éternel, lumière incréée qui a paru en Jésus-Christ au temps d'Hérode, opère le salut de ceux qui sortent de l'Egypte corporelle, comme le prouve le mythe du serpent d'airain \ Quiconque espère en lui échappe à l'influence des dieux de la naissance et de la matière, figurés par les serpents qui mordaient les Israélites ^ De même que l'alliage impur est dégagé de l'ivoire, la race sacrée est épurée par la science et conduite hors du monde par le serpent. Le symbole est clair : le serpent, pour les Pérates, est la gnose transcendante qui enseigne l'ascétisme.

Les Séthiens, ainsi nommés parce qu'ils invoquaient un prétendu livre de Seth, admettaient également trois principes : la lumière ou l'esprit, les ténèbres ou la matière, et entre eux le souffle créateur ou l'élément psychique^. Des chocs multipliés de ces trois éléments est résulté le monde ^. L'élément humide, représenté parle

1 Tb ^rpwTOV àvsvviQTOV, 10 cà ûîurepov, aYaGov, aÙTOY^véç- xo Tpdov Ysvvvj'ibv. {Philos., p, 124.) * Philos., p. 135.

» l'inios., p. 13a.

' ToY^P spY^'' aÙToy <p6opàv 7.7.1 OâvaTOV l^-^âZzx(x\. [Philos.,^. 137.)

♦ '0 y.aôoXi/.b(; C!5iç, oOtoç èaTtv 6 aocpbç 1T^c, Eua; X6yo;. {Philos.,

» Philos., p. 137. — » Philos., p. 138. — T Philos., p. 140.

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