ROLE D'IGNACE DANS CETTE TRANSFORMATION
SOUS la tutelle du pasteur ; il exagère son autorité. S'il avait prévu le parti que l'on tirerait de ses conseils, il eût peut-être employé un langage plus mesuré. Il ne savait pas que Ton devait transformer en titre juridique tout ce qu'il avait dit pour exciter l'évêque à la sainteté, et que l'on détournerait au bénéfice de la charge ce qui était destiné à encourager la pratique du devoir. Du reste, le fait qu'on ait précisément choisi Ignace pour lui attribuer les théories épiscopales prouve suffisamment qu'il a travaillé d'une manière efficace à fortifier outre mesure l'autorité ecclésiastique au détriment de la liberté et de l'égalité des chrétiens. Mais il ne faut jamais oublier qu'il a tenu le gouvernail dans des jours de tempête, et qu'il n'est pas étonnant qu'il l'ait tenu avec une indomptable fermeté.
A Rome, la tendance cléricale fut sans doute favorisée par l'impression qu'y produisit le schisme de Corinthe. La persécution sévit alors avec moins de fureur en Italie qu'en Asie Mineure ; l'hérésie n'y fut ni si répandue, ni si dangereuse ; aussi le système épiscopal y fut-il plus lentement élaboré ; mais il est bien près de se formuler et de triompher vers la fin de l'âge de transition. Le Pasteur d'Hermas témoigne d'une crise intérieure et d'un changement prochain. On sent ques'il y a identité légale entre les anciens et les évêques, l'organisation monarchique est à la veille de triompher. On lui résiste encore, et chose remarquable, c'est dans les rangs des chrétiens les plus rigides que cette résistance se manifeste. L'auteur du Pasteur d'Hermas se plaint de ce que les anciens de l'Eglise ambitionnent Jes premières