LA TENDANCE EPISCOPALE A ROME
places ' . Il dit ailleurs que ceux qui gardent les commandements de Dieu trouvent leur bonheur et leur vie dans Tobéissance, et non dans la prééminence^. Ceuxlà, au contraire, sont insensés qui combattent pour cette prééminence ^. Il est fait allusion, dans ces passages, à de graves dissentiments, et nous serions disposé à croire qu'il s'agissait alors à Rome de savoir si l'ancienne égalité entre les anciens et les évêques serait maintenue ou si l'évêque l'emporterait et gouvernerait seul l'Eglise. Le Pasteur d'Hermas donne à entendre, dans une très-belle image, que ces progrès du système monarchique coïncidaient avec l'afifaiblissement de la vie chrétienne; il nous montre l'Eglise assise sur la chaire épiscopale «par la raison que quiconque est malade s'assoit à cause de sa faiblesse *. »
Une Eglise fit exception encore assez longtemps à cet affaiblissement de la liberté chrétienne : c'est celle d'Alexandrie. Pendant plus d'un siècle, elle conserva l'organisation presbytérienne ; les anciens choisissaient leur patriarche, et nulle consécration épiscopale n'était nécessaire *. Mais cette Eglise était en dehors du cou-
• « Amatis primos consessus. » (Visio 111,9.)
2 « Vita eorum in mandatis consistit, non in principatu. » (Simil. VIII, 7.)
3 Insipientes sunt qui habent inter se eemulationem de principatu. » {Idem.)
* « Quare ergo super cathedram sedebat, volebara cognoscere, domine. — Respondit : Quoniam omnis infirmas super cathedram sedet propter infirmitatem suam. » (Visio III, 11.)
i» « Alexandrini usque ad Heraclam Dyonisium presbyteri semper unum ex se electum in excelsiori gradu collocatum episcopum nominabant, quomodo si exercitus imperatorem faciant. » (Hieronym.^ op. II, 220.)
rant général de l'époque, et, malgré quelques résistances, le système contraire devait triompher ; il avait mûri dans l'ombre pendant l'âge de transition; il n'y avait plus qu'à tirer quelques conclusions et à rédiger quelques formules pour qu'il fût consacré définitivement.
Le culte n'a pas subi d'importantes modifications depuis saint Jean. Il tend à perdre de sa liberté première, sans prendre néanmoins le caractère liturgique et officiel qu'il revêtira plus tard. La partie de la lettre de Pline le Jeune à Trajan, qui le concerne, est un document d'une haute valeur qui nous en donne un fidèle tableau. « Ils m'ont affirmé, dit Pline en parlant des témoins qu'il avait soumis à la torture, qu'ils avaient l'habitude de se réunir à un jour marqué avant le lever du soleil, et qu'alors ils célébraient le Christ comme leur Dieu, dans des chants alternés, et se liaient ensuite, par un serment, non dans l'intention de commettre quelque crime, mais au contraire, d'éviter les vols, les tromperies et les adultères, l'infidélité et le crime de nier un dépôt confié. Après quoi ils ont coutume de se disperser; puis ils se réunissent de nouveau pour prendre leur repas, qui se compose d'aliments simples, qui n'ont rien d'abominable. Ils ont cessé de le faire depuis mon édit, qui interdisait, d'après ta volonté expresse, les sociétés secrètes ' . » Nous sommes autorisés à con-
1 « Stato die ante lucem convenire carnienque Christo quasi Deo dicere secum invicem^ seque sacramento non in scelus aliquod obstringere... rursusque ooeundi ad capiendum cibiim promiscuum tamen et innoxium. » vPline, lib. X, ep. xcviii.)