MYSTÈRES D'ELEUSIS
Eleusis '. Cérès cherche en tout lieu sa fille Proserpine enlevée par Pluton. Elle arrive accablée de fatigue à Eleusis, déguisée en vieille femme. Reçue par la fille du roiCéléus, un instantdistraite par les bouffonneries indécentes de la servante lambé, elle se consacre à l'éducation de Triptolème, le fils de Céléus. Afin de lui donner l'immortalité, elle le jette dans le feu. La mère de Triptolème ayant poussé un grand cri à ce spectacle, le charme est rompu; son fils ne sera pas un dieu, il ne sera qu'un héros bienfaiteur de la contrée. Telle est la déclaration de la déesse, qui s'est soudain dévoilée et à laquelle un temple est consacré à Eleusis. Furieuse de ne pas retrouver sa fille, elle frappe la terre de stérilité, et elle ne s'apaise dans son courroux, malgré les supplications de Jupiter et des dieux de l'Olympe, que quand Pluton consent à lui rendre sa fille pour neuf mois de l'année.
Les mystères d'Eleusis, qui commençaient par une série de purifications désignées du nom de petits mystères , par opposition aux grands mystères , étaient une sorte de représentation dramatique de la légende de Cérès. Ils avaient lieu en automne et au printemps. A la première saison ils roulaient sur les recherches anxieuses de Cérès; à la seconde ils représentaient l'heureux moment où elle retrouva sa fille. L'initiation suprême était le dernier acte, le plus solennel de ce drame religieux. Les initiés ou époptes voyaient apparaître soudain au milieu des ténèbres l'idole de la déesse
• Voir cet hymne dans la collection Didot; voir aussi Sainte-Croix sur les mystères.
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vivement éclairée, et autour d'elle les dieux représentés par les prêtres. Pour pénétrer le sens de ces mystères, il faut se rappeler que Cérès et Proserpine étaient d'anciennes divinités telluriques. La première représentait la terre et la seconde le grain de blé. De même que la semence descend pendant l'hiver dans l'intérieur de la terre, pour germer et reparaître au printemps, Proserpine descend trois mois dans le séjour des ombres. Les mystères d'Eleusis étaient donc tout d'abord des fêtes agricoles, mais là ne se bornait pas leur symbolisme si compliqué. La Grèce ne pouvait pas , même en revenant à ses anciennes divinités, se contenter d'y voir des personnifications des forces de la nature. Proserpine, régnant aux. enfers, apparaissait comme une divinité tutélaire pour ceux qui devaient y descendre après elle. Sa réapparition à la lumière était une prophétie d'immortalité. L'homme aussi, comme le grain de blé, doit mourir pour revivre. Enfin les pérégrinations de Cérès figuraient l'égarement de l'âme qui a perdu le droit chemin, mais le retrouve après de longs détours. Deux dogmes étaient donc renfermés dans ces obscurs symboles : celui du mal ou du péché, et celui de l'immortalité * . Les purifications étaient destinées à opérer le salut désiré; les grandes déesses avaient seules le pouvoir de rétablir les âmes dans leur pureté première. Ainsi, tandis que la religion nationale s'imaginait avoir brisé le joug des religions de la nature, les mystères proclamaient à côté d'elle son impuissance et expri-
» VoirCreuzer, traduction Guigniaut, p. 869.