SA GHANDEUR ET SON IMPERFECTION
a rempli en Grèce une mission identique. Elle a donné une formule exacte des principes essentiels du paganisme hellénique.
Le rôle de la philosophie grecque a été inappréciable pour la préparation du christianisme: c'est d'abord une noble et grande chose que la recherche désintéressée de la vérité; cet impérissable besoin de l'esprit humain de remonter à son principe suffirait à lui seul pour prouver que ce principe est divin. On peut abuser de la spéculation, on peut en faire l'un des plus énergiques dissolvants des vérités morales. Trop souvent effrayés de lattitude prise par elle vis-à-vis de la religion, les défenseurs des croyances positives l'ont considérée comme mauvaise en soi, confondant dans une injuste prévention l'usage et l'abus. Pour tout penseur sérieux, la philosophie est nn des meilleurs titres de noblesse de l'humanité; et quand on considère sa mission avant le christianisme, on se convainc qu'elle a eu sa place dans le plan divin. Ce n'est pas, en effet, la religion en soi qu'elle a repoussée dans ses plus nobles représentants, mais seulement le polythéisme antique. Elle n'a détrôné que les faux dieux. Adoptant ce qu'il y avait de plus élevé dans le paganisme, elle s'en est servie pour le détruire, et ainsi elle a frayé la voie à la religion définitive. Elle a surtout efficacement contribué à épurer l'idée de la divinité, bien que cette épuration n'ait jamais été complète. Si le spiritualisme le plus élevé a été entrevu par elle, elle n'a pas su se garder des retours et des réactions du dualisme oriental. 3Ialgré cette imperfection, qui a servi à sa manière le christianisme,