‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 69 sur 613 · L'ÉCOLE PYTHAGORICIENNE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE PYTHAGORICIENNE

gendre, comprend à la fois le principe matériel, (jui est l'illimité, Tindéfini, et le principe spirituel, qui est l'élément de limitation et de détermination. Le nombre, qui est à la fois l'essence et le type de tous les êtres, résulte de la pénétration réciproque de ces deux éléments: il n'est simplement ni l'illimité, ni l'élément de détermination, il est la détermination dans l'illimité; en d'autres termes, la matière confuse recevant de l'élément spirituel la forme, la précision et l'harmonie, voila le nombre. Les lois de la symétrie sont exactement observées dans cette pénétration de la matière par l'esprit; les rapports mathématiques expriment l'union du spirituel et du matériel. Contenus d'abord indistinctement dans le grand tout, le limité et l'illimité, l'esprit et la matière s'en sont dégagés pour s'unir et former un monde harmonique dont le ciel est la plus parfaite représentation. L'école pythagoricienne était une école de mathématiciens et d'astronomes. Elle nous paraît correspondre assez exactement, dans l'histoire de la philosophie, à l'évolution mythologique accomplie dans l'Iran au temps de Zoroastre. En effet, tandis que l'école d'Ionie, semblable en ceci à la religion phénicienne, ne reconnaît qu'un seul principe aveugle et confus, renfermant en lui les forces contraires de la nature, la doctrine pythagoricienne, comme V Avesta ^disiingae deux principes; elle les oppose l'un à l'autre, elle exige que le principe matériel soit dominé parle principe spirituel; elle aboutit, comme la religion persane, à un développement moral, car elle commando à l'homme de faire prédominer partout le bien,

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l'harmonie; mais aussi, comme le parsisme, elle demeure enlacée dans les liens d'un invincible dualisme. « L'unité, dit recelé pythagoricienne, vient de la dualité •. >.

Le dualisme conduit au nihilisme. L'esprit humain ne sait pas non plus maintenir l'équilibre entre le principe matériel et le principe spirituel. Il essaye bientôt de faire disparaître l'un des termes de cette grande antithèse. Dès que le sentiment de l'unité s'est réveillé en lui, il est disposé à tout lui sacrifier; la diversité, le mouvement, la vie des êtres particuliers lui paraissent un mal; il faut anéantir tout ce qui a une existence en dehors du grand tout; il faut le perdre dans l'abîme de l'être absolu et unique. Cette tendance s'est appelée le brahmanisme dans l'évolution mythologique de l'Orient; dans l'évolution philosophique de la Grèce, elle a produit l'école d'Elée. On sait avec quelle audace Xénophane et Parménide ont formulé l'idéalisme le plus extrême. « L'être, dit Parménide, n'a ni commencement ni fin ; il n'a point de parties, car il est toujours le un identique. Il n'a point de mouvement, ajoute Mélissus, car l'être unique est toujours semblable à lui-même; or ce qui est semblable à soi ne diminue ni ne grandit. Il ne saurait donner la pluralité, car « il n'y a qu'un seul être véritable qui est toujours semblable à lui même ^. » Comment ne pas reconnaître le brahmanisme dans une telle doctrine? Seulement, comme elle

' To c' £V è; àix^oxépwv. Aristote, Métaphys., A, 5. ' El é'v, /.ai àvJ.rr^-:,-) . Ritter et Preller, Uidor. philos, ex fontihux. Voir p. 92, 93-105.

L'ÉCOLE DELEF. < iîi

se produit, non pas aux bords du Gange, mais en Grèce, elle reçoit une empreinte beaucoup plus prononce d'idéalisme. L'être un, immobile de Parmênide est doué de raison et d'intelligence. •< C'est un esprit sacré, ineffable; la i)l('nitudc de l'être est d.ins la pensée *. Si haut qu'ils l'élèvent, ils ne parviennent cependant pas à ranger sous sa loi le monde extérieur; aussi se voientils réduits, pour sauvegarder leur doctrine, à nier toute existence contingente. La production des êtres particuliers et du monde qui les renferme est à leurs yeux comme à ceux des brahmanes une malédiction; ils frappent la création du même anathème fulminé contre elle dans l'Jnde. D'après Empédocle, rangé à tort parmi les philosophes ioniens par Brandis^, le monde a été créé sous l'influence du principe de haine : celui-ci a rompu le lien d'amour par lequel tous les êtres étaient primitivement unis au sein de l'être unique et absolu. De là une incurable tristesse, qui projette une teinte sombre sur tout ce qui vit, naît et se meut. Empédocle l'a poétiquement exprimée quand, dans l'impuissance de triompher de ce dualisme qui reparaît toujours malgré les négations hardies de l'école d'Elée, il s'écrie : « Je suis un exilé de la vérité, obéissant à la « discorde en fureur. 0 malheureuse race des mortels, « de quelles discordes et de quels gémissements n'étes- " vous pas nés'! » L'ascétisme bouddhique est implicitement renfermé dans une telle plainte, et s'il n'en

» Ritter et Preller, 114. — ' Brandis, I, 101.

* 'Q oe'Xb^ Ovr^Twv Y^voç, c't'wv è^ èpîowv ïv. -t CTCviy^cov èvé- VtcOe. Ritier et Preller, p. \îî.

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