‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 7 sur 613 · SCHELLING · texte numérisé non relu

SCHELLING

jamais eu de v( rite dans le monde '. L'erreur est étroitement liée à la vérité dans ces deux écoles d'apologètes. Il est incontestable que le peuple juif a eu, sur tous les autres peuples, l'avantage inappréciable d'être guidé dans sa marche vers le grand avenir promis à l'humanité par une révélation divine; mais il est faux que les autres peuples aient été complètement abandonnés à euxmêmes : ou retrouve dans leur histoire, et spécialement dans leur histoire religieuse, les traces évidentes de cette œuvre préparatoire accomplie par Dieu. D'un autre côté, si l'on ne peut contester que les peuples, dans leur dispersion, n'aient emporté un fond commun de souvenirs, c'est faire injure à la nature humaine que de réduire à un travail de mémorisation tous ses progrès dans la vérité. La conscience n'est pas un parchemin recevant passivement des caractères. C'est un organe vivant, et nous souscrivons pleinement à la grande idée de Schelling que la formation des religions successives révèle les grandes crises de la conscience humaine. Si nous ne pouvons admettre, comme lui, que l'histoire des m}thologies est une sorte de répétition de l'histoire de la création dans l'esprit de Ihomme, qui, tombé par la chute sous le pouvoir de la nature, ne peut plus s'élever que par degrés de ses derniers échelons jusqu'aux échelons supérieurs, où il retrouvera la vie de l'esprit; s'il nous semble justifier cette aventureuse théorie par de plus aventureuses explications des divers mjthes, la vue

' Un écrivain protestant plein de science et d'élévation, M. de Rougemont, a développé des théories analogues dai-s son ouvrage intitulé : Le Peujde primitif . 3 vol. Paris, Cherbulic-z. 1835-1857.

li lUT DE I/IIISTOIRE DES RELIGIONS.

tiénéralc du grand philosophe nous paraît pleine de beauté. Oui, les diverses religions qui portent Tempreinte de la déchéance marquent aussi les progrès de l'œu\re de restauration; elles jalonnent pour l'humanilé le chemin du retour vers le Dieu qui l'attend, ou plutôt qui vient au-devant d'elle.

.Nous n'avons pas à soulever ici, dans toute son étendue, le grand problème de la chute. Elle est pour nous un fait établi et partout écrit dans le monde et dans l'histoire. Ne pouvant, sans faire violence à la conscience, assimiler le mal à une imperfection naturelle qui ne serait qu'un degré dans l'échelle du progrès, nous en attribuons l'origine, non pas aux conditions nécessaires de l'être fini, mais aux déterminations mauvaises de la volonté de l'homme. Il a pris parti contre Dieu, à cette mystérieuse époque qui précède l'histoire et qui comprend l'épreuve solennelle par laquelle il devait passer comme toute créature morale appelée à l'usage sérieux de la liberté. Si cette chute a été profonde, elle n'a pas été absolue; non pas que l'homme ne fût perdu par elle, mais il n'était pas pour cela destitué de toute vie supérieure. 11 gardait quelque vestige de sa nature première. Le sens du divin, l'afjtitude religieuse, le besoin de revenir à Dieu subsistent dans son cœur. C'est ce qui rendait la rédemption possible, car la loi morale qui avait été sauvegardée par les terribles conséquences de la chute est intégralement maintenue dans le relèvement de la créature déchue. Une certaine harmonie devait s'établir entre l'homme et le Dieu qui

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