‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 75 sur 613 · SOCKATE ET LE CHRISTIANISME. U · texte numérisé non relu

SOCKATE ET LE CHRISTIANISME. U

du vrai et du bien qu'est l'originalilô et la puissance de cette noble philosophie qui, plus qu'aucune autre, a travaillé à la ruine du polythéisme. Au point de vue de l'ancienne Grèce, Socrate avait mérité de mourir.

C'est pourquoi le christianisme, au lieu de ramasser les calomnies et les injures d'un Lucien contre lui, doit raccepter comme l'un de ses précurseurs. Socrate était incapable sans doute de \c remplacer, mais il était appelé à faire sentir au monde combien il lui était nécessaire en développant des besoins et des aspirations que la religion hellénique ne pouvait satisfaire. Il a représenté en Grèce la loi morale, cette loi dont saint Paul déclarait qu'écrite dans le cœur des païens elle remplit un rôle analogue à celui de la loi mosaïque. Malgré toute l'infériorité de sa philosophie vis-à-vis de la révélation, tout ce que Socrate a fait ou dit pour relever les obligations de la conscience a eu le même résultat pédagogique pour son peuple que les institutions positives des Juifs. Le Connais-toi toi-même^ pris au sérieux, aboutit à l'invocation du Dieu inconnu, qui n'est autre que le Christ.

IVous ne mentionnerons que pour mémoire les petites écoles qui, nées du socratisme, n'ont su ni le comprendre ni le développer, comme l'école cyrénaïque et l'école cynique. La première est un épicuréisme anticipé; la seconde est une ébauche du stoïcisme, moins la grandeur et l'influence. ÏNous en venons de suite à cette noble philosophie platonicienne, qui a exercé dans tous les temps une action si puissante sur les I 10

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osj)rits élevés, et que l'on peut considérer comme le plus grand événement de riiistoire de la pensée en dehors du christianisme. On a même prétendu qu'elle avait r.ndu toute révélation inutile en donnant à l'humanité, sous la forme spéculative, la pure morale que l'Evangile devail populariser plus tard. Pour réfuter cette opinion, il suffit d'exposer le système de Platon. Il n'est certes pas nécessaire d'exagérer ses mérites pour rendre justice à cette glorieuse école du spiritualisme dans l'antiquité, aussi grande par ce qu'elle détruit que par les idées sublimes qu'elle a mises dans le monde.

Né vers la fin du siècle de Périclès, lié aux hommes les plus distingués de la république parla parenté ou l'amitié, Platon débute eu cultivant cette poésie qu'il voulut plus tard proscrire de sa République^ mais qu'il ne parvint jamais à chasser de son esprit. En effet, s'il est vrai que la ])oésie se retrouve en dehors de l'arrangement des mots rhythmés, Platon est l'un des premiers poètes de la Grèce. Dès qu'il eut connu Socrate, il n'abandonna plus la haute spéculation ; ses vastes études et ses voyages, dont une sage critique doit réduire le nombre', le mirent en possession de tous les trésors accumulés par la science et la religion avant lui. Maniant, dans la plus belle des langues, le plus souple instrument de l'intelligence; unissant, comme l'a dit 31. Cousin, le sublime et la grâce, tour à tour ingénieux et brillant, doué d'une imagination créatrice et vraiment plastique

* Voir RiUor, Histoire de la PhiUisophie ancienne, t. H, p. 129.

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