LA DIALECTIQUE SCIENCE DE L'ÊTRE
non-seulement de Tignorance mais encore de ropiniou, qui est une conclusion prématurée de notre esprit, fondée non sur un examen approfondi mais sur nos impressions mobiles et fugitives. L'opinion n'a rien de •certain, d'absolu; si elle échappe au néant de l'ignorance, elle ne connaît pas cependant rétrc véritable; elle est , pour parler la langue de Platon , un composé d'être et de non-être. La science, au contraire, s'élève au-dessus de tout ce qui est contingent et conditionnel pour s'attacher à l'être pur, immuable et éternel. « Elle fixe ses regards sur des objets éclairés par la vérité et l'être, elle les voit clairement; mais quand l'homme tourne son regard sur ce qui est mêlé de ténèbres, sur ce qui naît et périt, sa vue se trouble et s'obscurcit, il n'a plus que des opinions \ » Sous sa forme supérieure, la science prend le nom de dialectique. Celle-ci se distingue de la physique, de la morale et de la politique en ce qu'elle recherche, non pas les manifestations diverses de l'être, mais l'être lui-même, et qu'elle ne s'arrête que quand elle a atteint l'absolu par delà toute contingence. Du reste, la science ainsi comprise empiète déjà sur la morale, car l'être en soi est inséparable du bien en soi. Le connaître, c'est connaître le bien; ce qui est pur n'étant que pour les purs, on ne peut le pénétrer qu'en l'aimant et le pratiquant. La science, dans ce sens supérieur, est déjà la vertu, et l'ignorance entraîne avec elle le mal. Le péché est un autre nom de l'erreur. Platon, en ce point, est un fidèle disciple de Socrate.
« Répub., Uv. VI, c. XIX.