LES QUATRE ESPÈCES D'ÊTRES GRÉES
mal divin, formé d'après l'idée parfaite de l'animal ou d'après l'animal type et idéal qui comprend en lui comme des parties tous les animaux particuliers, depuis les plus élevés dans réchelle des êtres jusqu'aux plus infimes, car la perfection réside toujours dans l'unité. « Ainsi le monde est un animal visible, unique, renfermant en -lui tous les animaux qui ont un rapport naturel avec lui. Pour que cet animal fût semblable par son unité à l'animal parfait, son auteur n'a pas fait deux mondes, mais il n'a produit que ce seul ciel qui est et qui sera unique. Illui donne la forme qui lui était appropriée, et comme il devait contenir tous les êtres, cette forme fut sphéroïde. La nature de l'animal, en soi, se trouvant être éternelle, il n'était pas possible de l'attribuer complètement à l'animal qui avait été produit : il créa dans le temps une image mobile de l'éternité '. »
De cet animal divin et unique qui s'appelle le monde, Dieu fit sortir toutes les espèces d'animaux que l'intelligence voit comprises dans l'animal idéal, qui est le prototype de la création dans ses détails comme dans ses grands traits. Il y a quatre espèces d'animaux : la race céleste des dieux, l'espèce volatile qui traverse les nues, celle qui habite les eaux et celle qui marche sur la terre ^. Chaque astre est un animal divin et éternel, une divinité véritable quoique secondaire. Ces dieux brillants dont notre œil peut suivre les mouvements mystérieux dans le ciel ont été chargés de
' Platonis Opéra, tome VII, p. 159.
» Timée, id., p. 167.
i;HOMME EST LN MICROCOSME. 155
la création des êtres inférieurs. Ils constituent l'Olj-mpe grec. Le Dieu suprême leur fournit lu partie divine et immortelle qui doit s'unir à la partie mortelle chez ceux de ces êtres qui, comme l'homme, reproduisent encore par un côté le type du bien absolu '. Chacun d'eux est en relation a^ec un astre particulier dans lequel il retournera, s'il fait prédominer en lui, par la vertu, la partie divine sur la partie sensible; ceux, au contraire, qui se livreront au mal parcourront, après leur mort, une série de migrations au travers des formes inférieures de l'existence jusqu'à leur épuration complète -. La prédominance de l'élément divin sur l'élément matériel est impossible aussi longtemps que les mouvements désordonnés du corps n'ont pas été réglés par la raison. Platon distingue en l'homme trois parties : d'abord la raison, qui vient du Dieu suprême; le corps, qui est l'élément matériel; et l'àme, qui est le chaînon intermédiaire. L'être humain est ainsi formé à l'image du monde, dont il est en quelque sorte un modèle réduit. Par sa partie supérieure il touche à Dieu, et par sa partie inférieure il tient à cette matière incohérente, matrice de tous les êtres. Sa raison reflète le monde divin des idées, le monde de la beauté, de l'harmonie et du bien. Parce côté, l'homme est immortel; mais cette immortalité n'est nulle part clairement définie et on ne peut savoir si elle est vraiment personnelle. Du reste, il y a toujours une grande distance entre l'homme et Dieu. « La nature divine n'étant jamais en communi-
« Timée, ici., p. 179.
' Plutonis Opéra, p. 124.