III. — LE PAGANISME GREC0-R03rAI
TRANSFORMATION DU PAGANISME ANTIQUE DEPUIS ALEXANDRE ET SOUS LA DOMINATION ROMAINE
La Grèce sous Alexandre et ses successeurs.
La décadence de rhellénisme commence à l'époque de sa plus grande gloire extérieure; elle remonte aux conquêtes d'Alexandre; car, pour lui, c'était descendre que de subir l'influence de l'Orient, c'était revenir en arrière et retomber en partie de l'humanisme sous le joug des religions de la nature. D'ailleurs, ce rapprochement de tous les cultes, cette rencontre de tous les dieux devait à la longue les détruire les uns par les autres, et, de tous ces débris d'aulels, former l'autel au Dieu inconnu, héritier mystérieux que le monde vieilli attendit longtemps. Depuis Philippe et Alexandre, l'ancien type démocratique, si favorable au développement de l'esprit hellénique, s" efface de (dus en plus; il disparait comme disparait une institution qui a possédé une ;^rande vitalité, non pas tout d'un coup, mais graduelle-
ne LA DÉCADKNGE COMMENCE POUR LA GRÈCE.
mcnl et avec des retours fréquents. Athènes jeta encore un vif éclat sur la liberté mourante; dans cette ville des muscs, la gloire politique était inséparable de la gloire littéraire; Démosthènes, tout en défendant la république, donna au monde les plus beaux modèles de l'éloquence, et conféra Timmortalité à des discours d'occasion grâce à la perfection de la forme. Depuis la mort de ce grand citoyen , Athènes ne fit plus que déchoir, et, malgré quelques velléités d'indépendance, elle s'accoutuma peu à peu au joug étranger. On vit le peuple qui avait applaudi les harangues de Démosthènes, venir au-devant du roi Démétrius, quelques années après sa lutte héroïque contre la Macédoine, avec des couronnes de laurier et des chants tels que ceux-ci : « Les autres dieux sont trop loins ou sont sourds; ils ne sont pas ou ils n'ont pas souci de nous. Toi, nous te voyous devant nous ; tu n'es pas un simulacre de bois ou de pierre, mais un corps de chair et de sang '. » Les divers Etats de la Grèce subirent le même sort; ballottés de domination en domination dans les luttes des lieutenants d'Alexandre, ils essayèrent de reconquérir leur indépendance en formant des confédérations; mais ils ne surent pas même s'unir pour la défense d'une cause commune ; les ligues achéenne et étolienne s'affaiblissent par leurs divisions, et Sparte essaya en vain de reconquérir la suprématie. Divisés entre eux, ces petits Etats invoquèrent l'appui d'alliés dangereux, se tournant tantôt vers la Macédoine, tantôt vers lEgypte, et pré-
* Ritter, Histoire de la philosophie ancienne, t. III, p. 252.