ALEXANDRIE SUPPLANTE ATHENES
parant ainsi la ruine totale de la liberté grecque, que Rome allait bientôt briser pour toujours.
Au déclin d'Atlièncs correspond la gloire croissante d'Alexandrie, qui devient le centre de la civilisation grecque pendant cette période. La première de ces villes avait été le foyer le plus brillant de l'helléuisme ; elle avait été longtemps sa métropole intellectuelle. Ou y avait admiré une civilisation forte sans dureté, gracieuse sans mollesse, combinant dans un harmonieux ensemble toutes les qualités de la race hellénique. C'est ce qui lit de ce petit pays la terre classique de la liberté et de Tart ; le beau dans tous les genres y apparut dans ses proportions délicates et revêtit une perfection inimitable. Athènes fut vraiment la république des lettres, la démocratie idéale où les distinctions de l'esprit l'emportaient sur toutes les autres, où tous les dons intellectuels se développaient avec une merveilleuse facilité et se retrempaient dans les luttes fécondes d'un peuple libre. Alexandrie, la nouvelle métropole de la Grèce, est en tout point l'opposé d'Athènes. Bâtie par un grand conquérant qui avait rêvé de réunir le monde sous son sceptre, elle avait été choisie par lui pour servir de point de jonction entre l'Orient et l'Occident, et il y avait fait construire des temples aux divinités de l'Egypte comme aux divinités de la Grèce. Elle fut toujours fidèle à la pensée de son fondateur : le génie de l'Orient et le génie de l'Occident s'y mêlèrent, s'y confondirent et s'y altérèrent réciproquement. Indéfiniment agrandie sous les Ptolémées, recueillant dans son immense bibliothèque tous I 12
<7d DÉCADENCE POLITIQUE.
les trésors de la culture antique, devenue l'entrepôt du commerce universel, elle fut une ■ville du monde plutôt que la capitale d'un rov aumc ; elle eut dans son sein des représentants de toutes les religions. A côté du temple de Jupiter on vit s' élever le temple de Sérapis en marbre blanc, et, non loin, la synagogue juive. Un scepticisme universel prit naissance à Alexandrie et effaça toujours davantage les caractères distiuctifs de l'esprit grec.
On peut suivre, d'Athènes à Alexandrie, la transformation qu'il subit pendant cette période, en religion comme en philosophie, dans l'art comme dans la littérature. La chute delà liberté devait avoir une influence considérable dans l'ancien monde, où la morale était si étroitement unie à la politique, où l'individu s'annihilait si complètement devant l'Etat. Une fois l'Etat asservi et humilié, l'idéal moral lui-même était voilé et la démoralisation, fruit du découragement dans une société où les consolations supérieures étaient inconnues, devait faire des progrès effrayants. En religion, l'épuration mythologique, qui avait été poursuivie avec succès par les grands artistes comme par les grands poètes du siècle de Périclès, cessa complètement. Nous avons déjà mentionné l'action dissolvante de la philosophie grecque sur les croyances nationales. Elle avait ruiné la foi aux dieux olympiens au nom d'un idéal supérieur, mais d'un idéal trop vague pour remplacer l'ancienne foi populaire. Le langage des philosophes avait d'ailleurs toujours conservé une certaine ambiguïté sur ce point délicat; la mort de Socrate leur avait enseigné la prudence; ils n'avaient pas pris une position nette. Le polythéisme