DÉCADENCE PHILOSOPHIQUE
était miné en dessous, mais non renversé avec franchise. Les philosophes n'avaient laissé debout que son cadavre, puisqu'ils avaient sapé la foi aux dieux homériques; mais ce cadavre n'en subsistait pas moins, et il fallait se prosterner devant lui.
La Grèce en savait trop et pas assez ; elle en savait trop pour croire complètement à ses dieux, pas assez pour adorer une autre Divinité. Aussi n'est-il pas surprenant quà la période d'épuration succède une période d'abaissement religieux; les apothéoses se multiplient; on fonde des cultes et des fêtes en l'honneur de rois puissants, tels que Démétrius Poliorcète à Athènes, Attale à Sicyone, Antigone en Achaïe, Ptolémée à Rhodes'. En même temps le contact avec l'Orient ramène l'ancienne religion de la nature; le culte de Bacchus prend une extension croissante et revêt un caractère toujours plus asiatique. L'impiété proflte de cet abaissement de l'idée religieuse et Evhéraère de 3Iessine, trois cents ans avant J.-C, déclare ouvertement que les dieux ne sont que d'anciens rois divinisés après leur mort par la crainte ou par la superstition. Il ne voyait dans Aphrodite qu'une courtisane merveilleusement belle, et il racontait qu'Harmonia était une danseuse phrygienne séduite par Cadmus.
Le mouvement philosophique de cette époque poussait dans la même voie d'abaissement religieux et moral. D'après l'exposé que nous avons fait de la philosophie d'Aristote, on peut prévoir qu'il était dangereux pour
> Doellinger^ p. 315.