L'ÉCOLE STOÏCIENNE
rationnel et actif, c'est se mettre au-dessus de la passivité, c'est triompher de toute émotion, de toute souffrance et aussi de tout plaisir, car le plaisir est un état passif de Tàme : c'est arriver à l'insensibilité*. La Ycrtu est identique à la raison : aussi s'enseigne-t-elle comme un système. Elle est absolue de sa nature ; on l'a ou on ne l'a pas, car le principe rationnel est un et indivisible '^. Il n'y a pas de degrés, pas de nuances dans la vie morale. Du reste, le stoïcisme, sous sa première forme, n'a pas professé le rigorisme qu'il affiche plus tard à Bome; il ne s'est pas élevé si haut à Athènes. Il paraît même que sous prétexte d'impassibilité, les premiers stoïciens toléraient sans scrupule quelques-uns des vices les plus honteux du paganisme. La philosophie du Portique devait subir plus tard une épuration notable, en ralliant à elle toutes les grandes âmes qui voulaient réagir contre l'effroyable abaissement moral de la Rome impériale. Elle fut le refuge des nobles cœurs; mais, ainsi que nous le verrons, elle eut beau pousser la sévérité jusqu'aux dernières limites, elle ne parvint jamais à neutraliser les funestes conséquences de ses premiers principes. Elle ne put s'élever jusqu'au spiritualisme. Niant à la fois Dieu et l'immortalité, elle ne sut pas donner à la morale ses véritables bases; ramenant tout au moi, elle fut, malgré les apparences, entachée d'un incurable égoïsme. L'orgueil lui ôte tout caractère désintéressé ; découragée de son impuissance métaphysique, elle se concentra de plus en plus sur les appli-
1 Diog. Laert., VII, 87. - « Diog. Laert., VII, 127.