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CHONDROME DE LA PAROTIDE

Le chondrome de la parotide est une tumeur cartilagineuse formée de masses arrondies, à surface ordinairement bosselée qui siègent

dans la région parotidienne. »

On a été longtemps sans connaître ce genre de tumeurs ; J. Millier, qui a jeté une si vive lumière sur l’histoire des chondromes en générai, ne mentionne pas dans ses ouvrages les tumeurs cartilagineuses des parties molles. M. Dolbeau (1), ainsi que je Fai déjà dit, a fait paraître le premier mémoire sur le chondrome parotidien.

Etiologie. — Les causes sont peu connues et je ne pourrai ajouter grand’ehose aux lignes suivantes i « L’étiologie des tumeurs chondroïdes, dit M. le professeur Dolbeau, ne présentent rien de particulier ; elles se développent à F âge moyen, semblent plus fréquentes chez l’homme que chez la; femme. » Pourquoi à Fâge moyen ? Ces tumeurs commencent à paraître avant que l’organisme ait atteint son complet développement; presque toujours l’affection débute a 25 ou 30 ans, à cet âge où les éléments de 1 organisme, après avoir subi diverses transformations, prennent leur forme definitive ; si ce travail d’organisation est troublé par une cause le plus souvent

, (1) Dolbeau. Loc. cit.

ignorée, on assiste pour ainsi dire à la production d’éléments anormaux qui se réunissent pour former des tumeurs.

Dans un certain nombre de cas nous connaissons cette cause perturbatrice : un traumatisme (coup, chute, etc.) peut déterminer un chondrome parotidien. Le premier cas de ce genre est dû à faget (1) qui, voulant prouver la dextérité de Hunier, rapporte le fait suivant : « Le malade avait 37 ans ; en tombant, seize ans auparavant, il s’écorcha la joue. Bientôt après l’accident, la joue commença à gonfler et le gonflement augmenta régulièrement pendant quaire ou cinq ans. L’individu tomba une seconde fois «ur la région parotidienne enflée qui, à partir de ce moment, augmenta surtout a sa partie inférieure et à sa base. La tumeur paraissait tout à fait libre, sans adhérences, glissant sous la peau et indolore.

Hunter extirpa la tumeur avec succès. Elle pesait 144 onces et mesurait 9 pouces sur 7. ». .

L’histologie fut faite par Suckett (2) qui la trouva composée d’éléments cartilagineux entourés d’une membrane de tissu fibreux

très-fin. '

Friedberg, professeur de clinique à léna, en rapporte un second cas (3).

« Un garçon de 14 ans reçut un coup de poing dans la région parotidienne ; il s’ensuivit une tuméfaction qui dura une quinzaine de jours. Douleurs intermittentes pendant deux ans , jusqu’au moment où apparut une induration de la grandeur d’une pièce de 50 centimes. Sept ans plus tard, le malade eut une fièvre intense avec douleur vive dans la moitié gauche de la face. Depuis ce moment, la tumeur grossit rapidement et l’année suivante l’extirpation porta sur un enchondrome de la grandeur d’une prune. »

(1) Paget. Lect. on surg. path., vol. 13, p. 201.

(2) Stick- tt Hisiological catalogue, v. I, p. 111.

(3) Friedberg. Chirurg. klinik, léna, 1855, vol. I, p. 247.

Virchow (1) reconnaît, dans la généralité des cas, une origine inflammatoire; la période préenchondromateuse serait très-reconnaissable dans la tumeur cartilagineuse : la parotidite interstitielle chronique, qui amène l’induration du tissu conjonctif, prédisposerait au développement du tissu chondromateux; ces éléments indurés seraient « la matrice du chondrome ultérieur. » Le professeur de Berlin tire cette opinion de l’observation que M. le professeur Gosselin a insérée dans le Bulletin de la Société de chirurgie (1856), t. VI, p. 195.

Hérédité. — On ne connaît rien de bien précis.

Virchow cite un cas de chondrome parotidien héréditaire dû à Wagner; mais ce cas, unique dans la science, ne peut être qu'une coïncidence.

Rachitisme. - Devons-nous, avec Lenoiret Cruveilhier, admettre le rachitisme au nombre des causes du chondrome parotidien? Les auteurs allemands n’en sont pas éloignés, du moins pour les tumeurs cartilagineuses des os. Mais, alors même que la chose serait possible, je ne crois pas que le rachitisme puisse agir dans la formation du chondrome parotidien. D’ailleurs je me range à l’opinion si autorisée de M. le professeur Trélat qui, dans les cours de pathologie externe de cette année, nous disait que le microscope avait désormais fait cesser toute confusion.

Anatomie pathologique . — Le tissu dans lequel se développe primitivement l’élément cartilagineux est resté longtemps inconnu des savants qui se sont occupés de la question. Ce n’est guère que depuis quelques années que l’anatomie pathologique est venue jeter un peu

(1) Virchow. Traité des tumeurs, seizième leçon.

de jour sur ce point obscur de pathogénie. Mais ayant, que d’avis différents !

Paget (1), ne sachant à quelle espèce de tissu rattacher les chondromes de la région parotidienne, les regardait comme des tumeurs de nature incertaine.

Pour Velpeau, les ganglions parotidiens étaient le point de départ de l’affection.

M. le professeur Robin a admis la formation d’un tissu, mais non semblable à celui de la glande, au milieu duquel se développe la cellule cartilagineuse.

En parcourant les observations qui ont été publiées, nous trouvons les opinions les plus diverses sur le point de départ de l’affection : En France Gruveilhier, en Angleterre Bennett et Jolly, touchèrent à la question, mais sans pouvoir encore découvrir la vérité. M. le professeur Dolbeau (2), après avoir passé en revue tous les faits qu’il a réunis, reconnaît « que nous n’avons pas de notions certaines sur le tissu qui est le point de départ des chondromes développés dans r épaisseur de la glande parotide. »

Depuis lors, les Bulletins de la Société anatomique ont eu à enregistrer plusieurs cas importants de tumeurs chondromateuses qui ont donné lieu à de savantes discussions. D’abord, c’est le cas présenté par M. le professeur Gosselin (3).

L’année 1860 fut abondante en chondromes parotidiens : Trois nouveaux cas, dont deux de récidive, furent présentés à la Société anatomique. Une observation de fibro-adénome, présentée par M. Pamart, souleva de grandes discussions scientifiques auxquelles prirent part M. le professeur Dolbeau et M. Cornil.

En 1862, M. Cornil reprit la question de l’origine du chondrome

(1) Paget. Loc. cit.

(2) Dolbeau. Loc. cit.

(3) Gosselin. Bull. Soc. anat,, janvier 1860. 1874. — Branlai.

au sujet d’une tumeur cartilagineuse du bassin ( Bull, de la Soc. anat décembre 1862, p, 511) : Il soutint que le chondrome débutait toujours par le tissu conjonctif. La cellule cartilagineuse se forme au dépens des cellules plasmatiques, dont l’élément fondamental, la chondrine , se ramollit, se dissout; cette cellule, une fois formée, subit des modifications nouvelles; on la voit s’allonger, prendre la forme d’un sablier, se segmenter, tandis que la substance cellulaire périphérique, qui a suivi tous les changements de son noyau, se segmente à son tour pour former une cellule propre à chaque noyau. Ges nouvelles cellules complètes éprouvent la même transformation que la première, la cellule mère.

Mais cette pathogénie n’est pas admise de tous les savants. Follin (1)7 le représentant si regretté de l’École française, soutient « que cette histologie des tumeurs chondromateuses est un ensemble de suppositions gratuites qui s’appliquent à des périodes de développement insaisissable pour nos sens. »

La tumeur chondromateuse, une fois développée, est constituée par des tissus d’aspects différents. La surface de section offre une ou plusieurs masses cartilagineuses distinctes par leur volume, leur couleur et leur consistance, et séparées par du tissu conjonctif, au centre duquel l’élément morbide se serait primitivement développé.

La couleur est en général blanc jaunâtre, quelquefois blanc bleuâtre; cette différence dépend des progrès du ramollissement des noyaux.

Ces îlots cartilagineux subissent, du centre à la périphérie, la transformation graisseuse qui, peu à peu, envahit toutes les cellules chondromateuses, détruit le tissu fibreux périphérique et les téguments externes, produit enfin l’ulcération; mais c’est l’exception.

Les ganglions lymphatiques participent bien rarement au travail

(1) Follin. Path. ext., t. I, p. 151.

d’envahissement: sur [17 observations, M. Dolbeau n’en signale pas un seul cas; sur les observations que j’ai lues dans les recueils scientifiques, je ne pourrais citer aucun cas d’infection des ganglions lymphatiques.

Je ne veux pas insister longuement sur les caractères anatomiques du chondrome, qui sont parfaitement connus; je me contenterai de dire simplement, que dans tout noyau chondromateux, nous trouvons du centre à la périphérie :

1° Un tissu, tantôt cartilagineux, tantôt crétifié, osseux, ou granulo-graisseux ;

2° Une couche de cellules cartilagineuses en prolifération;

3° Des cartilages hyalins offrant l’aspect du cartilage primitif;

4° Une enveloppe fibreuse.

Mais il ne faudrait pas croire que toutes les tumeurs cartilagineuses de la parotide soient toujours aussi simples; nombre de cas dans lesquels on a trouvé des éléments étrangers au chondrome ont dérouté les chirurgiens; ces tissus étrangers ont leur importance, surtout au point de vue du pronostic qui peut varier avec la présence de tel ou tel élément.

Le chondrome peut présenter des éléments cancroïdaux : Frieberg (Chirurg. Klinik; léna, 1855), Bruns (Chirurg. pat., t. Il, p. 159) en rapportent plusieurs cas, et Bauehet, dans son mémoire (1859), en signale un cas. — Pour avoir ces cellules épithéliales, il suffit de comprimer entre les doigts la tumeur que Ton a sectionnée : on fait sourdre un suc laiteux et sanieux, au milieu duquel le microscope fait reconnaître des cellules épithéliales, agencées en forme de glandes, comme dans l’adénome (observations de M. le professeur Robin, Union médicale 1857, p. 100, de Nèlaton, Clinique européenne 1859, n° 26, p. 205, de Virchow, 16e leçon, p. 523).

En face de ces deux affections différentes, on est tenté de se demander quelle est celle qui a commencé la première. M. le profes-

seur Broca (1) ne parait pas croire que l'adénome puisse être la cause du chondrome, et MM. Cornil et Ranvier (2) vont plus loin, en soutenant que le chondrome donne presque toujours naissance à l’adénome : La présence d’une tumeur cartilagineuse dans la région parotidiennne détermine, dans les acini de la glande, une prolifération épithéliale, qui a fait donner à ces tumeurs le nom d’adénochondrome, expression heureuse, par laquelle M. le professeur Verneuil(3) donne une idée parfaite de l’affection. Dans ce cas, il ne faut pas se hâter de se prononcer; il serait imprudent, ou tout au moins prématuré de compter sur un bon résultat.

Je dois signaler, dans le chondrome parotidien, l’existence de kystes ou plutôt de lacunes sanguines que l’on rencontre quelquefois dans la tumeur. M. Demarquay (4) a inséré une observation de chondrome parotidien qui présentait cette particularité : «Après avoir extirpé la tumeur, le chirurgien pratique une section suivant le grand diamètre, et trouve, entre autres choses, une partie renfermée dans une sorte de coque et formée d’une masse noirâtre, molle, sorte de magma fibrineux, imprégné de sang noir altéré, et offrant assez bien l’aspect d’un 'ancien épanchement sanguin en partie coagulé....

« Cette masse noirâtre est composée de deux parties, Tune qui cloisonne dans tous les sens la cavité, et qui, après avoir tapissé la coque dont nous venons de parler, envoie dans son intérieur des prolongements nombreux qui la divisent en un grand nombre de poches pleines de sang coagulé. Cette substance, comme fibrineuse, qui forme les cloisons, est évidemment organisée; on voit à l’œil nu qu’elle est parcourue par d’innombrables capillaires sanguins. »

d) Broca. Dict. encyc., Adénome, t. I, p. 747.

(2) Cornil et Ranvier. Manuel d’histologie, vol. I, p. 220.

(3) Verneuil, Bull. Soc. anat., janvier, 1860, p. 7.<

(4) Demarquay. Gaz. des hôp., 1861, p. 181.

Mais ce fait n’appartient pas exclusivement au chondrome de la parotide. L’observation d’hypertrophie ganglionnaire citée dans le premier chapitre en offre un bel exemple; d’ailleurs pour plus de détails, je renvoie à la thèse de M. Massot (1).

Symptômes. — Le chondrome parotidien n’est jamais reconnu dès le début. Le malade ne s’aperçoit de la tumeur que lorsqu’elle a déjà atteint un certain volume, celui d’une noisette, d’un marron, d’un œuf de poule; 'et beaucoup de malades par crainte d’une opération laissent croître leur tumeur qui peut devenir aussi grosse que le poing, qu’une tête d’enfant et même davantage. Dans le Guÿs hospital report . 1868, page 477, je trouve signalé un chondrome parotidien « aussi gros, sinon plus gros que la tête du malade ».

Au début, on n’a signalé ni douleur, ni paralysie, ni troubles salivaires. La tumeur une fois reconnue est indolore, et roule sous la peau qui ne change pas de couleur. Quand la tumeur s’est développée dansles parties superficielles, elle comprime la peau de dedans en dehors et amène une congestion des veinules du tégument externe.

La tumeur prise entre les doigts donne la sensation de dureté avec plus ou moins d’élasticité, elle est lisse et uniforme; mais cette uniformité disparaît plus tard.

Le chondrome est assez mobile, il se détache facilement des parties profondes, des os avec lesquels il ne contracte aucune adhérence.

La tumeur chondromateuse ayant atteint un volume considérable peut être reconnue assez facilement. Chaque îlot cartilagineux détermine des bosselures, tantôt fluctuantes (dégénérescence), tantôt dures (crétification); Roux (de Brignolles) a enlevé un chondrome de la parotide dans lequel certains noyaux avaient subi l’ossification.

(1) Massot. Des hygromas profonds ou des kystes lacuneux qui compliquent les tumeurs, thèse inaug., 1854, Paris.

L’affection peut rester longtemps dans le même état, selon la résistance du tissu fibreux et la prolifération des éléments épithéliaux. Mais la tumeur, ayant subi la dégénérescence graisseuse, fait des progrès rapides, envahit le tissu fibreux et ulcère la peau. Parvenu à cette période, le chondrome ne tarde pas à attaquer les vaisseaux si importants de la région et à faire périr le malade. (Gaz. kebd ., 1858, page 734.)

Marche , durée , terminaison. — L’affection suit une marche irrégulière, mettant un temps plus ou moins long, selon l’épaisseur de la coque fibreuse, et de la formation plus ou moins abondante d’éléments cartilagineux nouveaux.

D’après les observations réunies par M. le professeur Dolbeau (1), et d’après celles que je rapporte plus loin, les malades ne se seraient présentés au chirurgien qu’une quinzaine d’années après le début de leur affection.

Certains chondromes parotidiens semblent rester stationnaires, tandis que d’autres marchent vers Y ulcération avec une rapidité effrayante. Le malade meurt d’hémorrhagie.

Pronostic. — Lechondrome parotidien peut être regardé comme une affection bénigne, si l’on ne tient compte que de sa inarche Sente et de sa nature circonscrite. Mais par son volume énorme, il peut amener des troubles de voisinage (compression des carotide;? et paralysie du facial).

Virchow (2) regarde le chondrome comme suspect et son accroissement par nodules accessoires prouve déjà sa faculté d’infecter. Je partage la manière de voir du professeur de Berlin, ei je ne crois

(1) Dolbeau. Mém. Loc. eit.

(2) Virchow. Traité des tumeurs, seizième leçon, p. 523.

pas que le chondrome parotidien soit une «affection parement locale qui n’a aucun retentissement sur la santé générale » (2).

Avant de porter le pronostic, le chirurgien doit se rappeler que le chondrome récidive. Les faits de ce genre sont nombreux. Je renvoie aux observations 3, 4 et 5. M. le professeur Dolbeau en a cité plusieurs cas. Qu’est-ce à dire? Comme il est souvent impossible d’enlever le mal en entier, nous sommes forcé d’admettre que la récidive est due à une ablation incomplète.

En parcourant les recueils scientifiques, je n’ai pu rencontrer un seul cas de chondrome parotidien généralisé. Mais la généralisation du chondrome du testicule ne nous met-elle pas en droit d’admettre la généralisation du chondrome parotidien? Bien que l’on n’ait pas d’observation jusqu’à ce jour, je crois pouvoir regarderie chondrome parotidien comme dangereux parce que les productions cartilagineuses peuvent se répandre dans l’organisme, par les veines et les vaisseaux lymphatiques, et déterminer une complication toujours funeste pour le malade. « La malignité des tumeurs cartilagineuses, diiLebert, est un fait aujourd’hui assez souvent observé pour qu’un chirurgien ne les juge qu’avec réserve. » (Physiol. path., page 355.)

OBSERVATIONS DE CHONDROMES.

Le mémoire de M. le professeur Dolbeau contient 17 cas d’enchondromes de la parotide. Depuis 1860, les recueils scientifiques en rapportent plusieurs observations que j’inscris:

Gbs. IL (Présentée par M. Gruveilhier. Bull. Soc. anat.y 1860, t. Y, p. 177.) — En 1832, le malade s’aperçut qu'il portait, au niveau du lobule de l’oreille, une petite tumeur complètement indolente. En 1841, elle avait acquis le volume d'une grosse pomme; le malade fut alors opéré par M. Canquoin, qui circonscrivit la tumeur au moyen de cordes à boyaux enduites de caustiques. La tumeur tomba

(i) Dolbeau. Luc. cit, p. 452.

au bout (Tune quinzaine de jours et la guérison sembla être obtenue. Mais en 1852, la tumeur reparut, augmenta jusqu’à l’époque de l’entrée du malade à l’hôpital des Cliniques. La tumeur à ce moment offrait le volume d’une grosse pomme ; son diamètre transverse peut être représenté par une ligne s’étendant de l’apophyse mastoïde au bord antérieur du masséter. La tumeur est bosselée et semble mobile sur les tissus sous-jacents ; elle a une consistance assez ferme et n’adhère pas à la peau. Aucune lésion fonctionnelle de voisinage, pas de paralysie faciale. L’ablation de cette tumeur est des plus simples. M. Nélaton pratique une incision et énuclée la tumeur. Elle offre à la coupe la consistance du cartilage; l’examen microscopique montre que le tissu cartilagineux est uni au tissu glandulaire.

Qbs III. (Bull. Soc. anat ., 1860, p. 346.) — Une dame de 23 ans avait depuis deux ans et demi une tumeur parotidienne. M. Charrier, consulté, constata qu’il existait en avant de l’oreille droite une tumeur du volume d’un noyau de cerise, mobile et roulant sous la peau. Il y a trois mois, sans cause connue, la tumeur tripla de volume et détermina des douleurs dans les mouvements de mastication. L’opération, devenue nécessaire, fut des plus simples; une incision fut faite et la tumeur qui n’adhérait que par sa face profonde, fut séparée des tissus sous-jacents au moyen de quelques coups de ciseaux.

La tumeur est aplatie, son tissu èst dense et crie sous le scalpel; elle offre à l’œil nu et à l’examen microscopique l’aspect des enchondromes.

Obs. IV. (Bull. Soc. anat., 1860, p. 353.) M. Labbé présente une tumeur enlevée par Velpeau sur un jeune homme de 24 ans. En 1850 avait apparu chez cet individu une tumeur indolente, ayant le volume d’uue noisette, dans la région parotidienne. L’extirpation en a été faite en 1857» Quelques mois après la sortie de l’hôpital, le malade aurait vu reparaître une nouvelle tumeur dans la même région et il se présentait dernièrement à la consultation de Velpeau pour être débarrassé de son mal. La tumeur avait le volume d’une petite orange : elle était mobile sous la peau et l’on voyait les traces de l’ancienne cicatrice ; elle n’avait jamais occasionné de douleurs ; elle était bosselée et offrait à la partie supérieure une fluctuation obscure.

\elpeau diagnostiqua une tumeur adénoïde de la région parotidienne peut-être de nature enebondromateuse. La tumeur s’énucléa aisément. Aspect blanchâtre de consistance inégale. Son tissu est assez résistant et crie sous le scalpel.

Obs. Y. (Même recueil, année 1865, p. 678.) — Tumeur enlevée parM. Gosselin, présentée par M. Ranvier. Une première opération avait eu lieu, il y a dix ans. Cette tumeur est lobulée, dure, offrant une grande résistance à la section ; c’est évidemment un enchondrome. On trouve, au microscope, des cellules étoilées, desquelles partent des tubes qui vont à d’autres cellules; ce sont bien des tubes et non des fibres, car traités par la teinture dïode on voit très-distinctement les cellules et les tubes. Dans cette espèce de tumeur cartilagineuse, il n’y a pas de capsule de cartilage ; on trouve une substance fondamentale et des cellules au lieu de rencontrer de véritables capsules comme celles que l’on trouve dans les fîbrocartilages réticulés. On trouve un tissu cartilagineux analogue à celui qui constitue ce tissu chez la raie.

Obs. VI. (Bull. Soc. anal 1867, p. 363, service du Dr Demarquay.) — Le malade, âgé de 3? ans, a nne tumeur parotidienne depuis quatorze ans. Elle s’était développée graduellement en se portant vers la peau. Elle offrait, avant l’extirpation, une certaine dureté et trois petites bosselures inégales; la peau qui la recouvrait, quoique tendue et luisante, ne lui adhérait pas ; mais par sa base d’implantation elle était fixe et paraissait située profondément. Elle offrait le volume d’un œuf de poule.

En raison de la consistance, de la dureté de cette tumeur, de son développement lent, de l’absence d’ulcération à la région parotidienne, en raison aussi du peu de troubles apportés dans l'état général et dans les fonctions des organes voisins, M. Demarquay diagnostiqua un enchondrome de la région parotidienne et en fit Fextirpation, à la demande du malade, qui était incommodé uniquement de son volume.

M. Demarquay lit une incision cruciale, dans le sens des ramifications du nerf facial d’abord, et ensuite dans le sens longitudinal, suivant la direction de l’artère carotide externe. Les lambeaux de peau étant disséqués, on constata qu’une portion de la glande parotide, celle qui s’avance sur la branche du maxillaire, recouvrait une partie de la tumeur; cette portion fut excisée, puis on exerça des tractions sur la tumeur, en détachant avec le bistouri sa base d’implantation.

Section de l’artère transversale de la face; ouverture de la temporale à son origine; ligatures.

L’artère carotide externe, placée entre la tumeur et la portion de la glande parotide restée saine, refoulée d’ailleurs dans le creux parotidien, fut respectée, ainsi que le nerf facial. La tumeur enlevée, on constatait les battements artériels et l’on vit l’aspect blanchâtre du nerf facial à découvert; du reste, le malade put, après 1871. — Branlat. 4

l’opération , siffler et répondre nettement à nos questions ; il n'existait donc aucune paralysie des muscles de la face.

Au microscope, on trouve des cellules cartilagineuses au centre et des fibres de tissu conjonctif à la périphérie.

Obs. VIT. — Le Ie" avril 1874, M. Demarquay faisait à la Société de chirurgie la communication suivante :

Le nommé N. . . , âgé de 45 ans, entre dans mon service dans le courant du mois dernier pour se faire enlever une tumeur volumineuse qu'il porte dans la région parotidienne gauche depuis quatorze ans. Depuis deux ans, la tumeur a augmenté de volume ; elle est double de ce qu’elle était avant. Cette tumeur est dure et donne à la main qui la touche la sensation d’une masse cartilagineuse; elle présente comme dimension, 12 centimètres de long et 7 centimètres de large. Elle est peu mobile sur les tissus sous-jacents, peu adhérente à-îa peau. On sent, à la partie interne, de petits nodules, un peu moins durs que le tissu environnant.

Le 24 mars, la tumeur est enlevée, le malade étant chloroformé. Deux incisions en croix, Tune verticale, l’autre horizontale, mettent la tumeur à nu; on reconnaît qu’elle est située immédiatement au-dessous des fascia superficiales, recouverte par du tissu parotidien en avant. C'est en vain que l’on cherche à éviter le nerf facial; il est, en effet, englobé dans la tumeur; pas de rapports immédiats avec la carotide externe; on jette une ligature en masse sur un pédicule profondément inséré. Pansement simple; peu de réaction.

L’excitation électrique s’est maintenue jusqu'au cinquième jour.

Examen de la tumeur : Tumeur ovoïde, du poids de 250 grammes; certains points sont comme fluctuants.

Le nerf facial pénètre dans la tumeur.

Sur une coupe médiane, on trouve un tissu grisâtre; en général, çà et là quelques noyaux de cartilages plus ou moins grands; en d'autres points, des cavités kystiques renfermant un liquide gommeux.

Au microscope, la substance cartilagineuse présente des cellules ramifiées mises en évidence par la teinture d'iode, ainsi que de la matière glycogène.

La substance grise est formée de tissu conjonctif et de cuîs-de-sac glandulaires qui ont proliféré.

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