Les Calvinistes convaincus pnr Bèze
En effet , la suite fait voir qu'elle rentra de bonne foi dans les desseins du roi de Navarre ; et depufs elle ne cessa de négocier avec le prince pour le rappeler à son devoir. Ainsi ce» lettres de la Reine, et tout ce qui s'en ensuivit, n'est réputé par les historiens qu'un vain prétexte. Bèze même fait assez voir que tout rouloit sur la religion, sur les édits violés, et sur le prétendu meurtre de Vassi [Liv. vi.). Le prince ne 88 remua, ni ne manda l'amiral pour prendres les armes, que a requis çt plus que supplié par ceux de la religion, de T> les prendre en sa protection sur le nom et autorité du Roi » et de ses édits » (Ibiâ. pag. 4.).
47. La première guerre résolue de TaTis de toiu les ministres, et la paix faite ninl{;ré eux. Témoignage de Bèse,
Ce fut dans une assemblée où étaient les principaux de^VEglise que la questijon fut proposée , si on pouvoit ea conscience faire justice du duc de Guise, et cela sans grand échec, car c'est ainsi que le cas fut proposé; et là il fut répondu, « qu'il valoit mieux souffrir ce qu'il plairoit à Dieu , se met- )) tant seulement sur la défensive, si la nécessité amenoit les » Églises à ce point. Mais que, quoiqu'il fût, il ne falloit les » premiers dégainer l'épée » (Liv, vi. p. 6.), Voilà donc un point résolu dans la nouvelle Réforme, que Ton pouvoit sans scrupule faire la guerre à la puissance légitime , du moins en se défendant. Or on prenoit pour attaque la révocation des édits ; de sorte que la Réforme établit pour une doctrine constante , qu'elle pouvoit combattre pour la liberté de conscience , au préjudice non-seulement de la foi et de la pratique des apôtres , msfis encore de la solennelle protestation que Bèze venoit de faire en demandant justice au roi de Navarre, « que c'étoit à l'Église de Dieu d'endurer les coups, » et non pas d'en donner; mais qu'il falloit se souvenir que » cette enclume avdit usé beaucoup de marteaux » (Ibid. p, 3.). Cette parole tant louée dans le parti ne fut qu'une illusion; puisqu'enfin contre la nature, l'enclume se mit à frapper, et que lassée de porter les coups elle en donna à son tour. Bèze qui se glorifie de cette sentence (Ibid. p, 298.), fait lui-même, en un autre endroit, cette déclaration importante « devant toute la chrétienté , qu'il avoit averti de leur » DEVOIR , tant M. le Prince de Condé que monsieur l'amiral » et tous autres seigneurs et gens de toute qualité , faisant » profession de I'Évangile, pour les induire à maintenir, par » TOUS MOYENS A EUX POSSIBLES , l'autorilé des édits du Roi et » l'innocence des pauvres oppressés ; et depuis il a toujours » continué en cette même volonté; exhortant toutefois un » chacun d'user des armes à la plus grande modestie quil » est possible, et de chercher, après l'honneur de Dieu, » la paix en toutes choses, pourvu qu'on ne se laisse tromper » ni décevoir. » Quelle erreur, en autorisant la guerre civile,
de croire en être quitte en recommandant la modestie à un peuple armé? Et pour la paix , ne voyoit-il pas que la sûreté qu'il y demandoit donneroit toujours des prétextes ou de réloigner ou de la rompre? Cependant il fut par ses sermons, comme il le confesse , un des principaux instigateurs de la guerre : un des fruits de son Évangile fut d'apprendre à des sujets et à des officiers de la couronne ce nouveau devoir. Tous les ministres entrèrent dans ses sentiments : et il raconte lui-même que , lorsqu'on parla de paix, les ministres s'y opposèrent tellement, que le prince résolu de la conclure fut obligé de les exclure tous de la délibération ( Liv, vi. p. 280. et 8uiv. ) : car ils vouloient empêcher qu'on ne souffrît dans le parti la moindre exception à l'éditqui lui étoitle plus favorable : c'étoit celui de Janvier. Mais le prince qui pour le bien de la paix avoit consenti à quelques modifications assez légères, « les fit lire devant la noblesse , ne voulant qu'autre » en dît son avis, que les gentilshommes portant armes, » comme il dit tout haut en l'assemblée : de sorte que les » ministres ne furent depuis ouïs, ni admis pour en donner » leur avis » (Liv. vi. p. 282.). Par ce moyen la paix se fit, et toutes les clauses du nouvel édit font voir qu'il ne s'agissoit que de la religion dans cette guerre. On voit même qu'il n'eût pas tenu aux ministres qu'on ne l'eût continuée , pour obtenir les conditions plus avantageuses qu'ils proposèrent par un long' écrit, où ils ajoutoient beaucoup , même à l'édit de Janvier; et ils en firent, comme dit Bèze (Ibid.), la déclaration , c( afin que la postérité fût avertie comme ils se » sont portés dans cette afi'aire. » C'est donc un témoignage éternel que les ministres approuvoient la guerre, et vouloient même, plus que les princes et les gens armés, qu'on la poursuivît sur le seul motif de la religion, qu'on en veut maintenant exclure : et voilà, du consentement de tous les auteurs catholiques et protestants, le fondement des premières guerres.
^S. Les autres .«juiTros sont destitui'es de (ont prrtrxte.
Les autres guerres sont destituées même des plus vains prétextes, puisque la Reine coiicouroil alors îlnoç Vç^wVv^'^Vs
puissances de l'Étal ; et on n'allègue pour toute excuse que des mécontentements et des contraventions : toutes choses qui, après tout, n'ont aucun poids qu'en présupposant cette erreur, que des sujets ont droit de prendre les armes contre leur Roi , pour la religion , encore que la religion ne prescrive que d'endurer et d'obéir.
^«0. Réponse de M. Jurieu.
Je laisse maintenant à examiner aux Calvinistes, s'il y a la moindre apparence dans le discours de M. Jurien , lorsqu'il dit que c'est ici une querelle où la religion s'est trouvée purement par accident, et pour servir de prétexte (Apolog. pour la Réform. I. part. ch. x. p. 501.); puisqu'il' paroît au contraire que la religion en étoit le fond , et que la réformatioo du gouvernement n'étoit que le vain prétexte dont on tâchoit de couvrir la honte d'avoir entrepris une guerre de religion, après avoir tant protesté qu'on n'avoit que de l'horreur pour de tels complots.
Mais voici bien une autre excuse que cet habile ministre prépare à son parti dans la conjuration d'Amboise , lorsqu'il répond qu'en tout cas elle nest criminelle que selon les règles de V Évangile (Ibid. ch. xv. p. 433.). Ce n'est donc rien à des Réformateurs, qui ne nous vantent que l'Évangile, de former un complot que l'Évangile condamne ; et ils se consoleront , pourvu qu'ils n'en combattent que les règles saintes? Mais la suite des paroles de M. de Jurieu fera bien voir qu'il ne se connoît pas mieux en morale qu'en christianisme , puisqu'il a osé écrire ces mots : « La tyrannie des princes de » Guise ne pouvoit être abattue que par une grande effusion » de sang : l'esprit du christianisme ne souffre point cela; )) mais si l'on juge de cette entreprise par les règles de la » morale du monde, elle n'est point du tout criminelle y)(Jhià,). C'étoit pourtant selon les règles de la morale du monde , que l'amiral trouvoit la conjuration si honteuse et si détestable; c'étoit comme homme d'honneur, et non pas seulement comme chrétien, qu'il en conçut tant d'horreur; et la corruption Au monde n est pas exvt.OTe w\\^^ ^^s^x\ft\xv ^jour trouver
DES YARIATIONS, LIT. X. 465
ie rinnocence dans des attentats où Ton a vu toutes les lois livines et humaines également renversées.
Le ministre ne réussit pas mieux dans son dessein , lorsqu'au lieu de justifier ses prétendus Réformés de leurs révoltes, il s'attache à faire voir la corruption de la Cour contre laquelle ils se révoltent , comme si les Réformateurs eussent dû^ignorer ce précepte apostolique : Obéissez à vos maîtres, même fâcheux ( II. Pet. ii. 18.).
Ses longues récriminations dont il remplit un volume , ne /aient pas mieux , puisqu'il s'agit toujours de savoir si ceux ]u'on nous vante comme réformateurs du genre humain , en 9nt diminué ou augmenté [les maux, et s'il les faut regarder )u comme des Réformateurs qui*les corrigent, ou plutôt comme des fléaux envoyés de'Dieu pour les punir.
>0. Question sur l'esprit de la Réforme. Si c'éloit un esprit de douceur ou du violence.
(1554. ) On pourroit ici traiter la question, s'il est vrai que a Réforme, comme elle s'en glorifie , n'a jamais songé à s'érablirpar la force {Crit, t, i. Let, vni. n. i. p 129. et seq. Let. XVI. n. 9. p. 315. etc) : mais le doute est aisé à résoudre par tous les faits qu'on a vus. Tant que la Réforme fut faible , II est vrai qu'elle parut toujours soumise, et donna même pour un fondement de sa religion, qu'elle ne se croyoit pas permis non-seulement d'employer la force, mais encore de la repousser. Mais on découvrit bientôt que c'étoit là de ces modesties que la crainte inspire , et un feu couvert sous la cen- Ire ; car aussitôt que la nouvelle Réforme put se rendre la )lu8 forte dans quelque royaume, elle y voulut régner seule. Premièrement les évoques et les prêtres n'y furent plus en iûreté : secondement les bons Catholiques furent proscrits, bannis, privés de leurs biens , et en quelques endroits de la ie, par les lois publiques: comme, par exemple, en Suède, [uoiqu'on ait voulu dire le contraire ; mais le fait n'en est pas rioins constant. Voilà où en sont venus ceux qui d'abord ;rioient tant contre la force ; et il n'y avoit qu'à considérer *aigreur , Tamertume , et la fierté répandue dans les prenien livres et dans les 'premiers sermons de ces RéCoTiaés;
leurs inYectiyes sanglantes; les calomnies dont ils noircissoient notre doctrine ; les sacrilèges , les impiétés , les idolâtries qu'ils ne cessoient de nous reprocher ; la haine qu'ils inspiroient contre nous ; les pilleries qui furent Teflet de leurs premiers prêches; l'aigreur et la violence qui parut dans leurs placards séditieux contre la messe (Bèze, liv. i. p. 16.), pour juger de ce qu'on devoit attendre de semblables commencements.