Vaines excuses
Un nouveau défenseur de la Réforme est persuadé par les mœurs peu chastes et par toute la conduite du Prince de Condé, qu'il y dL\oiiplus d'ambition que de religion dans son fait (Gritiq. t. i.Let. ii. n. 5. p. 45. et seq.); etil avoue que la religion ne lui servit qu'à trouver des instruments de vengeance ( Ibid. let. xviïi. p. 334. ). Par là il croit tout réduire à la politique, et excuser sa religion : sans songer que c'est cela même qu'on lui reproche, qu'une religion , qui se disoit réformée , ait été un instrument si prompt de la vengeance d'un prince ambitieux. G'est cependant le crime de tout le parti. Mais que nous dit cet auteur du pillage des églises et des sacristies , et du brisement des images et des autels? Il croit satisfaire à tout en disant que, ni par prières , ni par remontrances , ni même par châtiments^ le prince ne put arrêter ces désordres (Ibid, lett, XVII. n. 8.) Ce n'est pas là une excuse; c'est la conviction de la violence qui régnoit dans le parti , dont les chefs ne pouvoient contenir la fureur. Mais j'ai bien peur qu'ils n'aient agi dans le même esprit que Granmer et les autres Réformateurs de l'Angleterre , qui , dans les plaintes qu'on faisoit contre les briseurs d'images , « encore qu'ils fussent » d'humeur à donner des bornes au zèle du peuple , ne vou- » loient point qu'on s'y prît d'une manière à lui faire perdre )) cœur » (Burn, IL part, liv. i. p. 15.). Les che(s de nos Galvinistes n'en usèrent pas d'une autre sorte ; et encore que par honneur, ils blâmassent ces emportés, nous ne voyons pas qu'on en lit aucune justice. On n'a qu'à lire l'histoire de Bèze , pour y voir nos Réformés toujours prêts, au moindre bruit , à prendre les armes, à rompre les prisons , à occuper les Églises; et jamais on ne vit rien de si remuant. Qui nr sait les violences que la reine de Navarre exerça ^viv W'è>\>\^V\<^^^
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et sur les religieui? On montre encore les tours d'où ou précipitoit les Catholiques , et les abîmes où on les jetoit. Les puits de révêché où ou les noyoit dans Ninies , et \eê cruels instruments dont ou se servoit pour les faire aller au prêche, ne sont pas moins connus de tout le monde. On a encore les informations et les jugements, où il paroit que ces sanglantes exécutions se faisoient par délibération du conseil des Protestants. On a en original les ordres des généraux , et ceux des villes, à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la Réforme , par taxes, par logements , par démolition de maisons, et par découverte des toits. Ceux qui s'absentoient, pour éviter ces violences , étoient dépouil? lés de leurs biens : les registres des hôtels de ville de Nîmes, de Montauban , d'Alais , de Montpellier, et des autres villes du parti, sont pleins de telles ordonnances; et je n'en parlerois pas, sans les plaintes dont nos fugitifs remplissent tout TEurope. Voilà ceux qui nous vantent leur douceur ; il n'y avoit qu'à Içs laisser faire , à cause qu'ils appliquoient à tout l'Écriture sainte , et qu'ils chantoient mélodieusement des psaumes rimes. Ils trouvèrent bientôt les moyens de se meltre à couvert des martyrs, à l'exemple de leurs docteurs , qui furent toujours en sûreté, pendant qu'ils animoient les autres; et Luther et Melanctou, etBucer et Zuingle, et Calvin et OEcolampade, et tous les autres se firent bientôt de sûrs asiles; ol parmi ces chefs des Réformateurs , je ne connois point dv martyrs , même ftiux , si ce n'est peut-être un Cranmer, que nous avons vu , après avoir deux fois renié sa foi , ne se résoudre à mourir en la professant, que lorsqu'il vit son abjuration inutile à lui sauver la vie.
o5. Contre ceux qui pourroioiil dire que ceci n'est pas de notre sujet.
Mais à quoi bon, dira-l-on , rappeler ces choses, afin qu'un ministre fâcheux vous vienne dire que vous ne voulez, parlât qu'aigrir les esprits , et accabler des malheureux? Il ne faut point que de telles craintes m'empêchent de raconter ce qui est si visiblement de mon sujet : et tout ce que des Proteststnts équitables peuvent exiger de moi dans une histoire. c'est que , sans m'en rav^v^T\çv î^ Vaws A^\s^x^we« ^ j'écoute
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aosii leurs auteurs. Je fais plus : et non content de les écouter, je prends droit , pour ainsi parler, par leur témoignage. Que nos frères ouvrent donc les yeux; qu'ils les jettent sur Tancienne Église , qui , durant tant de siècles d'une persécution si cruelle , ne s'est jamais échappée , ni un seul moment , ni dans un seul homme , et qu'on a vu aussi soumise sous Dioctétien , et même sous Julien l'Apostat , lorsqu'elle remplissoit déjà toute la terre , que sous Néron et sous Domitien lorsqu'elle ne faisoit que de naître : c'est là qu'on voit véritablement le doigt de Dieu. Mais il n'y a rien de semblable , ]orsqu*on se soulève aussitôt qu'on peut , et que les guerres durent beaucoup plus que la patience. L'expérience nous fait assez voir, dans tous les partis , que l'entêtement et la prévention , peuvent imiter la force , du moins durant quelque temps; et on n'a point dans le cœur les maximes de la douceur chrétienne, quand on les change si tôt, non-seulement en des pratiques , mais encore en des maximes contraires , avec délibération , et par des décisions expresses , comme on a vu qu'ont fait nos Protestants. C'est donc ici une véritable variation dans leur doctrine , et un effet de la perpétuelle instabilité, et qui doit faire considérer leur réforme comme un ouvrage de la nature de ceux qui, n'ayant rien que d'humain , doivent être dissipés , selon la maxime de Gamaliel i^ct, V. 38.).
5i. L*ass.'i8»innt du duc de Giiibe par Poltrot, ref^ardé dans la Réforme comme un acte de re.i;;ion.
(1562.) L'assassinat de François, duc de Guise, ne doit pas être oublié dans cette histoire, puisque Tauleur de ce meurtre mêla sa religion dans son crime. C'est Bèze qui nous représente Poltrol comme ému d'un secret mouvement (Liv. vi. p. 267. ), lorsqu'il se détermina à ce coup infâme ; et afin de nous faire entendre que ce mouvement secret étoit de Dieu, il nous dépeint encore le même Poltrot tout prêt à exécuter ce noir dessein, «priant Dieu très-ardemment qu'il lui fît la grâce » de lui changer son vouloir ; si ce qu'il vouloit faire lui éloit n désagréable; ou bien qu'il lui donnât constance, et assez de » force pour tuer ce tyran, et par ce moyen délivrer Orléans
» de destruction , et tout le royaume , d'une si maliieureuse » tyrannie (Liv, iv. p. 268.). Sur cela, et dès le soir 4u même ))jour, poursuit Bèze (Ibid. 269.), il fit son coup; » ce fut dans cet enthousiasme , et comme en sortant de cette ardente prière. Aussitôt que nos Réformés surent la chose accomplie, « ils en rendirent grâces à Dieu solennellement avec )) grandes réjouissances » (Ibid. 290.). Le duc de Guise avoit toujours été l'objet de leur haine. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa perte, et que ce fut de l'avis de leurs docteurs. Après le désordre de Vassi, encore qu'il fût constant qu'il avoit fait tous ses efforts pour l'apaiser ( Thuan. Lit. xxix. p. 77. 78.) , le parti se souleva contre lui avec d'effroyables clameurs; et Bèze^ qui en porta les plaintes à 4a Cour, confesse « avoir infinies fois désiré et prié » Dieu , ou qu'il changeât le cœur du seigneur de Guise , ce » que toutefois il n'a jamais pu espérer, ou qu'il en délivrât » le royaume ; de quoi il appelle à témoins tous ceux qui ont » ouï ses prédications et prières » (Liv. vi. p. 299. ). C'étoit donc dans ses prédications et en public, qu'il faisoit infinies fois ces prières sédilieuses; à la manière de celles de Luther, par lesquelles nous avons vu qu'il savoit si bien animer le monde , et susciter des exécuteurs à ses prophéties. Par de semblables prières , on représentoit le duc de Guise comme un persécuteur endurci, dont il falloit désirer que Dieu délivrât le monde par quelque coup extraordinaire. Ce que Bèze dit pour s'excuser, qu'il ne nommait pas ce seigneur de Guise en public (Ibid,), est trop grossier; Qu'importe de nommer un homme, quand on sait le désigner par ses caractères , et s'expliquer en particulier à ceux qui n'auroient pas assez entendu? Ces manières mystérieuses de se faire entendre dans les prédications et le service divin , sont plus propres à irriter les esprits, que des déclarations plus expresses. Bèze n'étoit pas le seul qui se déchaînât contre le duc : tous les ministres tenoient le même langage. Il ne faut pas s'étonner que parmi tant de gens d'exécution, dont le parti étoit plein, il se soit trouvé des hommes qui crussent rendre
service à Dieu , en défaisant la Réforme d'un tel ennemi.
L*entreprise d'Amboise, \>\u^ xvowç ewç,w^^'?L\^\<bien étéap-
DES YABIATIONS» LIT. X. 481
Rendent pas davantage; et les Protestants d'Allemagne se ittent encore au-dessous, lorsqu'ils disent que dans laconrsion, c'est-à-dire, dans la plus noble action de Thomnif*, DS Faction où il s'unit avec Dieu, il n'agit non plus qu'une îrre ou qu'une bûche, quoique hors de là il agisse d'une tre manière {Concord. p. 662. Ci-dessus, liv,yui, n. 46.). homme, où.t'es-tu laissé toi>même, quand tu expliques si sseraent ton libre arbitre! Mais enfin, puisque l'homme îst pas une bûche, et que dans les actions ordinaires on t consister son libre arbitre à pouvoir faire et ne faire pas rtain es choses, il falloit considérer que, ne trouvant pas en us-mêmes une autre manière d'agir dans les actions natu- Iles que dans les autres, cette même liberté nous suit parit, et que Dieu sait bien nous la conserver, lors même Ml nous élève par sa grâce à des actions surnaturelles ; Stant pas digne de son Saint-Esprit de nous faire agir dans Iles-là, non plus que dans les autres, comme des bêtes, on utôt comme des pierres et comme des bûches.