Nus CaWinistes s'expliquent moins, et pourquoi
On s'étonnera peut-être de ce que nous n'avons rien dit i toutes ces choses en parlant de la Confession des Caloistes. Mais c'est qu'ils les passent sous silence ^ et ne Duvent pas à propos de parler de la manière dont l'homme ;it; commg si c'étoit iine matière indifférente à l'homme ême, ou qu'il n'appartînt pas à la foi de connoître dans la t)erlé , avec l'un des plus beaux traits que Dieu mit en nous )ur nous faire à son image , ce qui nous rend dignes do âme ou de louange devant Dieu et devant les hommes.
''8. La Cène sans substance, et la présentje, seulement en vertu.
Il reste l'article de la Cène, où les Suisses paroîlront plus ncères que jamais. Ils ne se contentent plus de ces termes igues que nous leur avons vu employer une seule fois en 536 par les conseils de Bucer, et par complaisance pour les nthériens. Calvin même, leur bon ami, ne leur put persuaiT la propre substance, ni les miracles incompréhensibles ir lesquels le Saint-Esprit nous la donnoit, malgré Féloilement des lieux. Ils disent donc ( r^/p. xxi. p. 48.) qu'à la
K7'2 HISTOIBB
chose d'inspiré et de céleste ; et comme dit d^Aubigaé dam] son style. vif, les remontrances qu'on lui faisaient sentaient refus, et donnaient le courage. Aussi s*enfonçoit-il de plus ei plus dans cette noire pensée: il en parloit à tout le monde ^ et, continue Bèze , il avoit tellement cela dans son dément que c'étaient ses propos ordinaires. Durant le si< de Rouen, où le roi de Navarre fut tué, comme on loit de cette mort, Poitrot, «en tirant du fond de » sein un grand soupir : Ha ! dit - il , ce n'est pas assi » il faut encore immoler une plus grande victime ! v> {Th\ lib. xxini. p. 207. ) Lorsqu'on lui demanda quelle elle étoit ^ M C'est, répondit-il, le grand Guise; et en même temps „lf e » vanl le bras droit, voilà le bras, s'écria-t-il, qui fera le coi| îf^ » et mettra lin à nos maux ! » Ce qu'il répétoit souvent, è iK toujours avec la même force. Tous ces discours sont d'nl i homme résolu , qui ne se cache pas , parce qu'il croit fain >&* une action approuvée. Mais ce qui nous découvre mieux h M disposition de tout le parti , c'est celle de l'amiral , qu'on ) >^ donnoit à tout le monde comme un modèle de vertu et h ^r gloire de la Réforme. Je ne veux pas ici parler de la déposi- ^i lion de Poitrot, qui l'accusa de l'avoir induit avec Bèze, àd" dessein. Laissons à part le discours d'un témoin qui a trop^ varié pour en être tout à fait cru sur sa parole ; mais on ne [)eut pas révoquer en doute les faits avoués par Bèze, dans son hisloin; (Thuan. lib. xxxiii. p. 291. 508. ), et encore moins ceux qui sont compris dans la (léclaralion que l'amiral et lui envoyèrent ensemble à la Reine , sur l'accusation de l'assassin (Ibid. p. 294. 295. ). Par là donc , il demeure pour constant que Soubise envoya Poitrot avec un paquet à l'amiral , lorsqu'il étoit encore auprès d'Orléans, pour tâcher de le secourir : que ce fut de concert avec l'amiral , que Poitrot alla dans le camp du duc de Guise (P. 209.) , fit semblant de se rendre à lui comme un homme qui étoit las de faire la guerre au Roi : que l'amiral , qui d'ailleurs ne pouvoit pas ignorer un dessein que Poitrot avoit rendu public, sut de Poitrot même qu'il y persistoit encore , puisqu'il avoue que Poitrot , en partant pour faire le coup, s'avança jusqu'à lui dire qu'il sfmtf aisp dfi tnfr Ir seiqnpur de Cjum ^^. 7^01,) : que l'ami-
DES YABIATIOIVA, LIV. X. 483
d'y rien opérer de particulier. C*est le foible inévitable du sens Gguré; les Zuingliens Tont senti et Font avoué franchement : (( Cette nourriture spirituelle se prend, disent-ils, » hors de la Cène ; et toutes les fois qu'on croit , le lidèle qui a cru, a déjà reçu cet aliment de vie éternelle, et il en » jouit ; mais pour la même raison quand il reçoit le sacre- » ment, ce qu'il reçoit n'est pas un rien : Non nihil accipit. *> Où en est réduite la Cène de notre Seigneur? On n'en peirt dire autre chose, sinon que ce qu'on y reçoit n'est pas un rien. Car, poursuivent nos Zuingliens, « on y continue à » participer au corps et au sang de notre Seigneur : » ainsi la Cène n'a rien de particulier, a La foi s'échauffe, s'accroît , se » nourrit par quelque aliment spirituel , car, tant que nous » vivon?, elle reçoit de continuels accroissements. » Elle en reçoit donc autant hors de la Cène que dans la Cène , et Jésus-Christ n'y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu'après avoir dit que ce qu'on reçoit de particulier dans la Cène n'est pas un rien, et qu'en effet on le réduit à si peu de chose; on'ne peut encore expliquer ce peu qu'on y laisse. Yoilà un grand vide , je l'avoue : c'étoit pour couvrir ce vide que Calvin et les Calvinistes avoient inventé leurs grandes phrases. Ils ont cru remplir ce vide affreux, en disant leur Catéchisme que hors de la Cène on ne reçoit Jésus-Christ qu'en partie; au lieu que dans la Cène on le reçoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien? J'aime mieux la sincérité de Zuingle et des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur Cène, que la fausse abondance de nos Calvinistes riches seulement en paroles.
68. Les Suisses sont les plus sincères de Unis les défenseurs du sens fi«îuré.
Je dois donc ce témoignage aux Zuingliens, que leur Confession de foi est la plus naturelle et la plus simple de toutes ; ce que je dis, non-seulement à l'égard du point de l'Eucharistie, mais à l'égard de tous «les autres : et, en un mot, de toutes les Confessions de foi , que je vois dans le parti pro-
484 HISTOIBB
testant, celle de 1566 est, avec tous ses défauts, celle qui dit le plus nettement ce qu'elle veut dire.
69. Confession remarquable des Polonais zuingliens, où les Luthérien» sont maltraités.
(1370.) Parmi les Polonais séparés de la communion romaine, il y en avoit quelques-uns qui défendoient le sens riguré : et ceux-ci avoient souscrit en Tan 1567 la Confession de foi que les Suisses avoient dressée Tannée précédente, lis s'en contentèrent trois ans durant : mais en Tan 1570 ils jugèrent à propos d'en dresser une autre dans un Sjnode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le recueil de Genève , où ils s'expliquent d'une façon fort particulière sur la Cène (Synod. Czeng. Conf. pa/rt, L pag. 148.).
Ils condamnent la réalité , et selon la rêverie des Catholiques, qui disent que le pain est changé au corps , et selon la folie des Luthériens qui mettent le corps avec le pain (Cap. de Coen, Dom, p. 153.) : ils déclarent particulièrement contre les derniers, que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un changement de substance, tel que celui qui arriva dans les eaux d'Egypte, dans la verge de Moïse, et dans Teau des noces de Cana : ainsi ils reconnoissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire , même selon les principes des Luthériens. Ils témoignent tant d'horreur pour eux, qu'il ne leur donnent point d'autre nom que celui de mangeurs de chair humaine , leur attribuant toujours une manière de communier charnelle et sanglante, comme s'ils dévoroienî de la chair crue. Après avoir condamné les Papistes et les Luthériens, ils parlent d'autres errants qu'ils appellent Sacramentaires. « Nous rejetons , disent-ils (Cap. de Sacramen- » tariis. p. 155.), la rêverie de ceux qui croient que la Cène » est un signe vide du Seigneur absent. » Par ces mots ils en veulent aux Sociniens , comme à des gens qui introduisent une Cène vide; quoiqu'ils ne puissent montrer que la leur soit mieux remplie, puisqu'on ne trouve partout, à l'égard du corps et du sang , que signes , commémoration et vertu (Ibid. p. 153. 154.). Pour mettre quelque diiïérence entre la Cène ZM/ng/ienne et \a socÂi\\ex\we , '\\^ dirent premièrement que la
DES VABIATIONS, LIV. X. 485
Cène n'est pas la seule mémoire de Jésus -Christ absent, et ils font un chapitre exprès' de la présence jle Jésus-Christ dans ce mystère {Cap. de Prœf, in Cœn, p, 155.). Mais, en la voulant expliquer, ils s'embarrassent de termes qui ne sont d'aucune langue, et que je ne puis traduirp en la nôtre , tant ils sont étranges et inouïs. C'est, disent-ils , que Jésus-Christ est présent dans la Cène , et comme Dieu et comme homme. Comme Dieu, enter, prœsenter : traduise ces mots qui pourra : par sa divinité Jehovalc, c'est-à-dire, en termes vulgaire^ , par sa divinité proprement dite et exprimée par le nom incommunicable , comme la vigne dans les sarments, et comme le chef dans les membres. Tout cela est vrai , mais ne sert de rien à la Cène , oi!i il s'agit du corps et du sang. Ils en viennent donc à dire que Jésus-Christ est présent comme homme en quatre manières. « Premièrement, disent-ils (Pag, 15.), » par son union avec le Verbe, en tant qu'il est uni au Verbe » qui est partout. Secondement , il est présent dans sa pro- » messe par la parole et par la foi , se communiquant à ses » élus comme la vigne se communique à ses branches , et la » tête à ses membres, quoiqu'éloignés d'elle. Troisièmement, » il est présent par son institution sacramentelle et l'infusion » de son Saint-Esprit. Quatrièmement, par son office de dis- « pensateur, ou par son intercession pour ses élus. » Ils ajoutent qu'il n'est pas présent charnellement , ni localement; ne devant être corporellement que dans le ciel jusqu'au jour du jugement universel.