Fausse origine dont se Tantoient les Yaudois
Voilà sans doute une belle tradition , si elle étoit soutenoi! par la moindre preuve. Mais par malheur les premiers disciples de Yaldo ne le prenoient pas si haut ; et lorsqu'ils se vouioienl attribuer la plus grande antiquité, ils se contentoieoi de dire qu'ils s'étoient retirés de l'Église romaine , lorsque, sous le Pape Silvestre I , elle avoit accepté les biens temporels que lui donna Constantin , premier empereur chrélien. Cette cause de rupture est si vaine, et cette prétention esl d'ailleurs si ridicule , qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. D faudroit être insensé pour se mettre dans l'esprit que dès le temps de saint Silvestre ,. c'est-à-dire , environ l'an 320 , il ) ait une secte parmi les chrétiens dont les Pères n'aient jamais eu de connoissance. Nous avons dans les conciles tenus dans la communion de l'Église romaine, des anathèmes prononcés contre une infinité de sectes diverses ; nous avons des catalogues des hérésies , dressés par saint Épiphane , par saint Augustin, et par plusieurs autres auteurs ecclésiastiques. Les sectes les plus obscures et les moins suivies ; celles qui oai paru dans un coin du monde, comme èelles de certaines femmes qu'on appeloit Collyridiennes , qui n'étoient que je ne sais où dans l'Arabie; celle des Tertullianistes ou des Abéliens,qui n' étoit que dans Carthage, ou dans quelques villages autour d'Hippone , et plusieurs autres aussi cachées. ne leur ont pas été inconnues (Epiph, Hœr. 79. tom. i. f iO.S7. Augusf. Hœr. 86. 87. tnm. viii. coL 24. 2.^. Tertul.ii^
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Basile le Macédonien, c'est-à-dire, à rextrémité du nenvièmi; siècle. Pierre de Sicile fut envoyé par cet Empereur à Tibrique en Arménie (Petr, Sic, Hist. de Manich,}, que Gédrénu» appelle Téphrique (Cedr, ibid. p. 541, e^c), une des places de ces hérétiques, pour y traiter de rechange des prisonniers. Durant ce temps il connut à fond les Paulicicns ; er il adressa un livre sur leurs erreurs à Farchevêque de Bulgarie pour les raisons que nous verrons. Vossius reconnoît que nous avons une grande obligation à Radérus, qui nous a donné en grec et en latin une histoire si particulière et si excellente (Voss. de Hist. Grœc), Pierre de Sicile nous y désigne ces hérétiques par leurs propres caractères, par leurs deux principes, par le mépris qu'ils avoient pour Tancien Testament, par leur adresse prodigieuse à se cacher quand ils Youloient, et par les autres marques que nous avons vues {Pet, Sic. ibid, Prœf, etc). Mais il en remarque deux ou trois qu'il ne faut pas oublier : c'éloit leur aversion particulière pour les images de la croix, suite naturelle de leur erreur, puisqu'ils rejetoient la passion et la mort du Fils de Dieu; leur mépris pour la sainte Vierge, qu'ils ne tenoienl point pour mère de Jésus-Christ, puisqu'il n'avoit pas de chair humaine ; et surtout leur éloignement pour r^|]charistie.
A5, CoiiTenance des Paiilicieim nVec les Manichéens réfutés par suint ÂU(;ustin.
Gédrénus, qui a pris de cet historien la plupart des choses qu'il raconte des Pauliciens, marque après lui ces trois caractères, c'estrà-dire, leur aversion pour la croix, pour la sainte Vierge, et pour la sainte Eucharistie {Cedr, tom, ii. p. 4^4.). fjes anciens Manichéens avoient les mêmes sentiments. Nous apprenons de saint Augustin {Aug. Hœr, 46, etc. tom, viii. eol, 15.), que leur Eucharistie n'étoit pas la nôtre, mais quelque chose de si exécrable qu'on n'ose même y penser loin qu'on puisse l'écrire. Mais les nouveaux Manichéens avoient encore reçu des anciens une autre doctrine qu'il importe de remarquer. Dès le temps de saint Ani^nslin, Fanste le Maniehi'on roprochoit aux Catholiques leur idolâtrie dans
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le culte qu'ils rendoient aux saints martyrs, et dans les sacrifices quMls offroient sur leurs reliques (Lib. xx. cont. Famt. c, 4. lom. VIII. col, 255. et seq,). Mais saint Augustin leur faisoit voir que ce culte n'avoit rien de commun avec celui des païens, parce que ce n'étoit pas le cuite de latrie ou de sujétion et de servitude parfaite (Ibid. c. 2i . et seq.) ; et que, si on oiïroit à Dieu Toblation sainte du corps et du sang de Jésus-Christ aux tombeaux et sur les reliques des martyrs, on se gardoit bien'de leur offrir ce sacrifice; mais qu'on espéroit seulement « par là s'exciter à Timilation de leurs vertus, » s'associer à leurs mérites, et enfin être secouru par leurs » prières » (Ibid, c, i8.). Une réponse si nette n'empêcha pas que les nouveaux Manichéens ne continuassent dans les calomnies de leurs pères. Pierre de Sicile nous rapporte qu'une femme manichéenne séduisit un laïque ignorant nommé Serge (Pet, Sic, ibid.), en lui disant que les Catholiques honoroient les saints comme des divinités, et que c'é toit pour cette raison qu'on empêchoit les laïques de lire h sainte Écriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs.
16. Dessein des PauHcien» sur les Bulj^^ares. et instruction de Pierre de ^ Sicile pour en empêcher Teffet.
G'étoit par de telles calomnies que les Manichéens sédui soient les simples. On a toujours remarqué parmi eux un grand désir d'étendre leur secte. Pierre de Sicile découvrit, durant le temps de son ambassade à Tibrique, qu'il avoit ëd* résolu dans le conseil des Pauliciens, d'envoyer des prédicateurs de leur secte dans la Bulgarie, pour en séduire les peuples nouvellement convertis (Pet, Sic, initio lib,). La Thrace, voisine de cette province, étoit il y avoit déjà longtemps infectée de cette hérésie. Ainsi il n'y avoit que trop à craindre pour les Bulgares, si les Pauliciens les plus artificieux des Manichéens, entreprenoient de les séduire; et c'est ce qui obligea Pierre de Sicile d'adresser à leur archevêque le livre dont nous venons de parier, afin de les prémunir contre des hérétiques si dangereux. Malgré ses soins, il est constant que rhérésie manichéenne jeta de profondes racines dans la Bul-
parie, et c'est de là qu'elle se répandit bientôt après dans le reste de TEurope ; ce qui fit donner, comme nous verrons, le nom de Bulgares aux sectateurs de cette hérésie.
! . Les Manichéens commencent à pnroître en Occident après Tnn lOO'J de notre Seigneur.
Mille ans s'étoient écoulés depuis la naissance de Jésus- Christ, et le prodigieux relâchement de la discipline menaçoit TÉglise d'Occident de quelque malheur extraordinaire. C'étoit peut-être aussi le temps de ce terrible déchaînement de Satan, marqué dans T Apocalypse (Apocal. xx. 2. 3. 7.), après mille ans, ce qui peut signifier d'extrêmes désordres : mille ans après que le fort armé, c'est-à-dire le démon victorieux, fut lié par Jésus-Christ venant au monde (Matt, xn. 29. Luc. XI. 21. 22.). Quoi qu'il en soit, dans ce temps et en lOi 7, sous le roi Robert on découvrit à Orléans des hérétiques d'une doctrine qu'on ne connoissoit plus il y avoit longtemps parmi les Latins (Acta Conc, AureL SpiciL t, ii. Conc, Lab. t. IX. coL 836. Glab, lih. m. c. 8.).
!''. Manichéens venus d'I(alie, découverts sous le roi Robert à Orléans.
Une femme italienne avoit apporté en France cette damnable hérésie. Deux chanoines d'Orléans, l'un nommé Etienne ou Héribert, et l'autre nommé Lisoïus, qui étoient en réputation, furent les premiers séduits. On eut beaucoup de peine à découvrir leur secret. Mais enfin un Arifaste, qui soupçonna ce que c'étoit, s'étant introduit dans leur familiarité, ces hérétiques et leurs sectateurs confessèrent avec beaucoup de peine qu'ils nioient la chair humaine en Jésus-Christ; qu'ils ne croyoient pas que la rémission des péchés fût donnée dans le Baptême, ni que le pain et le vin pussent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ {Glab. ibid. Acta Conc. Iwre/. Conc. Labb, ibid.). On découvrit qu'ils avoient une Eucharistie particulière , qu'ils appeloient la viande céleste. Elle éfoit cruelle et abominable ; et tout à fait du génie des Manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. Mais outre ce qu'on en vit à Orléans, Gui de Nogent la remarque encore en d'autres pays {De vita sua lib. m. e. 16.).
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moins que ces autres hérétiques (Pet. de Vall. Cern. hist. Albig. c. 2. Duch. Hist. Franc, t. v. p. 557.), qui admettoient le» deux principes et toutes les suites de cette damnable doctrine. « Pour ne point parler, poursuit cet auteur, de leurs autres » infidélités , leur erreur consistoit principalement en quatre » chefs : en ce qu'ils portaient des sandales à la manière des » apôtres; en ce qu'ils disoient qu'il n'étoit permis de jurer » pour quelque cause que ce fût; et qu'il n'étoit non plus » permis de faire mourir les hommes (même pour crime) ; » enfin en ce qu'ils disoient que chacun d'eux (quoiqu'ils » fussent de purs laïques) pourvu qu'il eût des sandales, » (c'est-à-dire, comme on a vu, la marque de la pauvreté » apostolique) pouvoit consacrer le corps de Jésus-Christ. » Voilà en effet les caractères particuliers qui désignent le vrai esprit des Vaudois : l'affectation de la pauvreté dans les sandales qui en étoient la marque ; la simplicité et la douleur apparente, en rejetant tout serment et tout supplice ; et ce qu'il y avait de plus propre à cette secte , la croyance que les laïques, pburvu qu'ils eussent embrassé leur prétendue pauvreté apostolique, et qu'ils en portassent la marque, c'està-dire pourvu, qu'ils fussent de leur secte, pouvoient faire les sacrements, et même le corps de Jésus-Christ. Le reste, comme leur doctrine sur les prières pour les morts , alloit avec les autres infidélités de ces hérétiques , que cet auteur ne veut pas marquer en particulier. Mais ils s'étaient élevés contre la présence réelle , après le bruit que cette matière avoit fait dans l'Église, non-sëulçment ce religieux ne l'auroit pas oublié, mais encore il se seroit bien gardé de dire qu'ils faisaient le corps de Jésus-Christ ; ne les faisant en ce point différer d'avec les Catholiques, sinon en ce qu'ils attribuoientaux laïques le pouvoir que les Catholiques ne reconnoissent que dans les prêtres.
83. Les Y&udois tiennent demander Tapprobation d'Innocent III.
Il paroît donc clairement que les Vaudois en 1209, lorsque Pierre de Vaucernai écrivoit , n'avoicnt pas seulement songé à nier la présence réelle ; et illour restoit alors tant de soumission ou véritable o\\ tvç^ivvvivVve envers l'Église romaine ,
qu'encore en 1212 ils vinrent à Rome pour y obtenir du saint-tiège V approbation de leur secte. Ce fut alors que Conrad, abbé d'Ursperg les y vit, comme il le raconte lui-môme {Conr, Ursper. ad, an. ISIS.)) &^ec leur maître Bernard. On les roconnoit aux caractères que leur donne ce chroniqueur : cYtoit les pauvres de Lyon , ceux que Lucius III avoit mis au nombre des hérétiques, qui se rendoient remarquables par raffectation de la pauvreté apostolique , avec leurs soulier m coupés par dessus ; qui , dans leurs secrètes prédications et dan>t leurs assemblées cachées y ravilissoient V Église et le sacerdoce. Le Pape trouvoit étrange Taffectation qu'ils faisoicnt paroltro dana ces souliers coupés par dessus , et dans leurs capes semblables à celles des religieux , quoiqu'ils eussent contre la coutuvio une longue chevelure comme les Uù'ques. En eiïet , ordinairement ces affectations bizarres couvrent quelque chose do mauvais. Mais surtout on fut offensé de la liberté que se donnoient ces nouveaux apôtres d'aller péle-mélo , hommes oi femmes , à l'exemple , à ce qu'ils disoient , des fenmnm pieuses qui suivoient Jésus-Christ et les apôtres pour les servir : mais les temps, les personnes et les circonstances étoicnl bien différentes.
84. On commence à traiter les Vaudois comme héru tiques opiniùtrcs.
Ce fut, dit l'abbé d'Ursperg, pour donner ili l'Église do vrais pauvres , plus, dépouillés et plus soumis que ces faux pauvres de Lyon, que le Pape approuva dans la suite l'institut des frères mineurs , rassemblés sous la conduite de sanit François, un modèle d'humilité, et la merveille de ce siècle : et ces pauvres remplis de haine contre l'Église et ses ministres, malgré leur humilité trompeuse , furent rejefés par le saint-siége; de sorte qu'on les traita dans la suite comme des hérétiques opiniâires et incorrigibles. Mais enfin ils firent semblant d'être soumis jusqu'à l'an 1212, qui étoit le quinzième d'Innocent lïl , et cinquante ans après leur naissance.
• 8o. Patience de TE^Iise envers les Vaudois.
De là on peut juger de la patience de l'Église envers ces hérétiques; puisqu'on voit cinquante ans durant qu'on n'exerce
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l'an 10^2. p, 67i.); el il remarque qu en celle aimée afureul » pris et brûlés publiqueiiieiit plusieurs personnages en pré- >> sence du roi Robert pour crime d'hérésie; car on écrit, » poursuit-il , qu'ils parloient mal de Dieu et des sacrements, » à savoir du Baptême, et du corps et du sang de Jésus- » Christ, ensemble aussi du mariage; et ne vouloient user j » des viandes ayant sang et graisse , les réputant immondes. » il raconte aussi que le principal de ces hérétiques s'appeloit Etienne , dont il donne Glaber pour témoin avec la chronique de saint Ci bard : « Selon lesquels, continue-t-il , plu- » sieurs autres sectaires de la même hérésie, qu'on appeloil » des Manichéens, furent exécutés ailleurs, comme à Tou- » louse et en Italie. » N'importe que cet auteur se soit trompé dans la date et dans quelques autres circonstances de l'histoire : il n'avoil pas vu les actes qu'on a recouvrés depuis. Il suffit que cette hérésie d'Orléans dont Etienne fut l'un des auteurs , dont le roi Robert vengea les excès , et dont Glaber nous a raconté rhistoire,. soit reconnue pour manichéenne par Vignier; qu'il l'ait regardée comme la source de l'hérésie qu'on punit depuis à Toulouse, et que toute celte impiété fût dérivée de la Bulgarie , commo on va voir.
2». L.'j itiéine oiiijiiit* pronvr'c pur un niicini niit(Mir, chez Vijjnier.
Un ancien auteur, rapporté dans les additions du même Vignier, ne permet pas d'en douter. Le passage de cet auteur, que Vignier transcrit tout entier en latin (Addit, à k IL part. p. 135.), veut dire en français : « Que dès que )) l'hérésie des Bulgares commença à se multiplier dans la » Lombardie, ils avoient pour évêque un certain Marc qui » avoit reçu son ordre de la Bulgarie, et sous lequel étoient » les Lombards, les Toscans, et ceux de la Marche : mais w qu'il vint de Constantinople dans la Lombardie un autre >) Pape nommé Nicétas, qui accusa l'ordre de la Bulgarie; »> et que Marc reçut l'ordre de la Drungarie.