Soin de se cacher
Mais la marque la plus certaine pour connoître ces hérétiques étoit le soin qu'ils avoient de se cacher, non-seulement en recevant les sacrements avec nous, mais encore en répondant comme nous , lorsqu'on les pressoit sur la foi. C'étoit l'esprit de la secte, dès son commencement ; et nous l'avons remarqué dès le temps de saint Augustin et de saint Léon. Pierre de Sicile, et après lui Cédrénus, nous font voir le même caractère dans les Pauliciens. Non-seulément ils nioient en général qu'ils fussent Manichéens; mais encore interrogés en particulier de chaque dogme delà foi, ils paroissoienl Catholiques, en trahissant leurs sentiments, par des mensonges manifestes {Petr. Sic. init. lib, de ht'st, Manich.)\ ou du moins en les déguisant par des équivoques pires que le mensonge, parce qu'elles étoient plus artificieuses et plus pleines d'hypocrisie. Par exemple, quand on leur parloit de l'eau du Baptême , ils la recevoient en entendant, par l'eau du Baptême , la doctrine de notre Seigneur, dont les âmes sont purifiées (Ibid. Cedr. tom. i. p. 434.). Tout leur langage étoit plein de semblables allégories ; et on les prenoit pour des orthodoxes, à moins d'avoir appris, par un long usage, à connoître leurs équivoques.
ri2. Leurs <''quivoques lorsqu'on les interrofjeoil sur la foi.
Ecbert nous en apprend une qu'on n'auroit jamais deviner. On saioit qu'ils reipto\eT\V YYA\r\\M\^V\^ \ ^XX^^'^^v^ , !;>our 1rs
nder sur article si important , on leur demandoit s'ils faiient le corps de notre Seigneur, ils répondoieni sans lu^sir qu'ils le faisoient, en entendant que leur propre corps l'ils faisoient en quelque sorte en mangeant, t'iloit le corps i Jésus- Christ (Ecb. serm. i. H.), à cause que, selon saint lul, ils en étoient les membres. Par ces artifices ils pnrois- •ient au dehors très-catholiques. Chose (Hrangc ! Un de leurs )gmes étoit,<ïue TÉvangile défendoit de jurer pour quelque lose que ce fût Bern, in Cant, serm, lxv. n, 2. loin. i. col, 194. ) : cependant interrogés sur la religion , ils croyoient fil étoit permis, non-seulement de mentir, mois encore de parjurer ; et ils avoient appris des anciens Priscillianistes , lire branche de Manichéens connue en Espagne , ce vers ipporté par saint Augustin : « Jurez , parjurez-vous tant que vous voudrez ; et gardez-vous seulement de trahir le secret de la secte. Jura^ parjura; secretum prodere noli » ( De IlH'r. i haer. Priscil. t. viii. col. 22. Ecb. serm. ii. Bern. ibid.). 'est pourquoi Ecbert les appeloit des hommes obscurs (Inil. b. id. serm. i. 2. 7. etc.) , des gens qui ne pr^choiçnt pas, laisqui parloient à Toreille, qui se cachoient dans des coins, t qui murmuroient plutôt en secret qu'ils n^expliquoienl îur doctrine. C'étoit un des attraits de la secte : on trou voit e ne sais quelle douceur dans ce secret impénétrable qu'on observoit ; et comme dit le sage, ces eaux qu^on buvait furivement paroissoient plus agréables (Prov. ix 17.). Saint Bernard , qui connoissoit bien ces hérétiques , comme nous errons bientôt, y remarque (fe caractère particulier (^Vnr?. tv.tn'Cant. n. i. ); qu'au lieu que les autres hérétiques, oussés par l'esprit d'orgueil , ne cheithoient qu'à se faire )Dnoître ; ceux-ci, au contraire, ne travailloient qu'à se caber; les autres vouloient vaincre ; ceux-ci , plus malins, ne 3uloient que nuire, et se couloient sous l'herbe pour insirer plus sûrement leur venin par une secrète morsure. 'est que leur erreur découverte étoit à demi vaincue par i propre absurdité : c'est pourquoi ils s'attaquoient à des [norants , à des gens de métier , à des femmelettes , à des aysans, et ne leur commandoient rien tant que ce secret lyslérieux {Thid. Erh. init. Jih. rfc. Bern. aerm. \\\\ i.xvi.\.
35. EnQrvin coi.snlte S. Bernard sur les Manichéens d'auprès de liolq<;ne.
Enervin qui servoit Dieu dans une Église auprès de Cologne , dans le temps qu'on y découvrit ces nouveaux Manichéens dont Ecbert nous a parlé, en fait dans le fond le même récit que cet auteur ; et ne voyant point dans TÉglise de plWi grand docteur à qui il pût s'adresser pour les confondre, qof t. j le grand saint Bernard , abbé de Clairvaux, il lui en écrivit la \^, belle lettre que le docte P. Mabillon nous a donnée dans se» ^ Anecdotes {Enerv,ep. ad S. Bem, Anal, m. p. 452.)* ^4 m outre les dogmes de ces hérétiques , que je ne veux plus ré-j péter, nous voyons les partialités qui les firent découvrir : oij y voit la distinction des auditeurs et des élus{\h. 455. 456. ),< caractère certain de manichéisme marqué par saint Augus-^ ^ tin : on y voit qu'ils avaient leur Pape (Enervin. ep. ad. & [^ Bern. Anal. m. p. 457.); vérité qui se découvrit (][avantaga ^ dans la suite : et enfin qu'ils se glorifioient u que leur doc- » tri ne avoit duré jusqu'à nous , mais cachée , dès le temj )> des martyrs, et ensuite dans la Grèce, et en quelques autres » pays : » ce qui est très-vrai , puisqu'elle venoit de Marcioû et de Manès , hérésiarques du troisième siècle : et on peut voir par là de quelle boutique est sortie la méthode de soutenir la perpétuité de l'Église , par une suite cachée et par de» docteurs répanjdus deçà et delà , sans aucune succession manifeste et légitime.