‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 119 sur 177 · Hypocrisie profonde do c.ps liéiôtiquos , pur Kuervin · texte numérisé non relu

Hypocrisie profonde do c.ps liéiôtiquos , pur Kuervin

Au milieu de lanl d'\mv\^V^^te"à^v^^v\V\^\^^^^^'v^ut un ex-

DES VAIUATIONS, LIV. M. .'il 7

orieur surprenant. Énervin les fait parler en cen (oriiu^s Anal, m. p. 454.). « Vous autres, disoienl-ils aux Catholi- • ques, TOUS joignez maison à maison , et champ à cliunip ; ' les plus parfaits d'entre vous, comme les moines et les dm » noines réguliers , s'ils ne possèdent point de hiens en pro- » pre, les ont du moins en commun. Nous qui sommes les ) pauvres de Jésus-Christ, sans repos, sans domicile cnr-

> tain , nous errons de ville en ville comme des brebis nu

> milieu des loups, et nous souffrons pcrséculion comme les ) apôtres et les martyrs. » ETnsuite ils vanloient leurs nbsli iiences , leurs jeûnes, la voie étroite où ils marchoienl, vl >e disoient les seuls sectateurs de la vie apostolique; purc<* que se contentant du nécessaire , ils n'avoient ni maison , ni terre, ni richesses; « à cause, disoient-ils, que Jésus-dliriHl » n'avoit ni possédé de semblables choses, ni permis A ne»* » disciples d'^en avoir. »

51. Et par saint Bernnrd. Convenance de lenrv «liflt'otirii tiif<M* n'iiv il" Fauste le Manicliécn chez S. Au;;iiMtin.

Selon saint Bernard, il n'y avoit rien en apparvnai de pluf* chrétien que leurs discours, rien déplus irr^prochahle (jw teursmceurs (Serm. lxv. in Cant. n. ?>.). Aussi s'appeloienl ils les Apostoliques (Serm. lxvi. n. 8.), et ils se vanloicnit de mener la vie des apôtres. 11 me semble que j'entends vuvmu un Fauste le Manichéen, qui disoit aux Calholicpies chez saiiil Augustin (Lib, v. cont, Fau^st, cap, i. tom. viii. col. lOTi.) : « Vous me demandez si je reçois l'Évangile? Vous h; voyez » en ce que j'observe ce que l'Évangile prescrit : c'cjsl à vous « à qui je dois demander si vous le recevez , puisque je n'en » vois aucune marque dans votre vie. Pour moi j'ai quitté >\ père, mère, femme et enfants, l'or, l'argent, le manger, » le boire, les délices, les voluptés, content d'avoir ce qu'il » faut pour la vie d'un jour à l'autre. Je suis pauvre, je suis » pacifique, je pleure, je souffre la faim et la soif, je suis » persécuté pour la justice : et vous doutez que je reçoive » l'Évangile? » Après cela, prendra-t-ori encore les persécutions comme une marque de la vraie Èfîlise et de la vrai*' p}l'}è^ C'pfit un /an^M.«e de Man\c\\oow.

60. Leur hypocrisie confondue par saint Anguttin et par saint Bernard.

Mais saint Augustin et saint Bernard leur font voir que leur vertu n'étoit qu'une vaine ostentation. Pousser Tabstinence des viandes jusqu'à dire qu'elles sont immondes et mauvaises de leur nature, et la continence jusqu'à la condamnation du mariage; c'est d'un côté s'attaquer au Créateur, et de l'autre lâcher la bride aux mauvais désirs en les laissant absolument sans remède (Bern. serm, lxvi. in Cant,). Ne croyez jamais rien de bon de ceux qui outrent la vertu. Le dérèglement de leur esprit, qui mêle tant d'excès dans leurs discours , introduit mille désordres dans leur vie.

Gi . Infamie de ces h^iétiquet , et principalement des Patariens.

Saint Augustin nous apprend que ces gens , qui ne scpermettoient pas le mariage, se permettoient toute autre chose. C'est que , selon leurs principes, j'ai honte d'être contraint de le répéter, c'étoit proprement la conception qu'il fdloit avoir en horreur; et on voit quelle porte étoit ouverte aux abominations dont les anciens et les nouveaux Manichéens sont convaincus. Mais comme , parmi les sectes différentes de ces nouveaux Manichéens , il y avoit des degrés de mal , les plus infâmes de tous étoient ceux qu'on appeloit Patariens (Ren. c, 16. Ebrard, c. 26. tom. iv. Bib. PP. I. part. p. 1178. Ren. c. 6. t. iv. Bib. PP. IL part. p. 753.) : ce que je suis bien aise de remarquer à cause de nos Réformés qui les mettent nommément parmi les Vaudois , qu'ils se glorifient d'avoir pour ancêtres. {La Roq. hist. de VEuch. IL part. c. p. 445.

02. Doctrine de ces liérétiques. que r<'ff»'t des sacrements dépend de la sainteté des minii>tiei>.

Ceux qui vantent le plus leur vertu et la pureté de leur vie, sont ordinairement les plus corrompus. On aura pu remarquer comme ces impurs Manichéens se sont glorifiés dans leur origine , et dans toute la suite de la secte , d'une vertu plus sévère que les autres; et pour se faire valoir davantage , ils disoienl qw^ \e?> s»^ç.TftTev^wV5s ^v \<i^ mystères perdoieni leur force dan?^ i\e^ maAw^ \vcvv\vç^^. V. \\sv'^wn».^^>ssk^

^Matt. II. 5.) Pensée très-extravagante, mais très-conforino à ce qu'écrit Fauste le Manichéen , au rapport de saint Au- • gustin (Lib. V. cont. Faust, c. i. tom, viii. col, iOS. )• l^(*^ autres auteurs qui ont écrit contre ces nouveaux ManicliéeuH, leur attribuent d'un commun accord la même erreur (Ebrard Anti'hcBr. c. 13. tom. iv. Bib, PP. p. 4332. Ermeng. c. vi. ibid. 1239. etc.).

49^ Le même auteur distingue les Vaudoii des Maninhéens.

i* Dans la seconde partie de son ouvrage Alan us traite doH > Yaodois , et il y fait un dénombrement de leurs erreurs, qu<^ ) nous verrons en son lieu : il nous suffît d'observer ici qu'il I n'y a rien qui ressente le manichéisme , et de voir d'abord ^ ces deux sectes entièrement distinguées.

60. Pierre de Yaiicernai dittingne trèt-bieii cea doux lectea, et fait I voir que lea Albigeois sont Manichéens.

Celle de Valdo étoit encore hissez nouvelle. Elle avoit priH naissance à Lyon en l'an 1160, et Alanus écrivoit en 1202 au commencement du treizième siècle. Un peu après, et environ l'an 1209, Pierre de Vaucernai fit son histoire des Albigeois , où traitant d'abord des diverses sectes et hérésies de son temps, il met en premier lieu les Manichéens, dont il rapporte les divers partis (Hist. Albig. Petr. Mon. Val. Cern. c. 2. t. V. Hist. Franc. Duch. ) ; mais où l'on voit toujours quelques caractères de ceux qu'on a remarqués dans le manichéisme , encore que dans les uns il soit outré , et dans les autres mitigé et adouci selon la fantaisie de ces hérétiques. Quoi qu'il en soit, tout est du fond du manichéisme ; et c'est lé propre caractère de l'hérésie que Pierre de Vaucernai nous représente dans la province de Narbonne , c'est-à-dire de l'hérésie des Albigeois dont il entreprend l'histoire. Il n'attribue rien de semblable à d'autres hérétiques dont il parle, a 11 y » avoit , dit-il , d'autres hérétiques qu'on appeloit Vaudois , » d'un certain Yaldius de Lyon. Ceux-là sans doute étoient » mauvais , mais non pas à comparaison de ces premiers. » Jl marque ensuite en peu de paroles quatre de leurs erreurs principales , el revient aussitôt après à ses Albigeois. Mais f^s erreurs des Vaudois sont Irès-éloignées du. manichéisme,

comme nous verrons bientôt : et voilà encore une fois \es Albigeois et les Vaudois, deux sectes très-bien distinguées, et la dernière sans aucune marque des Manichéens.

M. Quo Pierre de Vaucerniii dans sa simplicité a bien marqué les caractères des ManicTiéens.

Les Protestants veulent croire que Pierre de Vaucernai y parloit de Thérésie des Albigeois sans trop savoir ce qu'il disoi( à cause qu'il leur attribue des blasphèmes qu'on ne trouve point même dans les Manichéens. Mais qui peut garantir tons* les secrets et toutes les nouvelles inventions de cette abominable secte? Ce que Pierre deVaucernai leur fait dire des deux Jésus, dont Tun est né dans une visible et terrestre Bethléem, et l'autre dans la Bethléem céleste et invisible, est à peu près de même génie que les autres rêveries des Manichéens. Cette Bethléem invisible revient assez à la Jérusalem d'en liani, que les Pauliciens de Pierre de Sicile appeloient la mère de Dieu, d'oii Jésus-Christ étoit sorti. Qu'on dise tout ce qu'on voudra de Jésus visible qui n'étoit point le vrai Christ, et que ces hérétiques croyoient mauvais; je ne vois rien en cela de plus insensé que les autres blasphèmes des Manichéens. Nous trouvons chez Renier des hérétiques qui tiennent quelque chose des Manichéens (Ren. cont. Val, c. 6. t. iv. // part. Bib, PP, p. 7S3.), et qui reconnoissent un Christ fib de Joseph et de Marie, mauvais d'abord et pécheur, mais ensuite devenu bon et réparateur de leur secte. Il est constant que ces hérétiques manichéens changeoient beaucoup. Renier, qui a été parmi eux , distingue les opinions nouvelles d'avec les anciennes, et remarque qu'il s'y étoit produit beaucoup de nouveautés de son temps, et depuis l'an 1250 (to cont. Val. c, 6. t. iv. //. part, Bib, PP. p. 759.). L'ignorance et l'extravagance ne demeurent guère dans un même état, et n'ont point de bornes dans les hommes. Quoi qu'il en soit, si c'étoit la haine qu'on avoit pour les Albigeois qui leur faisoit attribuer le manichéisme , ou si l'on veut quelque chose de pis ; d'où vient le soin qu'on prenoit d'en excuser les Vaudois, puisqu'on ne peut pas supposer qu'ils fussent plus aimés que les autres, ni ennemis moins déclarés de l'Église romainef

•> 1res de TËglise romaine pour pasteurs, oi $o tenir do leur o ministère. »

H 8. Nouveaux dogmes proposés aux Voudois pur les Protestants.

Il n'en faut pas davantage pour confirmer toutes les clioscs que nous avons dites sur Tétat de^ces malhcurouRes Églises, qui cachoient leur foi et leur éulte sous une profession contraire. Sur ces avis de Bucer et d'dKcoIampnde, le niAino Gilles raconte qu'on proposa «le nouveaux articles parmi les Vaudois. Il avoue qu'il ne les rapporte pas fous, mais en voici cinq ou six de ceux qu'il rapporte, qui feront bien voir l'ancien esprit de la secte. Car afin de r/'fornior les Vaudois à In mode des Protestants, il fallut leur faire din^ (Ihid, f, « quo » le chrétien peut jurer licitement; que la confession aurieu- » laire n'est pas commandée de Dieu ; que le chrétien peut » licitement exercer Toffice de maf^islrat sur les antres cliré- » tiens; qu'il n'y a point de temps déterminé pour jeûner; » que le ministre peut posséder quelque chose en ])arliculier » pour nourrir sa familJe, sans préjudice h la communion » apostolique ; que Jésus-Christ n'a onlonné que deux mvro- » ments, le Baptême et Ja sainte Eucharistie. » On voit par là une partie de ce qu'il falloit réformer dans les Vaudois, pour en faire des Zuingliens ou des Calvinistes, et entre autres qu'une des corrections étoit de ne mettre que deux sacrements. Il fallut bien aussi leur dire deux mots de la prédestination, dont assurément ils n'avoient guère entendu parler; et on les instruisit de ce nouveau dogme, (pii étoit alors comme l'âme de la Réforme, que quiconque recannoît le franc ajrbitre, nie la prédestination. On voit, par ces mômes articles, que dans la suite des temps les Vaudois étoicnt tombés dans de nouvelles erreurs; puisqu'il fallut leur apprendre « qu'on » doit au jour de dimanche cesser les o'uvres terriennes, pour » vaquer au service de Dieu; » et encore ce qu'il n'est point » licite au chrétien de se venger de son ennemi» (Gill, ibid,). Ces deux articles font voir la brutalité et la barbarie où ces Églises vaudoises, qu'on veut être comme la ressource du christianisme renversé, étoient tombées lorsque les Protestants les réformèrent : et cela confirme ce qu'en dit Séyssel

566 HISTOIRB

{Séys, f. 58. ), que c'étoit aune race d'hommes lâche etbes- D tiale, qui à peine savent distinguer par raison s'ils sont des » bêtes ou des hommes, mourants ou vivants. » Tels étoientà peu près, au rapport de Gilles, les articles de réformation qu'on proposoit aux Vaudois pour les rapprocher des Protestants. Si Gilles n'en a pas dit davantage, c'est ou qu'il a craint de faire paroître trop d'oppo^tion entre les Yaudois et les Calvinistes, dont on tâchoit de faire un même corps, ou que c'est là tout ce qu'on put alors»tirer des Yaudois. Quoi qu'il en soit, il avoue qu'on ne put convenir de cet accord ( GUI ibid, c. 5. ), a à cause que qilelques Barbes estimoient qu'en )> établissant toutes ces conclusions, on déshonoroit la mén moire' de ceux qui avoient tant heureusement conduit ces » Églises jusqu'alors. » Ainsi on voit clairement que le dessein des Protestants n'étoit pas de suivre les Vaudois, mais de les faire changer, et de les réformes à leur mode.

^ 10. Conférence des Vaudois avec OEcoIampade.

Durant cette négociation avec les ministres de Strasbourg et de Bâle, deux députés des Yaudois eurent une longue conférence avec (Ecolampade, qu'Abraham Sculter, historien protestant, rapporte tout entière dans ses Annales évangéliques, et déclare qu'il l'a transcrite de mot à mot (Ann, Eccl. décad. 2. ann, 1530. àpag, 294. ad 306. Heidelh,),

Un des députés commence la conversation en avouant que les ministres, du nombre desquels il étoit, « souverainement » ignorants, étoient incapables d'enseigner les peuples : qu'ils » vivoient d'aumônes et de leur travail , pauvres pâtres ou » laboureurs ; ce qui étoit cause de leur profonde ignorance » et de leur incapacité : qu'ils n' étoient point mariés et qu'ils » ne vivoient pas toujours fort chastement; mais que, lors- » qu'ils avoient manqué, on les chassoitde la compagnie : que » ce n'étoit pas les ministi:es, mais les prêtres de TÉglise ro- » maine qui administroient les sacrements aux Yaudois; mais » que leurs ministres leur faisoient demander pardon à Dieu » de ce qu'ils recevoient les sacrements par ces prêtres, à » cause qu'ils y étoient contraints; et au reste les avertis- » soient de n'adViètet \>^% ^\r&. <L4v4«\omes de l'Antéchrist :

» qu'ils pratiquoient la confession auriculaire, et que jus- » qu'alors ils avoient toujours Yeconnu sept sacrements, en » quoi ils entendoient dire qu'ils s'étoient l)^aucoup trom- » pés. » Us racontent dans la suite comme ils rejeloient la messe, le purgatoire, et rinvocation des saints ; et pour s'éclaircir de leurs doutes, ils font les demandes suivantes : a S'il étoit perqiis aux magistrats de punir de mort les cri- » minels, à cause que Dieu disoit : Je ne veux point la mort » du pécheur. v> Mais ils demandoient en même.tempsa s'il » ne leur étoit pas permis de tuer les faux frères qui les dé- D nonçoient aux Catholiques, à cause que, n'ayant point do » juridiction parmi eux, il ne leur restoit que cette voie pour » les réprimer : si«les lois humaines et civiles par lesquelles y> le monde se gouvernoit étoient bonnes, vu que l'Écriture a » dit que les lois des hommes sont vaines : si les ecclésiasti-' » ques pouvoient recevoir des donations et avoir quelque » chose en propre; s'il étoit permis de jurer; si la distinction » qu'ils faisoient du péché originel, véniel et mortel étoit re- » cevable; si tous les enfants, de quelque nation qu'ils soient, » sont sauvés par les mérites de Jésus-Christ; et si les adul- » tes n'ayant pas la foi peuvent l'être en quelque religion que » ce soit; quels sont les préceptes judiciaires et cérémoniaux » de la loi de Moïse, s'ils ont été abolis par Jésus-Christ ; et » quels sont les livres canoniques. » Après toutes ces demandes qui confirment si clairement tout ce que nous avons dit du dogme vaudois, et de l'ignorance brutale où étoient enfin tombés ces hérétiques, leur député parle en ces termes : « Rien ne nous a tant troublés, foibles et imbéciles que nous » sommes, que ce que j'ai lu dans Luther sur le libre arbitre » et la prédestination ; car nous croyions que tous les hommes » avoient naturellement quelque force ou quelque vertu, la- » quelle pouvoit quelque chose étant excitée de Dieu, con- » fermement à cette parole : Je suis à la porte, et je frappe ; )> et que celui qui n'ouvroit pas recevoit selon ses œuvres : Vf mais si la chose n'est pas ainsi, je ne vois plus, comme dit » Érasme, à quoi servent les préceptes. Pour la prédestina- » tion, nous 'croyons que Dieu avoit prévu de» toute éternité » ceux qui dévoient être sauvés ou réprouvés, qu'il avoit fait

Page 1