‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 121 sur 177 · On n'y parle point He l'Euchariitie · texte numérisé non relu

On n'y parle point He l'Euchariitie

Sans examiner ici qui a raison ou tort dans cette querella , on Yoit quel en étoit le fondement , et quels furent les points contestés; et il est plus clair que le jour, que dans ces commencements, loin qu'il s'agît ou de la présence réelle et do la transsubstantiation, ou des sacrements, on ne parloit pas encore de la prière des saints , de leurs reliques , ou de leurs images.

S'. Alanus, qui fait le dénombrement des erreura vaiidoitei, n*objeoto rien sur rEucharistie.

Ce fut à peu près dans ce môme temps qu'Alanus écrivit le livre dont il a été parlé; ou, après avoir soigneusement distingué les Yaudois des autres hérétiques de son temps, il entreprend de prouver, contre leur doctrine : «Qu'on ne doit » point prêcher sans mission ; qu'il faut obéir aux prélats, et » non-seulement aux bons, mais encore aux mflfUvals, que » leur mauvaise vie ne leur fait pas perdre leur puissance ; » que c'est à l'ordre sacré qu'il faut attribuer le pouvoir de » consacrer, et celui de lier et de délier, et non pas au mé- » rite de la personne ; qu'il se faut confesser au prêtre , et » non aux laïques ; qu'il est permis de jurer en certains cas , » etde punir de mort les malfaiteurs » (Allan. lib, ii. p. 17.^. etseq,). C'est à peu près ce qu'il oppose aux erreurs des Yaudois. S'ils avoient erré sur l'Eucharistie , Alanus ne l'auroit pas oublié; car il sait bien le reprocher aux Albigeois, contre lesquels il entreprend de prouver et la présence réelle et la transsubstantiation (Lib, i. p.- 128. et seq,); et après avoir repris dans les Yaudois tant de choses moins importantes, il n'en auroit pas omis une si essentielle.

S\ Ni Pierre de Vaucernai.

Un pea après Alanus, et environ l'an 1209, Pierre de Yaucernai , homme assez simple et assurément très-sincère , distingue les Yaudois des Albigeois par leurs propres caractères , en disant que les Vatidois étoient méchants , mais bien

» lonté » {Gilles, c. 3. et 29.). On doit entendre maintenant ce que ce ministre nous cache sous ces mots : c'est que ces Vaudois de Galabre , à l'exemple de tous les autres, faisoient tout Texercice de bons Catholiques ; et je vous laisse à penser s'ils eussent pu s'en exempter en ce pays-là, après ce que Ton a vu de la dissimulation des vallées de Pragelas et d' Angrogne. En effet, Gilles nous raconte que ces Galabrois, persuadés à la fin de se retirer des assemblées ecclésiastiques, et n'ayant pu se résoudre, comme ce ministre le leur conseilloit, à quitter un si beau pays, furent bientôt abolis.

123. Les Yaudois d*à présent ne sont pas prédécesseurs, fnais sectateurs des CaNinistes.

Ainsi finirent les Yaudois. Gomme ils n'avoient subsisté qu'en se cachant, ils tombèrent aussitôt qu'ils prirent la résolution de se découvrir ; car ce qui resta depuis sous le nom de Vaudois n'étoit plus, comme il paroît, que des Galvinistes, que Farel et les autres ministres de Genève avoient formés à leur mode : de sorte que ces Vaudois, dont ils font leur prédécesseurs et leurs ancêtres, à vrai dire, ne sont que leurs successeurs et de nouveaux sectateurs qu'ils ont'attirés à leur croyance . •

12). jVuI secours à tirer des Vaudois pour les Calvinistes.

Mais après tout, de quel secours sont aux Calvinistes ces Vaudois dont ils veulent s'autoriser? II. est constant, par cette histoire, que Valdo et ses disciples sont tous ^e simples laïques, qui sans ordre et sans mission se sont ingérés de prêcher, et dans la suite d'administrer les sacrements. Ils se sont séparés de l'Église sur une erreur manifeste et détestée par les Protestants autant que par les Catholiques, qui est celle du donatisme : encore ce donatisme des Vaudois est-il sans comparaison plus mauvais que l'ancien donatisme de l'Afrique, si puissamment réfuté par saint Augustin. Ces Donatistes d'Afrique disoient à la vérité qu'il falloit être saint pour administrer validement les sacrements; mais ils n'étoieut pas venus à cet excès des Vaudois, de donner l'administration des sacrements aux saints laïques comme aux saints prêtres. Si les Donéitisles d'Mric\v\c YT^Veu^\\vi\vV v\v\^ V'^'^^^v^jç^^^

.outes preuves quelques vieux livres des Vaudois écrits à lu main, qu'il prétend avoir recouvrés ; entre autres un volume 311 étoit « un livre de rAnteclirist en date d'onze cent vingt, et en ce même volume plusieurs sermons des Barbes vauo dois » ( Hist. des Vaudois, /. i. c. 7 p. 57. Hist. des Vaudois et Albigeois. UL part, L m. c. i: p. 353.). Mais il est- déjà bien certain qu'il n^ avoit ni Vaudois ni Barbes en l'an 1120, puisque Valdo, selon Perrin même, n'est venu qu'en 1160. Ce mot de Barbes n'est connu parmi les Vaudois pour signifier leurs docteurs, que plusieurs siècles après, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on -ne peut faire passer tous ces discours pour être d'onze cent vingt. Perrin se réduit aussi à conserver cette date au seul discours suri' Antéchrist, qu'il espère par ce moyen pouvoir attribuer à Pierre de Bruis, qui vivoit environ en ce temps-là, ou à quelques-uns de ses disciples. Mais la date étant à la tête semble devoir être commune, et par conséquent très-fausse pour le premier-, comme tsjle l'est visiblement pour les autres. Et d'ailleurs ce traité sur l'Antéchrist, qu'on prétend être de 1160, n'est point d'un autre langage que les autres pièces des Barbes que Perrin a citées ; et ce langage est très-moderne, fort peu différent du provençal que nousconnoissons. Non-seulement le langage de Villehardouin, qui a écrit cent ans après Pierre de Bruis, mais encore celui des auteurs qui ont suivi Villehardouin, est plus ancien et plus obscur que celui que l'on veut dater del'an 1120, si bien qu'on ne peut se moquer du monde d'une façon plus grossière, qu'en nous donnant ces discours comme fort anciens.

A27, Suite.

Cependant sur cette seule date de 1120, mise, on ne sait par qui, ni en quel temps, dans ce volume vaudois que personne ne connoîl, nos Calvinistes ont cité ce livre de TAntechrist comme étant indubitablement de quelque disciple de Pierre de Bruis, ou de lui-même (Aub, p. 962. La Roq, Ilist. de VEucharist, p. 4SI. 459.). )Les mêmes auteurs citent hardiment quelques discours que Perrin a cousus à celui sur l'Antéchrist, comme étant de la même date de 1120, quoique dans un de ces discours ou il est traité du purgatoire on cite

574 HI6T0IEB

un livre que iaini Augustin a intitulé : des Milparlements (Perr. hist. des Vaud. 111. part. 1. m. c. 2. p. 505.), c^est-à-dire, des mille paroles : comme si saint Augustin avpit fait un livre de ce titre; ce qui ne se peut rapporter qu'à une conopUation composée au treizième siècle, qui a titre Milleloquium sancti Augustini, que Tignorant auteur de ce traité 4u purgatoire a pris pour un ouvrage de ce Père. Au surplus, nous pourrions parler de Tâge de ces livres |les Yaudois, et des altérations qu'on y pottrroit avoir faites, si on nous avoit indiqué quelque bibliothèque connue oii on les pût voir. Jusqu'à ce qu'on ait donné au public cette instruction nécessaire, nous ne pouvons que nous étonner de ce qu'on nous produit comme authentiques des livres qui n'ont été vus que de Perrin seul; puisque ni Aubertin, ni la Roque ne les citent que sur sa foi, sans nous dire seulement qu'ils les aient jamais maniés. Ce Perrin, qui nous dès vante seul, n'y observe aucune des marques par lesquelles on peut établir la date d'un «rolume , ou en prouver Fantiquité : et il nous dit seulement que ce sont dé vieux livres des Vaudois (Hist. des Vaud. 1. 1. c. 7. p. 56.); ce qui en gros peut convenir aux plus modernes gothiques, et à des volumes de cent à six-vingts ans. Il y a donc tout sujet de croire que ces livres, dont on nous fait voir ce qu'on veut sans aucune preuve solide de leur date, ont été composés ou altérées par ces Vaudois réformés de la façon de Farel et de ses confrères.

128. Confession de foi produite par Perrin. Qu*elle eçt postérieure au calvinisme.

Quant à la Confession de foi que Perrin a publiée, et que tous nos Protestants nous allèguent cqmme une pièce authentique des anciens Vaudois, « elle est extraite, dit-il {Ibid, l. i. » c. 12. p. 79.), du livre intitulé : Almanach spirituel, et des » Mémoires de Georges Morel. » Pour T Almanach spirituel, je ne sais qu'en dire, si ce n'est que ni Perrin, ni Léger même, qui parle avec tant de soin des livres des Vaudois, n'ont rien marqué de la date de celui-ci. Ils n'ont pas même pris la peine de nous dire s'il est manuscrit ou imprimé ; et nous pouvons tenir pour certain qu'il est fort moderne, puisque ceux qui en veulent tirer avantage ne nous en ont pas marqué l'antiquité.

Hais ce qui décide, c'est ce que rapporte Perrin, que cette Confession de foi est extraite des Mémoires de George Morel. Or il paroît par Perrin même que George Morel fut celui qui environ l'an 1530, tant d'années après la Réforme, alla conférer avec Œcolampade et Bucer, des moyens de s'y unir (Lettre d' Œcolampade. Perr, ibid, c. 6. p. 46. c. 7. p. 59.) ; ce qui nous fait assez voir que cette Confession de foi, non plus que les autres que Perrin produit, n'est pas des anciens Yaudois; mais des Vaudois réformés à la mode des Protestants.

^129. Démonstration que les Vaudois n^avoient point de Confession df foi avant la Réforme prétendue.

Aussi avons- nous déjà remarqué qu'il ne ftjt fait nulle mention de Confession de foi des Vaudois dans la conférence de 1530 des mêmes Yaudois avec OËcolampade (Ci-dessus, n. 119.). Nous pouvons même assurer qu'ils ne firent de Confession de foi que longtemps après; puisque Bèze, si soigneux de rechercher et de faire valoir les actes de ces hérétiques, ne parle^ comme on a vu (Ci-dessus, n. 4.), d'aucune Confession de foi qu'il en eût connue qu'en 1541. Quoi qu'il en soit, avant la Réforme de Luther et de Calvin, on n'avoit jamais entendu parler de Confession de foi des Vaudois. Séyssel, que la vigilance pastorale et l'obligation de sa charge engageoit dans ces derniers temps, c'est-à-dire en 151*6 et en 1517, à une recherche si exacte de tout ce qui regardoit celte secte, ne nous dit pas un seul mot de Confession de foi (Séyss, f, 5 et seq.), c'est-à-dire qu'il n'en avoit rien appris, ni par un examen juridique, ni de ceux qui se convertissant entre ses mains avec tant de marques de sincérité, lui découvroient avec larmes et componction tout le secret de la secte. Us n'avoient donc point alors de Confession de foi : il falloit apprendre leur doctrine par leurs interrogatoires , comme on a vu : mais de Confession de foi, ni d'aucun écrit des Vaudois, on n'en trouve pas un mot dans les auteurs qui les ont le mieux connus. Au contraire, les Frères de Bohême, secte dont nous parlerons bientôt, et à laquelle les Vaudois ont souvent tenté de s'unir et devant et après Luther, nous apprennent qu'ils n'écrivoient rien. « Ils n'avoient jamais eu.

57B HISTOIBE

» diioient-ils {Esrom. Rudig. de fratr. Ort. narrât. Heid.cwn » hist. Cam. 1625. p. 147. 148.), d'Église connue en Bo- » hême, et nos gens ne savoient rien de leur doctrine, parce » qu'ils n'en avoient jamais publié aucun écrit dont nous » soyons assurés. » Et dans un autre endroit : « Ils ne vou- » loient point qu'il y eût aucun témoignage public de leur ») doctrine » (Prœf, Conf. fid. Frat, Bohem. an. 1572. «6. 175.). Que si l'on veut dire qu'ils ne laissoient pas d'avoir entre eoi quelques écrits et quelques Confessions de foi, ils les eussent données aux Frères avec lesquels ils vouloient s'unir. Mais les Frères déclarent qu'ils n'en ont rien su que par quelques articles de Mérindol, « lesquels, disent-ils {Rud, ibid. 147. » 148.), il se pourroit faire qu'on auroit polis de notre temps.» C'est ce qu'écrit un savant ministre de ces Bohémiens longtemps après la Réforme de Luther et de Calvin. Il auroit parlé plus conséquemment, si au lieu de dire qu'on a poli ces articles depuis la Réforme, il avoit dit qu'on les a fabriqués. Mais c'est qu'on vouloit dans le parti donner quelque air d'antiquité aux articles des Vaudois; et «ce ministre ne vouloit pas tout à fait révéler ce secret de la secte. Quoi qu'il en soit, il en dit assez pour nous faire entendre ce qu'il faut croire des Confessions de foi qu'on produisoit de son temps sous le nom des Vaudois; et on voit bien qu'ils ne savoient guère la doctrine des Protestants avant que les Protestants les en eussent instruits. A peine savoient-ils eux-mêmes ce qu'ils croyoient, et ils ne s'en expliquoient que confusément avec leurs meilleurs amis, loin d'avoir des Confessions de foi toutes formées, comme Perrin a voulu nous le faire accroire.

Mo, Que les Vaudois en dressant leur Confession de foi calviniste, ont reteiiu quelque chose des dogmes qui leur étoient particuliers.

Et néanmoins nous reconnoissons même dans ces pièces de Perrin quelque trace de l'ancien génie vaudois, qui confirme ce que nous en avons dit. Par exemple dans le livre de l'Antéchrist, il est dit « que les Empereurs et les Rois, estimant » que l'Antéchrist étoit semblable à la vraie et sainte mère » Église, l'ont îiimé et l'ont doté contre le commandement de » Dieu » (Hist. des Vmid. 111. 'paxt. L \\\. c. i. ç. 292.); ce

ui revient à Topinion vaudoise, de croire défendu aux clercs *avoir aucun bien : erreur, comme on a vu, qui fit le prelier fojidement de leur séparation. €e qui est porté dans le atëchisme, qu'on reconnoît les ministres a par le vrai sens de la foi, et par la vie de bon exemple, etc. » (Ilnd. III. art. l. 1. p. 157.), revient encore à Terreur qui faisoit roîre aux Vaudois que les ministres de mauvaise vie éloient échus du ministère, et perdoient Fadministration des sacrelents. Cest pourquoi il dit encore dans le livre de TAntehrist, a qu'une de ses œuvres est d'attribuer la réformation du Saint-Esprit à la foi morte extérieurement, et de baptiser les enfants en cette foi, en enseignant que par cette foi ces enfants reçoivent de lui le Baptême et la régénération » Ibid, L m. p, 267 ) : paroles par où l'on exige la foi vivante lans les ministres du Baptême comme une chose nécessaire )oar la régénération de l'enfant; et le contraire est rangé )armi les œuvres de l'Antéchrist. Ainsi, lorsqu'ils composoient ;es nouvelles Confessions de foi agréables à la Réforme oh Is avoient dessein d'entrer, on ne pouvoit les empêcher d'y wuler toujours quelque chose qui ressentoit l'ancien levain : ît sans perdre le temps davantage dans cette recherche, c'est issez qM'on ait vu dans ces ouvrages des Vaudois les deux erreurs qui ont fait le fondement de leur séparation.

iil. Béflexiont sur riiif toiro des Âlbi|>[eoi8 et des VandoU. Artifice des ministres.

Telle est l'histoire des Albigeois et des Vaudois, selon qu'elle est rapportée par les auteurs du temps. Nos Réformés, qui n'y trouvent rien de favorable à leurs prétentions, ont voulu se laisser tromper par le plus grossier de tous les artifices. Plusieurs auteurs catholiques qui ont écrit en ce siècle, ou sur la fin du siècle précédent, n'ont pas assez disiingué les Vaudois d'avec les Albigeois, et ont donné aux uns ît aux autres le nom commun de Vaudois. Quelle qu'ait été la cause de leur erreur, nos Protestants sont trop habiles critiques pour vouloir que l'on en croie ou Mariana, ou Gretser, 3U même M. de Thou, et quelques autres modernes, au préjudice des anciens auteurs; qui tous unanimement, comme on

Page 1