‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 124 sur 177 · Suite des siippitsitions des ministres · texte numérisé non relu

Suite des siippitsitions des ministres

Le même la Roque met encore parmi ses amis Pierre Moran , qui , pressé de déclarer sa croyance devant tout le peuple , confessa qu'il a ne croyoit pas que le pain consacré » fût le corps de notre Seigneur » ( Ihid. 458. ) ; et il oublie que ce Pierre Moran , selon le rapport de l'auteur dont il cite le témoignage , étoit du nombre de ces hérétiques convaincus de manichéisme , qu'on appeloit Ariens ( Reg, de Hevtd. Ann, Aug. Baron, ad an 1178. ) , pour la raison que nous avons rapportée.

ioS. Autre falsification.

Cet auteur compte encore parmi les siens les hérétiques dont il est dit , au concile de Toulouse , sous Calixte II , ce qu'ils rejettent le sacrement du corps et du sang de Jésus- » Christ » ( Ibid, 431. ) ; et il tronque le propre canon d'où il a tiré ces paroles , puisqu'on y voit dans la suite que ces hérétiques , avec le sacrement du corps et du sang , « re- » jettent encore le baptême des petits enfants et le mariage » légitime» ( Conc, Tolos, an, 1119. Can. 3. ).

45"). Autre passajj^e tronqué.

Il coitompt avec une pareille hardiesse un passage de Tiur quisiteur Émeric sur le sujet des Yaudois. « Ëmeric , dit-il » ( P. 437. Direct, part, II. q. H) , leur attribue comme une » hérésie ce qu'ils disoient,' que le pain n'est pas transsubw stantié au vrai corps de Jésus-Christ , ni le vin ni le sang. » Qui ne croiroit les Vaudois convaincus par ce témoignage de

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oier la transsubstantiation ? Mais nous avons récité le passage entier, où il y a : » La neuvième erreur des Vaudois, c'est que » le pain n'est point transsubstantié au corps de Jésus-Christ ,

w si LE PRÊTRE QUI LE CONSACRE EST PÊCHEUR. » M. do la Uo<fUe

retranche ces derniers mots , et par cette seule fausseté il ôte aux Yaudoisdeux points importants de leur doctrine ; Tun qui fait Terreur des Protestants, c'est-à-dire la transsubstantiation ; Tautre , qui fait Thorreur de tous les chrétiens , qui est de dire que les sacrements perdent leur vertu entre les mains des ministres indignes. C'est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsillcations manifestes , et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs à ce prix.

iù7. Récapitulation.

Voilà une partie des illusions d'Aubertin et de la Uo({ue sur le sujet des Albigeois et des Vaudois , ou des pauvres de Lyon. En un mot, ils justifient parfaitement bien les dernici^s du manichéisme ; mais en même temps ils n'apportent aucune preuve pour montrer qu'ils aient nié la transsubstantiation : au contraire , ils corrompent les passages qui prouvent qu'ils l'ont admise. Et pour ceux -qui l'ont niée en ces temps-là , ils n'en produisent aucun qui ne soit convaincu de manichéisme , et par le témoignage des mêmes auteurs ((ui les accusent d'avoir nié le changement de substance de rKiicharistie : de sorte que leurs ancêtres sont ou avec nous défenseurs de la transsubstantiation comme les Vaudois, ou avec les Albigeois convaincus de manichéisme.

^nS. Deux autres objections des ministres.

Mais voici ce que ces ministres ont avancé de plus subtil. Accablés par le nombre des auteurs qui nous parlent de ces hérétiques toulousains et Albigeois comme de vrais Manichéens , ils ne peuvent pas nier qu'ils n'y en ait eu , et môme en ces pays-là; et c'étoient ceux, disent-ils (Aub, 968. La Roq. 460. exRen. c. 6. ), que l'on appeloit Cathares ou Purs. Mais ils ajoutent qu'ils étoient en très-petit noipbre , puisque Renier qui les connaissoit si bien nous assure qu'ils n'avoieal

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que seize Églises dans tout le monde ; et au reste que le nombre de ces Cathares n'excédoient pas quatre mille dans tonte la terre : Au lieu, dit Renier, que les croyants sont innombrables. Ces ministres laissent à entendre par ce passage que ces seize Églises et quatre mille hommes répandus dans tout Tunivers, n'y pouvoient pas faire tout le bruit et toutes les guerres qu'y ont fait les Albigeois; qu'il faut donc bien qu'on ait étendu le nom de Cathares ou de Manichéens à quelque autre secte plus nombreuse ; et que c'est celle des Vaudois et des Albigeois qu'on appeloit du nom de manichéens, ou par erreur, ou par calomnie.

•159. SeUe Églises des Manichéens], qui comprenoient toute la secte.

Qui veut voir jusqu'où peut aller la prévention ou l'illusion, n'a qu'à entendre après les discours de ces ministres la vérité que je vais dire; où plutôt il ne faut que se souvenir de celle que j'ai déjà dite. Et premièrement pour ces seize Églises, on a vu que le mot d'Église se prenoit en cet endroit de Renier ( iîen. c. 6.), non pour des Églises particulières qui étoient en certaines villes , mais souvent pour des provinces entières : ainsi on voit parmi ces Églises, l'Église de l'Esclavonie , l'Église de la Marche en Italie , l'Église de France , l'Église de Bulgarie , la mère de toutes les autres. Toute la Lombardie étoit renfermée sous le titre de deux Églises ; celles de Toulouse et d'Albi , qui en France furent autrefois les plus nombreuses , comprenoient tout le Languedoc , et ainsi du reste : de manière que sous ces seize Églises on exprimoit toute la secte comme divisée en seize cantons, qui toutes avoient leur rapport à la Bulgarie , comme on a vu.

^^'\ Les Cathares nu nombre de quatre mille. Ce que c^étoit.

Nous avons aussi remarqué, pour ce qui regarde ces quatre mille Cathares, qu'on n'entendoit sous ce nom que les parfaits de la secte , qu'on appeloit Élus du temps de saint Augustin; mais qu'en même temps Renier assuroit, que s'il n'y avoit de son temps, c'est-à-dire au milieu du treizième siècle , où la ëecle èVo\V ^\^o\\X\^ , ^^ ^>iaNx^ xsôMa Cathares

parfaits, la multitude du reste de la secte, c'est-à-dire dos simples croyants ^ étoit encore inlinie.

141. si le mot de croyants si^ifie les Vandois chez les anoietii auteurii. ^ Illusion d'Aubertin.

La Roque après Aubertin prétend que le mot do croyante signiûoit les Yaudois ( Aub. 968. LaMoq. 4G0. c. 1. U. IH. p. 780. etc. ), à cause que Pylicdorf, et Renier lui-même les appelleut ainsi. Mais c'est encore ici une illusion trop grossière. LenK)t de croyants étoit commun à toutes les sectes : chaque secte avoit ses croyants ou ses sectateurs. L('8 Yaudois ayoient leurs croyants, credentes ipsorum^ dont Pylicdorf a parlé en divers endroits. Ce n'est pas que le mot de croyants fût affecté aux Yaudois: mais c'est que, comme les autres, ils avoient les leurs. L'endroit de Renier cité par les ministres dit que les hérétiques avoient leurs croyants, credentes suos, auxquels ils permettoient toutes sortes de crimes ( C, 1. p. 747. ). Ce n'est pas des Yaudois qu'il parle, puisqu'il en loue les bonnes mœurs. Le même Renier nous racunte les mystères des Cathares, ou la fraction de leur pain ; et INit qu'on recevoit à cette table non-seulement les Cathares , hummes et femnaes,maw encore leurs croyants (ibid. c. 6. p. 756.), c'est«à-dire ceux qui n'étoient pas encore arrivés à la perfection des Cathares : ce qui montre manifestement ces deux ordres si connus parmi les Manichéens; et ce qu'on marque , que les simples croyants sont reçus à cette espèce de mystère, fait voir qu'il y en avoit d'autres dont ils n'étoient pas jugés dignes. C'est donc de ces croyants des Cathares que le nombre étoit infmi : et ceux-là conduits par les autres, dont le nombre étoit plus petit, faisoient tout le mouvement dont l'univers étoit troublé.

442. Conclusion. Que les Yaudois ne sont point du sentiment des Calirinistes.

Voilà donc les subtilités , pour ne pas dire les artifices , où sont réduits les ministres pour se donner des prédécesseurs.

Ils n'en ont point dont la suite soit manifeste : ils en vont chercher, comme ils peuvent, parmi des sectes obscures, gu'iJs tâchent de réunir, et d'en faire de bons Calvlav%\ft.<5» ^

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quoi qu'il n'y ait rien de commun entre eux que la haiue contre le Pape et contre TÉglise.

1 43. Ce qu'il faut croire de In ^ie des Vaudois.

On me demandera peut-être ce que je crois de la vie des Vaudois que Renier a tant vantée. J'en croirai tout ce qu'on voudra, et plus, si l'on veut, que n'en dit Renier; car le démon ne soucie pas par où il tienne les hommes. Ces hérétiques toulousains , Manichéens constamment , n'avoient pas moins que les Vaudois cette piété apparente. C'est d'eux que saint Bernard a dit ( Serm, lxv. in Cant, ) : « Leurs mœurs » sont irréprochables ; ils n'oppriment personne ; ils ne font » de tort à personne ; leurs visages sont mortifiés et abattus )> parle jeûne; ils ne mangent point leur pain comme des » paresseux, et ils travaillent pour gagner leur vie. » Qu'y a-t-il de plus spécieux que ces hérétiques de saint Bernard? Mais après tout, c'étoitdes Manichéens, et leur piété n'étoit que feinte. Regardez le fond : c'est l'orgueil, c'est la haine contre le clergé, c'est l'aigreur contre l'Église; c'est par là qu'ils ont avalé tout le venin d'une abominable hérésie. On mène où l'on veut un peuple ignorant, lorsqu'après avoir allumé dans son cœur une passion violente , et surtout ^a haine contre ses conducteurs, on s'en sert comme d'un lien pour l'entraîner. Mais que dirons-nous des Vaudois qui se sont si bien exemptés des erreurs manichéennes ? Le démon a fait son œuvre en eux , quand il leur a inspiré le -même orgueil ; la même ostentation de leur pauvreté prétendue apostolique ; la même présomption à nous vanter leurs vertus; la même haine contre le clergé , poussée jusqu'à mépriser les sacrements dans leurs mains ; la même aigreur contre leurs frères, portée jusqu'à la rupture et jusqu'au schisme. Avec cette aigreur dans le cœur, fussent-ils à l'extérieur encore plus justes qu'on ne dit, saint Jean m'apprend qu'ils sont homicides (/. Joan. m. 15. ). Fussent-ils aussi chastes que les anges , ils ne seront pas plus heureux que les vierges folles dont les lampes étoient sans huile ( Matt, xxv. 5. ) et les cœurs sans cette douceur qui seule peut nourrir la charité.

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ii^. L^aigreur est le caractère de cette secte. Abus de l'écriture.

Renier a donc bien marqué le caractère dé ces hérétiques, quand il attribue la cause de leur erreur à leur haine, à leur aigreur, à leur chagrin : Sic processit doctrina ipsorum et r ancor (Ch. 5. p. 749.). Ces hérétiques, dit-il, dont Textérieur étoit si spécieux, lisoient beaucoup, et « prioient peu. Ils » alloient au sermon ; mais pour tendre des pièges aux prédi- » cateurs, comme les Juifs en tendoient au Fils de Dieu ; » c'est-à-dire qu'il y avoit parmi eux beaucoup d'esprit de dispute, et peu d'esprit de componction. Tous ensemble, et Manichéens et Vaudois, ils ne cessoient de crier contre les inventions humaines, et de citer l'Écriture sainte, dont ils avoieut un passage toujours prêt, quoi qu'on leur pût dire. Lorsqu'interrogés sur la foi ils éiudoient la demande par des équivoques (Ren, ibid.)\ si on les en reprenoit, c'étoit, disoient-ils, Jésus- Christ même qui leur avoit appris cette pratique, lorsqu'il avoit dit aux Juifs : Détruisez ce temple, et je le rebâtirai en trois jours ( Joan. ii. 19.) ; entendant du temple de son corps ce que les Juifs entendoient de celui de Salomon. Ce passage sembloit fait exprès à qui ne savoit pas le fonds des choses. Les Vaudois en avoienl cent autres de cette sorte qu'ils savoient tourner à leurs fins; et à moins d'être fort exercé dans les Écritures, on avoit peine à se tirer des filets qu'ils tendoient. Un autre auteur nous remarque un caractère bien particulier de ces faux paufres (Pyliod. c. 10. p. 283.). Ils p'âlloient point comme un saint Bernard, corûme un saint françois, comme les autres prédicateurs apostoliques, attaquer ail milieu du monde les impudiques, les usuriers, les joueurs, les blasphémateurs, et les autres pécheurs publics, pour tâcher de les convertir. Ceux-ci, au contraire, s'il y avoit dans les villes ou dans les villages des gens retirés et paisibles, c'étoit dans leurs maisons qu'ils s'introduisoient avec leur simplicité apparente. A peine osoient-ils élever la voix, tant ils étoient doux : mais les mauvais prêtres et les mauvais moines éloient mis aussitôt sur le tapis; une satire subtile et impitoyable prenoit la forme du zèle; les bonnes ^eus cvivVfô^ écoutoient étoient pris; et transpovlès Ae te i\iVe ^v^e^ ^ '^^

sMmaginoient encore devenir plus gens de bien en devenant hérétiques : ainsi tout se corrompoit. Les unséloient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paroissoient dans le monde de tous côtés : le démon prenoit les simples d'une autre manière ; et par une fausse horreur des méchants il les aliénoit de TÉglise, où Ton en voyoit tous les jours croître le nombre.

445. Eminente sainteté dans l* Egalise catholique. S. Bernard.

Il n'y avoit rien de plus injuste ; puisque TÉglise, loin d'approuver les désordres qui donnoient lieu aux révoltes des hérétiques, les détestoit par tous ses décrets, et nourrissoit en même temps dans son sein des hommes d'une sainteté si eminente, qu'auprès d'elle toute là vertu de ces hypocrites ne paroissoil que foiblesse. Le seul saint Bernard, que Dieu suscita en ce temps-là avec toutes les grâces des prophètes et des apôtres pour combattre les nouveaux hérétiques, lorsqu'ils faisoient de plus grands efforts pour s'étendre en France, suffisoit pour les confondre. C'étoit là qu'on voyoit un esprit vraiment apostolique, et une sainteté si éclatante, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avoit combattu les erreurs; de manière qu'il y en eût, qui en damnant insolemment les saints docteurs, exceptoient saint Bernard de cette sentence (Apud lien, c 6 p. 755.), et se crurent obligés à publier, qu'à la fin il ^'étoit mis dans leur parti; tant ils rougissoient d'avoir contre eux un tel témoin. Parmi ses autres vertus, on voyoit reluire et dans lui et dans ses frères les saints moines de Cîteaux et de Clairvaux, pour ne point parler des autres, cette pauvreté apostolique dont les hérétiques se vantoient : mais saint Bernard et ses disciples, pour avoir porté cette pauvreté et la mortification chrétienne à sa dernière perfection, ne se glorifioient pas d'être les seuls qui eussent conservé les sacrements, et n'en étoient pas moins obéissants aux supérieurs tnême mauyais, distinguant avec Jésus-Christ les abus d'avec la chair et la doctrine.

^40. Aiî'.Teut eV,^tfsotï\\jtionde8 hérétiques.

On pourroit corov^et à^w?» \ç. w^^ Viw^'^ ^^xxfe^-^-^^^^

saints, non- seulement parmi les évèques, parmi les prêtres, parmi les moines; mais encore dans le commun peuple, et même parmi les princes, et au milieu des pompes du monde : mais les hérétiques ne vouloient voir que les vices, afin de dire plus hardiment avec le Pharisien : Nous ne sommes pas comme le reste des hommes (Luc. xviii. 21.); nous sommes, purs, nous sommes ces pauvres que Dieu aime : venez à nous,; si vous voulez recevoir les sacrements.

4*47.., &'ilj. faut te laisser surprendre à leur fausse constanoe. Réponse* mémorable de S. Bernard.

Il ne faut donc pas s'étonner de la régularité apparente de. leurs mœurs ; puisque c'étoit une partie de la séduction, contre laquelle nous avons été prémunis par tant d'avertissements de TÉvangile. On ajoute, comme un dernier trait de la piété extérieure de ces hérétiques, qu'ils ont souffert avec une patience surprenante. 11 est vrai; et c'est le comble de l'illusion. Car les hérétiques de ces temps-là, et même les Manichéens dont nous avons vu les infamies, après avoir biaisé et dissimulé le plus longtemps qu'ils pouvoient pour se délivrer du dernier supplice, lorsqu'ils étoient convaincus, et condamnés selon les lois, couroient à la mort avec joie. Leur faussé constance étonnoit le monde : Énervin, qui les accusoit, ne laissoit pas d'en être frappé, et demandoit avec inquiétude à saintBernardlaraisond'untelprodige(-4na/ec^ Liu.p, 454.). Mais le saint trop instruit des profondeurs de Satau, pour ignorer qu'il savoit faire imiter jusqu'au martyre à ceux qu'il tenoit captifs, répondoitque par un juste jugement de Dieu le malin pouvoit avoir puissance, nourseulement sur les corps des hommes, mais encore sur leurs coeurs (Serm. lxvi in Cant. sub. fin.) ; et que sll avoit bien pu porter Judas à se donner la mort à lui-même, il pouvoit bien porter ces hérétiques à la souffrir de la main des autres. Ne nous étonnons donc pas de voir des martyrs de toutes les religions, et même dans les plus monstrueuses; et apprenons par cet exemple à ne tenir pour vrais martyrs que ceux qui souffrent dans 1 unilé.

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'i^S. Condiimnation inévitable de ces hérétiques, en ce quUls reuioieut leur religion.

Mais ce qui devroit éternellement désabuser les Protestants de toutes ces sectes impies, c'est la détestable coutume de renier leur religion, et de participer à notre culte pendant qu'ils le rejetoient dans leur cœur. Il est constant que les Yaudois, à l'exemple des Manichéens, ont vécu dans cette pratique depuis le commencement de la secte jusque vers le milieu du dernier siècle. Séyssel ne pouv(Jil assez s'étonner (F. 47.) de la fausse piété de leurs Barbes qui condamnoient les mensonges, jusqu'aux plus légers, comme autant de péchés mortels, et ne craignoient point devant les juges de mentir sur leur foi, avec une opiniâtreté si étonnante, qu'à peine pouvoit-on leur en arracher la confession avec la question la plus rigoureuse. Ils défendoient de jurer pour rendre témoignage à la vérité devant le magistrat ; et en même temps ils juroienl tout ce qu'on vouloit pour tenir leur secte et leur croyance cachées : tradition qu'ils avoient reçues des Manichéens, comme ils avoient aussi hérité de leur présomption et de leur aigreur. Les hommes s'accoutument à tout, quand une fois leurs conducteurs ont pris l'ascendant sur leurs esprits, et surtout lorsqu'ils les ont engagés dans une cabale sous prétexte de piété.

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