‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 134 sur 177 · J20 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J20 HISTOIRE

» noissent la vérilé, parce que tout ce que Dieu a créé est bon ; et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec » action de grâces , puisqu'il est sanctifié par la parole de » Dieu et par la prière. » Tous les saints Pères sont d'accord ' qu'il s'agit ici de la secte impie des Marcionites et des Manichéens qui enseignoient deux principes, et attribuoient au mauvais la création de l'univers; ce qui leur faisoit détester et la propagation du genre humain , et l'usage de beaucoup de nourritures qu'ils croyoient immondes et mauvaises par leur nature, comme l'ouvrage d'un créateur qui éloit luimême impur et mauvais. Saint Paul désigne donc ces sectes maudites par deux pratiques si marquées; et sans parler d'abord du principe d'oîi on tiroit ces deux mauvaises conséquences, il s'attache à exprimer les deux caractères sensibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infâmes ont été reconnues dans tous les temps.

20?. La doctrine des deux principes marquée par saint Paul; pourquoi cette doctrine est appelée une doctrine de démons.

Mais encore que saint Paul n'exprime pas d'abord la cause profonde pour laquelle ces abuseurs défendoient l'usage de deux choses si naturelles, il la marque assez dans la suite, lorsqu'il dit pour combattre ces erreurs, que tout ce que Dieu a créé est bon (ï. Tim. iv. A.) ; renversant par ce principe le détestable sentiment de ceux qui trouvoient de l'impureté dans l'œuvre de Dieu, et ensemble nous faisant voir que la racine du mal étoit de ne pas connoître la création et de blasphémer le Créateur. C'est aussi ce que saint Paul appelle en particulier plus que toutes les autres doctrines, des doctrines de dénions (Ibid. 1.), parce qu'il n'y a rien de plus convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes , que d'attaquer la création , condamner les œuvres de Dieu, blasphémer contre l'auteur de la loi et contre la loi elle-même, et souiller la nature humaine par toute sorte d'impuretés et d'illusions. Car c'est là ce que faisoit le manichéisme : et voilà une vraie doctrine de démons; surtout si on ajoute les enchantements et les prestiges dont il est constant par tous les auteurs qu'on a si souvent usé dam cette secle. \)e àtVoutw^t m^vciV^^ss^wV ^^ ^^^5b ^\ simple

' DES YARIATIONSy LIT. XI. 607

Orient, le christianisme que l'Occident avoit perdu tout à fait dans leur pensée. En ce temps plusieurs prêtres grecs, qui s'étoient sauvés du sac de Gonstantinople en Bohême, et que Roquesane y avoit reçus dans sa maison, eurent permission de célébrer les saints mystères selon leur rit. Les Frères y \irent leur condamnation, et la virent encore plus dans les entretiens qu'ils eurent avec ces prêtres. Mais quoique ces Grecs les eussent assurés qu'en vain ils iroient en Grèce y chercher des chrétiens à leur mode, et qu'ils n'en trouveroient jamais, ils nommèrent des députés, gens habiles et avisés, dont les uns coururent tout TOrient, d'autres allèrent du côté du Nord dans la Moscovie, et d'autres prirent leur route vers la Palestine et l'Egypte; d'oii s'étant rejoints à Gonstantinople selon le projet qu'ils en avoient fait, ils revinrent enfin en Bohême dire à leurs Frères pour toute réponse; qu'ils se pou- >oient assurer d'être les seuls de leur croyance dans toute la terre.

478. Comment ils recherchoient Tordiiintion dans rÉ<;1i8e catholique.

Leur solitude dénuée de la succession et de toute ordination légitime leur fit tant d'horreur, qu'encore du temps de Luther ils envoyoient de leurs gens qui se couloient furtivement dans les ordinations de l'Église romaine : un traité de Luther, que nous avons cité ailleurs, nous l'apprend. Pauvre Église, qui, destituée du principe de fécondité que Jésus-Ghrist a laissé à ses apôtres et dans l'ordre apostolique, étoient contraints de se mêler parmi nous pour y venir mendier ou plutôt dérober les ordres.

i79. Reproches que leur fait Luther.

Au reste, Luther leur reprochoit qu'ils ne voyoient goutte non plus que Jean Hus dans la JustiGcation, qui étoit le point principal de l'Évangile : car c ils la mettoient, poursuit-il » {Luth, colL p, 286. edit. Franc, an, 1676.), dans fe foi et » dans les œuvres ensemble, ainsi qu'ont fait plusieurs Pères ; » et Jean Hus étoit plongé dans cette opinion. » il a raison, car ni les Pères, ni Jean Hus, ni Viclef son maître, ni les orthodoxes, ni les hérétiques, ni les Albigeois, ni les Yaudois,

622 UISTOIBE

p. 479.) ; et je ne crois pas que jamais ane prophétie ait pu être vérifiée par des caractères plus sensibles que celle-ci l'a été.

fO t. Suite des raisons pourquoi le Saint-Esprit a marqué cette hérésie plutôt que les autres.

Il ne faut plus s'étonner pourquoi le Saint-Esprit a voula que la prédiction de cette hérésie fût si particulière et si précise. G'étoit plus que toutes les autres hérésies Terreur des derniers temps, comme l'appelle saint Paul (/. lïm. iv.); soit que nous prenions pour les derniers temps, selon le style de l'Écriture, tous les temps de la loi nouvelle; soîtqae nous prenions pour les derniers temps la fin des siècles , où Satan devoit être déchaîné de nouveau {Apoc. xx. 3. 7.). Dès le second et le troisième siècle, l'Église a vu naître et Cerdon, et Marcion , et Manès , ces ennemis du Créateur. On trouve partout des semences de cette doctrine : on en trouve chez Tatien, qui condamnoit et le vin et le mariage, et qui dans sa concordance des Évangiles avoit rayé tous les passages où il est porté que Jésus-Christ est sorti du sang de David {Epiph. hœr. XLVi. p. 590, etc, Theod, t, iv. hœr, fab, 20. p. 208.)- Cent autres sectes infâmes avoient attaqué le Dieu des Juifs, mais avant Manès et Marcion ; et nous apprenons de Théodoret que ce dernier n' avoit fait que tourner d'une autre manière les impiétés de Simon le Magicien (Theod. ihid. c. 24.)., Ainsi cette erreur a commencé dès l'origine du christianisme : c'étoit le vrai mystère d'iniquité qui commençoit du temps de saint Paul (//. Thess. ii. T.); mais le Saint-Esprit, qui prévoyoit que cette peste se devoit un jour déclarer d'une manière plus manifeste, l'a fait prédire par cet apôtre avec une précision et une évidence étonnante. Marcion et Manès ont mis dans une plus grande évidence ce mystère d'iniquité : la détestable secte a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu; et jamais erreur n'avoit plus longtemps troublé l'Église, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque, par l'éminente doctrine de saint Augustin , et parles soins de saint Léon et de saint Gélase, elle fut éteinte dans tout i'Occident, el daivs ^om^ m^me. ovi elle avoit taché de s'<?/ablir, on voit cni\T\ ?vvT\NeY \^ V^.\vs\^ \vvv^ ^u ^ç,ç;\\a\.xv.ç^v«vk^

gpfescrit. L'absolution fut reconnue, mais hors du rang des saïcrements (Ibid. art. il. 12. 13.). En 1504 on parloit de la confession des péchés comme d'une chose d'obligation. Cette obligation ne paroit plus si précise dans la Confession réformée, et on y dit seulement « qu'il faut demander au prêtn» » l'absolution de ses péchés par les clefs de 'l'Église, et en » obtenir la rémission par ce ministère établi de Jésus-Christ » pour cette fin » ( Ibid. art. 5. 14. Prof. fid. ad Lad. cap. de pœnit. laps. ap. Lyd. t. ii. p. 15.).

iS'f . Sur la présence réelle.

Pour la présence réelle, les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens figuré ont également taché de tirer à leur avantage les Confessions de foi des Bohémiens. Pour moi, à qui la chose est indifférente, je rapporterai seulement leurs paroles; et voici d'abord ce qu ils écrivirent à Roquefiane, comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apologio {Apol. 1552. IV. part. ap. Lyd. 295.). « Nous croyons qu'on * reçoit le corps et le sang de notre Seigneur sous les espèces ^ du pain et du vin. » Et un peu après : « Nous ne sommes ^ pas de ceux qui entendant mal les paroles de notre Sei- >> gneur, disent qu'il a donné le pain consacré en mémoire de >» son corps, qu'il montroit avec le doigt, en disant : Ceci est nt^ mon corps. D'autres disent que ce pain est le corps de notre ut Seigneur qui est dans le ciel, mais en signification. Toutes » ces explications nous paroissent éloignées de l'intention » de Jésus-Christ, et nous déplaisent beaucoup. »

Page 1