‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 137 sur 177 · FIN DU PREMIER VOLUME · texte numérisé non relu

FIN DU PREMIER VOLUME

droite de Dieu. C'est où on se perd. Les Frères avoient parlé précisément, en disant : « Il n'y a qu'un Seigneur » Jésus, qui est tel dans le sacrement avec son corps naturel ; » mais qui est d'une autre manière à la droite de son Père : » car c'est autre chose de dire : C'est là Jésus-Christ, ceci » est mon corps ; autre chose de dire , qu'il y est de telle » manière » (ApoL ad Lad, ibid, p, 78.). Mais ils n'ont pas plus tôt parlé nettement, qu'ils s'égarent dans des discours alambiqués où les jettent la confusion et l'incertitude de leur esprit et de leurs pensées , avec un vain désir de contenter les deux partis de la Réforme.

4S8. Les Luthériens et les GaWinisies les veulent tirer à eux. Us penchent vers les premiers.

Plus irs alloient en avant, plus ils devenoient importants et mystérieux; et comme chacun les vouloit tirer à soi, ils sembloient aussi de leur côté vouloir contenter les deux partis. Voici enfin ce qu'ils dirent en 1558, et c'est à quoi ils parurent s'en vouloir tenir. Ils se plaignent d'abord qu'on les accuse a de ne pas croire que la présence du vrai corps et du » vrai sang soit présente » (P. 162.). Bizarres expressions, que la présence soit présente ! C'est ainsi qu'ils parlent dans la préface : mais dans le corps de la Confession ils enseignent « qu'il faut reconnoître que le pain est le vrai corps de Jésus- D Christ, et que la coupe est son vrai sang, sans rien ajouter a du sien à ses paroles ». Mais pendant qu'ils ne veulent pas qu'on ajoute rien aux paroles de Jésus-Christ, ils y ajoutent eux-mêmes le mot de vrai qui n'y est pas; et au lieu que Jésus-Christ a dit. Ceci est mon corps, ils supposent qu'il ait dit. Ce pain est mon corps; ce qui est fort différent, comme on l'a pu voir ailleurs. Que s'il leur a été libre d'ajouter ce qu'ils jugeoient nécessaire pour marquer une vraie présence, il a été libre aux autres d'ajouter aussi ce qu'il falloit pour ôter toute équivoque ; et rejeter ces expressions après les disputes nées, c'est être ennemi de la lumière, et laisser les questions indécises. C'est pourquoi Calvin leur écrivit qu'il ne pouvoit approuver leur obscure et captieuse brièveté, et il vouloit qu'ils expliquassent comment le pain est le corps de Jésus-Christ; à

faute de quoi il soutenoit que leur Confession de foi ne pouvoit être souscrite sans péril, et seroit une occasion de grandes disputes (Cal. Epist. ad Yald. p. 3i2 et seq.). Mais Luther étoit content d'eux, à cause qu'ils approchoient de ses expressions, et qu'ils inclinoient davantage vers la Confession d'Ausbourg. Car même ils continnoient à se plaindre de ceui qui nioient que le pain et le vin fussent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, et qui les appeloient des Papistes, des Idolâtres, et des Antechrists (ibid. 195.), à cause qu'ils reconnoissoient la véritable présence. Enfin pour faire voir combien ils penchoient à la présence réelle, ils veulent que les ministres en distribuant ce sacrement, et en récitant Icsparales de notre Seigneur, exhortent le peuple à croire que la présence de Jésus- Christ est présente (Calv. Epist. ad Vald. p. 196.); et dans ce dessein ils ordonnent, quoique d'ailleurs peu portés à l'adoration, quon reçoive le sacrement à genoux.

4S0. Luther lenr donne «on approbation, et comment.

Avec ces explications et avec les adoucissements que nous avons rapportés, ils satisfirent tellement Luther, qu'il mit son approbation à la tête d'une Confession de foi qu'ils publièrent; en déclarant néanmoins «qu'ils paroissoient à cette » foi non-seulemeut plus ornés, plus libres et plus polis; » mais encore plus considérables et meilleurs » ( Ihid. p. 211. ): ce qui faisoit assez connoître qu'il n'approuvoit leur Confession qu'à cause qu'elle avoit été réformée selon ses maximes.

^90. Leurs fêtes , leurs trniples, leurs jeûnes , le célibat de leurs prétrcys.

Il ne paroît pas qu'on les ait inquiétés ni sur les jeûnes églés q u'ils conservoient parmi eux , ni sur les fêtes qu'ils célbroient en interdisant tout travail, non-seulement à l'honneur de notre Seigneur, mais encore de la sainte Vierge et des saints ( Hrt, 15. 17. ). On ne leur reprochoit pas que c'étoit observer les jours contre le précepte de l'apôtre, ni que ces fêtes à l'honneur des saints fussent autant d'actes d'idolâtrie. On ne les accuse non plus d'ériger des temples

aux sainte, sous prétexte qu'ils continuent, comme nous, à ^- nommer temple de la Vierge, in temph divœ Virginis, de n saint Pierre et de saint Paul , les Eglises consacrées à Dieu ^ en leur mémoire ( Act. Syn. Torin. 1595. Synt. IL part, p. »> 240. 242. ). On les laisse pareillement ordonner le célibat à *■' leurs prêtres, en les privant du sacerdoce lorsqu'ils se marient (Art, 9. ), car constamment c'étoit leur pratique , aussi ** bien que celle des Taborites. Tout cela est sans venin pour ^ les Frères; et il n'y a que nous seuls où tout est poison ( jEn. ? Silo, hist, Boh. ap, Lyd, p, 595. 405. ).

^ 191. La perpétueUe virginité de Marie , mère de Dieu.

Je voudrois encore qu'on leur demandât où ils trouvent dans l'Ecriture ce qu'ils disent de la sainte Vierge : Qu'elle est Vierge devant V enfantement et après V enfantement ( Orat. Enc. ap. Lyd. p. 50. art. 17. p. 201.). Il est vrai que les saints Itères l'ont tellement cru, qu'ils ont rejeté le contraire comme un blasphème exécrable: mais c'est aussi ce qui nous fait voir qu'on peut compter parmi les blasphèmes beaucoup de choses, dont le contraire n'est écrit nulle part : de sorte que, lorsqu'on se vante de ne parler qu'après l'Ecriture , ce n'est pas un discours sérieux ; mais c'est qu'on trouve bon de parler ainsi, et que ce respect apparent pour l'Ecriture éblouit les simples.

19i. Us se réfugient en Pologne.

On prétend que ces Frères Bohémiens dont les paroles étoient si douces et si respectueuses envers les puissances, à mesure qu'ils s'engageoient dans les sentiments des Luthériens, entrèrent aussi dans leurs intrigues et dans leurs guerres. Ferdinand les trouva mêlés dans la rébellion de l'Electeur de Saxe contre Charles V, et les chassa de Bohême. Us se réfugièrent en Pologne ; et il paroît par une lettre de Musculus aux Protestants de Pologne, de 1556, qu'il n'y avoit que peu d'années qu'on avoit reçu dans ce royaume-là ces réfugiés de 5o/i^me ( Syntag. Gen. II. part. p. 212. ).

493. Ils s*y unissent avec les Luthériens et les Zuingliens, dans rassemblée de Sendomir.

( 1570. ) Quelque temps après on fit l'union des trois sectes

des Protestants de Pologne , c'est-à-dire des Luthériens , des Bohémiens et des Zuingliens. L'acte d'union fut passé en 4570 au synode de Sendomir, et il est intitulé en cette sorte : « L'union et consentement mutuel fait entre les Eglises » de Pologne , à savoir , entre ceux de la Confession d'Aus- » bourg, ceux de la Confession des Frères de Bohême et » ceux de la Confession des Eglises helvétiques » ( Ibid, p. 218.), ou des Zuingliens. Dans cet acte les Bohémiens se qualifient : Les Frères de Bohême , que les ignorants appellent Vaudois (Ibid. p. 219. ). Il paroît donc clairement qu'il s'agissoit de ces Vaudois, qu'on nommoit ainsi par erreur, comme nous l'avons fait voir , et qui aussi désavouoient cette origine. Car pour ce qui est des anciens Vaudois, nous apprenons d'un ancien auteur qu'il n'y en avoit presque point dans le royaume de Cracovie, c'est-à-dire dans la Pologne, non plus que dans V Angleterre, dans les Pays-Bas, en Dansmarck , en Suède, en Norwège, et en Prusse (V^Yiod. conl. Vald. c. 15. t. IV. Bibl. PP. IL part. p. 785. ); et depuis le temps de cet auteur ce petit nombre étoit tellement réduit à rien, qu'on n'en entend plus parler en tous ces pays.

-191. Termes de Taccord de Sendomir.

L'accord fut fait en ces termes : pour y expliquer le point de la Cène, on y transcrivit tout entier l'article de la Confession saxonique où cette matière est traitée. Nous avons vu que Melancton avoit dressé cette Confession en 1551 pour être portée à Trente ( V. sup, l. viii. n, 18. Synt, Conf, L part, p. 166. //. part, p. 72.). On y disoit que Jésus-Christ « est vraiment et substantiellement présent dans la commu- » nion , et qu'on le donne vraiment à ceux qui reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ. » A quoi ils ajoutent par une manière de parler étrange , « que la présence substan- » tielle de Jésus-Christ n'est pas seulement signifiée , mais » vraiment rendue présente , distribuée et donnée à ceux qui » mangent ; les signes n'étant pas nus, mais joints à la chose » même selon la nature des sacrements » ( Ibid. p. 146. )•

^^j. Les Zuinîîliens sont ceux qui se relâchent le pîus dans cet acconl. 1\ SomWo f\u ou \\vo?»Sî«eV^'\\\^ç^\\\^ (a ^résonce stihst(fntit*U(\

l»age..

30. Puissants raisonnements de Luther pour la présence réelle; et ses vanteries après les avoir faits. , ibid.

34 . Les Zuin.^liens prouvent à Luther que les Catholiques entendent mieux que lui le sens littéral. 84

3î. Bèze prouve la même vérité. 85

33. Tout un synode de Zuingliens établit la même vérité en Pologne. 86

34. Luther n'entendoit pas la force de cette parole : Ceci est mon corps. 87

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