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; condamné par Léon X, et s'emporte a d'horribles excès.
Mais cette affaire avoit fait un trop grand éclat pour être dissimulée. La sentence partit de Rome : Léon X publia sa bulle de condamnation du 18 juin 1520 ; et Luther oublia en même temps toutes ses soumissions , comme si c'eût été de vains compliments. Dès lors il n'eut que de la fureur : on vil voler des nuées d'écrits contre la bulle. Il fit paroître d'^abord des notes ou des apostilles pleines de mépris (T. 1. /". 56. ). Un second écrit portoit ce titre : Contre la bulle exécrable rfe l'Antéchrist (Ihïd. 88. 91. ). Il le finissoit par ces mots : De même qu'ils m'excommunient, je les excommunie aussi à mon tour. C'est ainsi que prononçoit ce nouveau pape. Enfin il publia un troisième écrit pour la défense des articles condamnés par la. bulle (Assert, art. per Bull, damnât.). Là, bien loin de se rétracter d'aucune de ses erreurs , ou d'adoucir du moins un peu ses excès, il enchérit par-dessus, et confirma tout, jusqu'à cette proposition : « que tout chrétien , une » femme ou un enfant peuvent absoudre en l'absence du » prêtre ^ en vertu de ces paroles de Jésus-Christ : Tout ce » que vous délierez sera délié » {Assert, art. per. bull. damnât. 1520. T. II. Prop. 15. f. 94-. ); jusqu'à celle où il avoit dit, que « c'étoit résister à Dieu que de combattre contre le
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» Turc» (Ibid, prop, 53.). Au lieu de se corriger sur une proposition si absurde et si scandaleuse, il Tappuyoit de nouveau; et prenant un ton de prophète, il parloit en cette sorte : a Si Ton ne met le Pape à la raison , c'est fait de la » chrétienté. Fuit qui peut dans les montagnes; ou qu'on » ôte la vie à cet homicide romain. Jésus-Christ le détruira )> par son glorieux avènement; ce sera lui, et non pas un » autre» (/6ii.). Puis empruntant les paroles d'Isaîe, Seigneur, g'écrioit ce nouveau prophète , qui croit à votre parole? et concluoit en donnant aux hommes ce commandement comme un oracle venu du ciel : a Cessez de faire la guerre » au Turc , jusqu'à ce que le nom du Pape soit ôté de des- » sous le ciel : Xai dit. »
25. Sa fureur contre le Pape et contre les princes qui le souteuoient.
C'étoit dire assez clairement que le Pape dorénavant seroit Tennemi commun , contre lequel il se falloit réunir. Maiç Luther s'en expliqua mieux dans la suite , lorsque , fâché que les prophéties n'allassent pas assez vite , il tâchoit d'en hâter l'accomplissement par ces paroles : « Le pape est un loup » possédé du malin esprit : il faut s'assembler de tous les » villages et de tous les bourgs contre lui. Il ne faut attendre » ni la sentence du juge , ni l'autorité du concile : n'importe » que les rois et les Césars fassent la guerre pour lui : celui » qui fait la guerre sous un voleur la fait à son dam : les rois » et les Césars ne s'en sauvent pas , en disant qu'ils sont dé- » fenseursde l'Eglise, parce qu'ils doivent savoir -ce que c'est » que l'Eglise » (Disp, 1340. Prop. 59 et seq, T. i. f. 470. ). Enfin , qui l'en eût cru eût tout mis en feu , et n'eût fait qu'une même cendre du Pape et de tous les Princes qui le soutenoient. Et ce qu'il y a ici de plus étrange , c'est qu'autant de propositions que l'on vient de voir étoient autant de tlièses de théologie , que Luther entreprenoit de soutenir. Ce n'étoit pas un harangueur qui se laissât emporter à des propos insensés dans la chaleur du discours : c'étoit un docteur qui dogmatisoit de sang-froid , et qui mettoit en thèses toutes ses fureurs.
Quoiqu'il ne criât pas encore si haut dans l'écrit qu'il pu-
blioit contre la bulle , on y a pu voir des commencements de ces excès , et le même emportement lui t'aisoit dire , au sujet de la citation à laquelle il n'avoit pas comparu : « J'attends » pour y comparoître que je sois suivi de vingt mille hommes » de pied et de cinq mille chevaux : alors je me ferai croire » {Adv, execr. Antich, bull, T. ii. f, 91.). Tout étoitde ce caractère , et on voyoit dans tout son discours les deux marques d'un orgueil outré, la moquerie et la violence.
On le reprenoit dans la bulle d'avoir soutenu quelques-unes des propositions de Jean Hus: au lieu de s'en excuser, comme il auroit fait autrefois , « Oui , disoil-il en parlant au » Pape (Ibid. adprop. 30. f, 109.), tout ce que vous con- » damnez dans Jean Hus , je l'approuve ; tout ce que vous » approuvez, je le condamne. Voilà la rétractation que vous » m'avez ordonnée : en voulez-vous davantage? »
Les fièvres les plus violentes ne causent pas de pareils transports. Voilà ce qu'on appeloit dans le parti hauteur de courage; et Luther, dans les apostilles qu'il fit sur la bulle, disoit au Pape sous le nom d'un autre : « Nous savons bien y> que Luther ne vous cédera pas , parce qu'un si grand cou- )) rage ne peut pas abandonner la défense de la vérité qu'il a » entreprise » (Not, in bull, T. ii. f. 56.). Lorsqu'on haine de ce que le Pape avoit fait brûler ses écrits à Rome , Luther aussi à son tour fit brûler à Vitemberg les Décrétales ; les actes qu'il fit dresser de cette action portoient, « qu'il avoit » parlé avec un grand éclat de belles paroles , et une heu- )) reuse élégance de sa langue maternelle » (Exust, acta. T. ii. /". 125.). C'est par où il enlevoit tout le monde. Mais surtout il n'oublia pas de dire , que ce n'étoit pas assez d'avoir brûlé ces Décrétales , et qu*il eût été bien à propos d'en faire autant du Pape même; c'est-àrdire, ajoutoit-il pour tempérer un peu son discours , au Siège papal.