Bouffonueries et extraTagances
Voilà OÙ Luther en étoit venu : de cette extrême modestie qvCîl avoit professée au commencement, il étoit passé à cet excès. Que dirai-je des boulTonneries aussi plates que scandaleuses dont il remplissoit ses écrits?- Je voudrois qu'un de ses sectateurs des plus prévenus prît la peine de lire seulement un discours qu'il composa du temps de Paul III contre la papauté {Advers, Papat, T. vu. f. 451 , et seq.) ; je sois certain qu'il rougiroit pour Luther, tant il y trouveroit partout, je ne dirai pas de fureur et d'emportement, mais de froides équivoques, de basses plaisanteries et de saletés; je dis même des plus grossières , et de celles qu'on n'entend sortir que de la bouche des plus vils artisans. « Le Pape, dit- » il , est si plein de diables , qu'il en crache , qu'il en mou- » che : » n'achevons pas ce que Luther n'a pas eu honte de répéter trente fois. Est-ce là le discours d'un Réformateur? Mais c'est qu'il s'agit du Pape : à ce seul mot il rentroit dans ses fureurs , et il ne se possédoit plus. Mais oserai-je rapporter la suite de cette invective insensée? Il le faut, malgré mes horreurs , afin qu'on voie une fois quelles furies possédoient ce chef de la nouvelle Réforme. Forçons-nous donc pour transcrire ces mots qu'il adresse au Pape : « Mon petit Paul, » mon petit pape , mon petit ânon , allez doucement ; il fait » glacé : vous vous rompriez une jambe ; vous vous gâteriez; » et on diroit : Que diable est ceci? Comme le petit papelin » s'est gâté. » Pardonnez-moi, lecteurs catholiques, si je répète CCS irrévérences. Pardonnez-moi aussi , ô Luthériens .
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et profitez du moins de votre honte. Mais après ces sales idées , il est temps de voir les beaux endroits. Ils consistent dans ces jeux de mots : Cœlestissimus , scelestissimus , sanc^ tissimus, satanassimus : et c'est ce qu'on trouve à chaque ligne. Mais que dira-t-on de cette belle figure? a Un âne sait » qu'il est âne , une pierre sait qu'elle est pierre ; et ces ânes » de papelins ne savent pas qu'ils sont des ânes. » {Advers, Papat, T. VII. /. 470.). De peur qu'on ne s'avisât d'en dire autant de lui, il va au-devant de l'objection. « Et, dit-il (Ibid.), » le Pape ne me peut pas tenir pour un âne : il sait bien que » par la bonté de Dieu et par sa grâce particulière, je suis » pluS savant dans les Ecritures que lui et que tous ses ânes. » Poursuivons : voici le style qui va s'élever : a Si j'étois le » maître de l'Empire » ; 6ù ira-t-il avec un si beau commencement? « je ferois un même paquet du Pape et des cardi- » naux, pour les jeter fous ensemble dans ce petit fossé de la » mer de Toscane. Ce bain les guériroit ; j'y engage ma pa- » rôle, et je donne Jésus-Christ pour caution » (Advers, Papat, T. VII. p. 474.). Le saint nom de Jésus-Christ n'est-il pas id employé bien à propos? Taisons-nous : c'en est assez; et tremblons sous les terribles jugements de Dieu, qui, pour punir notre orgueil , a permis que de si grossiers emportements eussent une telle efficace de séduction et d'erreur.