Les séditions et les violences
Je ne dis rien des séditions et des pilleries , le premier fruit des prédications de ce nouvel Evangéliste. Il en tiroit vanité* L'Evangile, disoit-il (De serv, arb, f. 451, etc.), et tous ses disciples après lui , a toujours causé du trouble , et il faut du sang pour l'établir. Zuingle en disoit autant. Calvin se défend de même : Jésus-Christ, disoient-ils tous, est venu pour jeter le glaive au milieu du monde (Matth. x. 34.). Aveugles , qui ne voyoient pas ou qui ne vouloient pas voir quel glaive Jésus-Christ avoit jeté, et quel sang il avoit fait répandre. Il est vrai que les loups , au milieu desquels il envoyoit ses disciples , dévoient répandre le sang de ses brebis innocentes ; mais avoit-il dit que ses brebis cesseroient d'être brebis , formeroient de séditieux complots , et répandroient
à leur tour le sang des loups? L'épée des persécuteorg a &té tirée contre ses fidèles; mais ses lidèles tiroient-ils Tépée, Jt ne dis pas pour attaquer les persécuteurs, mais pour se Aéfendre de leurs violences? En un mot, il s'est excité des séditions contre les disciples de Jésus-Christ ; mais les disciples de Jésus-Christ n'en ont jamais excité aucune durant trois cents ans d'une persécution impitoyable. L'Evangile les rendoit modestes, tranquilles, respectueux envers les puissances légitimes , quoiqu'ennemies de la foi ; et les remplissoit d'un vrai zèle, non pas de ce zèle amer qui oppose l'aigreur à l'aigreur , les armes aux armes, et la force à la force. Que les Catholiques soient donc , si l'on veut , des persécuteurs injustes, ceux qui se vantoient de les réformer sur le modèle de l'Eglise apostolique dévoient commencer la réforme par une invincible patience. Mais au contraire, disoit Erasme qui en a vu naître les commencements {Lih, xix. 113. xiuv. xxxi. 47. p. 2053 , etc) : Je les voyois sortir de leurs prêches cwec un air farouche et des regards menaçants, comme gens qui venaient d'ouir des invectives sanglantes et des discours séditieux. Aussi voy oit-on ce peuple évangéliqv^ toujours prêt à prendre les armes , et aussi propre à combattre qu'à disputer. Peut-être que les ministres nous avoueront bien que les prêtres des Juifs et ceux des idoles donnoient lieu à des satires aussi fortes que les prêtres de l'Église romaine , de quelques couleurs qu'ils nous les dépeignent. Quand est-ce qu'on a vu, au sortir de la prédication de saint Paul, ceux qu'il avoit convertis aller piller les maisons de ces prêtres sacrilèges , comme on a vu si souvent au sortir des prédications de Luther et des Prétendus Réformateurs , leurs auditeurs aller piller tous les ecclésiastiques sans distinction des bons ni des mauvais? Que dis-je des prêtres des idoles! Les idoles mêmes étoient en quelque sorte épargnées par les chrétiens. Vit-on jamais à Ephèse ou à Corinthe , oii tous les coins en étoient remplis, en renverser une seule après les prédications de saint Paul et des apôtres? Au contraire , ce secrétaire de la commune d'Ephése rend témoignage à ses citoyens que saint Paul et ses compagnons ne blasphémoient point contre leur déesse (Acl. xix. 57.); c'est-à-dire, qu'ils parloicntcon-
faux dieux sans exciter aucun trouble, sans altérer la niité publique. Je crois pourtant que les idoles de Jut de Vénus étoient bien aussi odieuses que les images us-^hrist , de sa sainte Mère et de ses saints que nos lés ont abattues.