Progrès de la doctrine sacrameniaire
Après que la querelle sacramentaire eut été émue de la manière qu^on vient de voir, Garlostad répandit de petits écrits contre la présence réelle , et encore que , de l'aveu de tout le monde, ils fussent fort pleins d'ignorance {Erasm, lib. XIX. ep. 115. XXXI. 59. p. 2106.) , le peuple déjà épris de la nouveauté ne laissa pas de les goûter. Zuingle et CËcolampade écrivirent pour défendre ce dogme nouveau : le premier avec beaucoup (Tesprit et de véhémence ; l'autre avec beaucoup de doctrine et une éloquence si douce, « qu'il y avoit, » dit Erasme {Lib, xviii. ep. 9.), de quoi séduire, s'il se pou- » voit et que Dieu le permît, les élus mêmes. » Dieu les mettoit à cette épreuve : mais ses promesses et sa vérité soutenoient la simplicité de la foi de l'Eglise contre les raisonnements humains. Un peu après Garlostad se réconcilia avec Luther, etTapaisa en lui écrivant que ce qu'il avoit enseigné sur l'Eucharistie étoit plutôt par manière de proposition et d'examen, que de décision (Hospin. 2. part, ad an. 1525. f. 40.). Il ne cessa de brouiller toute sa vie ; et les Suisses , qui le reçurent encore une fois, ne purent venir à bout de calmer cet esprit turbulent.
Sa doctrine se répandoit de plus en plus , mais sur des interprétations plus vraisemblables des paroles de notre Seigneur , que celles qu'il avoit données. Zuingle disoit que le bon homme avoit bien senti qu'il y avoit quelque sens caché dans ces divines paroles ; mais qu'il n' avoit pu démêler ce que c'étoit. Lui et CEcolampade, avec des expressions un peu différentes, convenoient au fond que ces paroles : Ceci est mon corps, étoient figurées : est veut dire signifie^ disoit Zuingle ; corps c'est le signe du corps , disoit OêwA^to^^^^ .
Ceux de Strasbourg eutroieut dans les mêmes interprétations. Bucer et Capiton , quilesconduisoient, devinrent zélés défenseurs du sens figuré. La Réforme se divisa, et ceux qui embrassèrent ce nouveau parti furent appelés Sacramentaires. On les nomma aussi Zuingliens, parce que Zuingle avoit le premier appuyé Carlostad , ou que son autorité prévalut dans r esprit des peuples entraînés par sa véhémence.
16. Zuing;Ie soigneux d'ôter de rEiicharistie tout ce qui s^éJeYoit audessus des sens.
Il ne faut pas s'étonner qu'une opinion qui flattoit autant le sens humain eût tant de vogue. Zuingle disoit positivement qu'il n'y avoit point de miracle dans l'Eucharistie , ni rien d'incompréhensible ; que le pain rompu nous représentoit le corps immolé, et le vin le sang répandu; que Jésus-Christ en instituant ces signes sacrés, leur avoit donné le nom de la chose; que ce n'étoit pourtant pas un simple spectacle , ni des signes tout à fait nus ; que la mémoire et la foi du corps immolé et du sang répandu soutenoit notre âme ; que cependant le Saint-Esprit scelloit dans les cœurs la rémission des péchés , et que c'étoit là tout le mystère ( Zuing. Conf. Fid. ad. Franc, it, epist, ad Car, v. etc.), La raison et le sens humain n'avoient rien à souffrir dans cette explication. L^Écriture faisoit de la peine : mais quand les uns opposoient, Ceci est mon corps , les autres répondoient : Je suis la vigne (Joan. XV. 1.) , Je suis la porte (Ibid. x. 7.) : La pierre étoU Christ (L Cor. x. 4.). Il est vrai que ces exemples n'étaient pas semblables. Ce n'étoit ni en proposant une parabole , ni en expliquant une allégorie, que Jésus-Christ avoit dit. Ceci est mon corps , ceci est mon sang. Ces paroles, détachées de tout autre discours , portoient tout leur sens en elles-mêmes^ Il s'agissoit d'une nouvelle institution qui devoit être fkite en termes simples ; et on n'avoit encore trouvé aucun lieu de l'Écriture, où un signe d'institution reçût le nom de la chose au moment qu'on l'instiiuoit , et sans aucune préparation précédente.
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27. D« l'effirit qni apparut â Zuingle pour lui founiir un pasiag;e, où le signe d'institution reçut d'abord le nom de la cbote.
Cet argument tourmentoit Zuingle ; nuit et jour il y cherchoit une solution. On ne laissa pas en attendant d'abolir la messe , malgré les oppositions du secrétaire de la ville , qui disputoit puissamment pour la doctrine catholique et pour la présence réelle. Douze jours après Zuingle eut ce songe tant reproché à lui et à ses disciples , où il dit que s'imaginant disputer encore avec le secrétaire de la ville qui le pressoit vivement (Hosp, 2. part, 25. 26.), il vit paroître tout d'un coup un fantôme blanc ou noir qui lui dit ces mots : Lâche que ne réponds-tu ce qui est écrit dans V Exode : «L'Agneau* est la Pâque » {Exod. xii. 11.), pour dire qu'il en est le signe? Voilà donc ce fameux passage tant répété dans les écrits des Sacramentaires, où ils crurent avoir trouvé le nom de la chose donné au signe dans l'institution du signe même ; et voilà comme ce passage vint dans l'esprit à Zuingle qui s'en servit le premier. Au reste ses disciples veulent qu'en disant qu'il ne sait pas si celui qui l'avertit étoit blanc ou noir, il vouloit dire seulement que c' étoit un inconnu ; et il est vrai que les termes latins peuvent recevoir cette explication. Mais outre que se cacher , sans rien faire qui découvre ce qu'on est , est un caractère naturel d'un mauvais esprit, celui-ci visiblement se trompoit. Ces pétroles, L'Agneau est la Pâque et le passage, ne signifient nullement qu'il soit la figure du passage. C'est un hébraïsme commun où le mot de sacrifice est sous-entendu. Ainsi péché seulement est le sacrifice pour le péché ; et passage simplement,' ou p^i/e, c'est le sacrifice du passage ou de la pâque : ce que l'Écriture explique elle-même un peu audessous où elle dit tout du long , non que l'Agneau est le passage , mais que c'est la victime du passage (Exod. xii. 27. ). Voilà bien assurément le sens de l'Exode. On produisit depuis d'autres exemples que nous verrons en leur temps : mais enfin voici le premier. Il n'y avoit rien, comme on voit, qui dût beaucoup soulager l'esprit de Zuingle , ni qui lui montrât que le signe reçut dès l'institution le nom de la chose. Cependant, à cette nouvelle explication de son inconnu , il s'éveilla,
il lut le lieu de l^xode , il alla prêcher ce qu'il aYoit tu en songe. On étoit trop bien préparé pour ne pas Ten croire : les nuages qui restoient encore dans les esprits furent dissipés.
28. Luther écrit contre les Sacramentairei, et ponrquoi il traita Tmn^ plus durement que les autres.
(1525. ). Il fut sensible à Luther de voir non plus des particuliers, mais des Eglises entières de la nouTcUe Réforme, se soulever contre lui. Mais il n'en rabattit rien de sa fierté. On en peut juger par ces paroles : « J'ai le Pape en tête ; j'ai )> à dos les Sacramentaires et les Anabaptistes ; mais je mar- » cherai moi seul contre eux tous ; je les défierai au combat; » je les foulerai aux pieds. >} Et un peu après : « Je dirai sans » vanité que depuis mille ans l'Écriture n'a jamais été ni si » repurgée , ni si bien expliquée , ni mieux entendue qu'elle » l'est maintenant par moi » (Ad maled, Reg. Ang. T. u. 498. ). Il écrivoit ces paroles en 1 525 , un peu après la querelle émue. En la même année il fit son livre contre les Prophètes céleites, se moquant par là de Garlostad qu'il accusoit d'approuver les visiops des Anabaptistes. Ce livre avoit deux parties. Dans la première il soutenoit qu'on avoit eu tort d'abattre les images; qu'il n'y avoit que les images de Dieu qu'il fût défendu d'adorer dans la loi de Moïse ; que les images de la croix et des saints n'étoient pas comprises dans cette défense; que personne n'étoit tenu sous l'Évangile d'abolir par force les images, parce que cela étoit contraire à la liberté évangélique , et que ceux qui détruisoient ainsi les images étoient des docteurs de la loi et non pas dé l'Évangile. Par là il nous justifioit de toutes les accusations d'idolâtrie dont on nous charge sans raison sur ce sujet. Dans la seconde partie il attaquoit les Sacramentaires. Au reste , il traita d'abord CËcolampade avec assez de douceur, mais il s'emporta terriblement contre Zuingle.
Ce docteur avoit écrit que dès l'an 1516 , avant que le nom de Luther eût été connu , il avoit prêché l'Évangile , c'est4dire la Réformation dans la Suisse (Zuing. in explç^n. arUc, 18. Gesn. BibL etc, V, Calixt, Judic, n. 53.), et les Suisses
lui donnoientla gloire du commencement, que Luther vouloit avoir tout entière. Piqué de ce discours il écrivit à ceux de Strasbourg « qu'il osoit se glorifier d'avoir le premier prêché )> Jésus-Christ; mais que Zuingle lui vouloit ôter cette gloire » ( T, n. Jen. epist, p, 202. ). Le moyen , poursuivoit-il , de se » taire pendant que ces gens troublent nos Eglises et attaquent » notre autorité? S'ils ne veulent pas laisser affoiblir la leur , » il ne faut-pas non plus affoiblir la nôtre. » Pour conclusion y> il déclare « qu'il n'y a point de milieu , et qu'eux ou lui )> sont des ministres de Satan. »
29. Paroles d'un fameux Luthérien sur la jalousie de Luther contre Zuingl**.
Un habile Luthérien et le plus célèbre qui ait écrit de nos jours, fait ici cette réflexion (Calixt, Judic, n. 53.). «Ceux » qui méprisent toutes choses et exposent non-seulement » leurs biens , mais encore leur vie , souvent ne peuvent pas » s'élever au-dessus de la gloire ; tant la douceur en est flat- D teuse, et tant est grande lafoiblesse humaine. Au contraire » plus on a le courage élevé , plus on désire les louanges , et » plus on a de peine à voir transporter aux autres celles qu'on » a cru avoir méritées. Il ne faut donc pas s'étonner si un » homme de la magnanimité de Luther écrivit ces choses à » ceux de Strasbourg. »
30. Puissants raisonnements de Luther pour la présence réeUe ; et ses Tantcries après les nvoir faits.
Au milieu de ces bizarres transports , Luther confirmoit la foi de la présence réelle par de puissantes raisons : l'Ecriture et la tradition ancienne le soutenoient dans cette cause. Il montroit que de tourner au sens figuré des paroles de notre Seigneur si simples et si précises , sous prétexte qu'il y avoit des expressions figurées en d'autres endroits de l'Ecriture , c'étoit ouvrir une porte par laquelle toute l'Ecriture et tous les mystères de notre salut se tourneroient en figures; qu'il falloit donc apporter ici la même soumission avec laquelle nous recevions les autres mystères , sans nous soucier de la raison ni de la nature , mais seulement de Jésus-Christ et de sa parole ; que le Sauveur n'avoit parlé datv^ V\\\%\\V\vNctfysv ^xv^
de la foi ni du Saint-Esprit ; qu'il avoit dit. Ceci est mon corps, et non pas , La foi vous y fera participer , que le manger dont Jésus-Christ y parloit n'étoit non plus un manger mystique , mais un manger par la bouche ; que l'union de la foi se con- 8ommoit hors du sacrement, et qu'on ne pouvoit pas croire que Jésus-Christ ne nous donnât rien de particulier par des paroles si fortes ; qu'on voyoit bien que son inteption étoit de nous assurer ses dons en nous donnant sa personne ; que le souvenir de sa mort, qu'il nous recommandoit , n'excluoit point la présence , mais nous obligeoit seulement à prendre ce corps et ce sang comme une victime immolée pour nous ; que cette victime en effet devenoit la nôtre par cette manducation ; qu'à la vérité la foi y devoit intervenir pour la rendre fructueuse ; mais que pour montrer que sans la foi ipême la parole de Jésus-Christ avoit son effet , il ne falloit que considérer la communion des indignes (Serm, de Corp, et Sang. Chr, defens. verbi Ccsnœ : quod verba adhuc stent. T, vu. 277. 381. Catech. maj, de Sac. ait. Concord. p. 5S1. etc.). Il près* soit ici avec force les paroles de saint Paul , lorsqu'après avoir rapporté ces mots : Ceci est mon corps, il condamnoit si sévèrement ceux qui ne discernaient pas le corps du Seigneur , et qui se rendaient coupables de son corps et de son sang (I. Cor. XI. 24. 28. 29. ) : il ajoutoit que partout saint Paul vouloit parler du vrai cot*ps, et non du corps en figure; et qu'on voyoit par ses expressions qu'il condamnoit ces impies , comme ayant outragé Jésus-Christ non pas en ses dons, mais immédiatement en sa personne.
Mais ce qu'il faisoit avec le plus de force , c'étoitde détruire les objections qu'on opposoit à ces célestes vérités. Il demandoit à ceux qui lui opposoient , La chair ne sert de rien ( Joan. VI. 64.), avec quel front ils osoient dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien , et transporter à cette chair qui donne la vie ce que Jésus-Christ a dit du sens charnel, et en tout cas de la chair prise à la manière que l'entendoient les Capharnaïtes , ou que la reçoivent les mauvais chrétiens, sans s'y unir par la foi , et recevoir en même temps l'esprit et la vie dont elle est pleine? Quand on osoit lui demander à quoi donc servoit cette chair prise par la bouche du corps , il
deinandoit à son tour à ces superbes demandeurs , à quoi servoit que le Verbe se fût fait chair? La vérité ne pouvoitelle être annoncée , ni le genre humain délivré que par ce moyen? Savent-ils tous les secrets de Dieu , pour lui dire qu'il u'avoitque cette voie de sauver les hommes? Et qui sont-ils pour faire la loi à leur Créateur ; et lui prescrire les moyens par lesquels il leur vouloit appliquer sa grâce ? Que si enfin on lui opposoit les raisons humaines , comment un corps en tant de lieux , comment un corps humain tout entier dans un si petit espace; il mettoit en potidre toutes ces machines qu'on élevoit contre Dieu, en demandant comment Dieu conservoit son unité dans la Trinité des personnes? Gomment de rien il avoit créé le ciel et la terre? Comment il avoit revêtu son Fils d'une chair humaine? Comment il Tavoit fait naître d'une vierge? Comment il Tavoit livré à la mort? Et comment il ressusciteroit tous les fidèles au dernier jour? Que prétendoit la raison humaine quand elle opposoit à Dieu ces vaines difficultés , qu'il détruisoit par un souffle ? Us disent que tous les miracles de Jésus-Christ sont sensibles. « Mais » qui leur a dit que Jésus-Christ a résolu de n'en point faire » d'autres? Lorsqu'il a été conçu du Saint-Esprit dans le » sein d'une vierge , ce miracle le plus grand de tous à qui » a-t-il été sensible? Marie auroit-elle su ce qu'elle alloit porw ter dans ses entrailles, si l'ange ne lui avoit annoncé le » secret divin? Mais quand la divinité a habité corporellement » en Jésus-Christ , qui l'a vu ou qui l'a compris ? Mais qui le » voit à la droite de son Père , d'où il exerce sa toute-puis- » sance sur tout l'univers? Est-ce là ce qui les oblige à tordre, » à mettre en pièces , à crucifier les paroles de leur maître ? » Je ne comprends pas , disent-ils , comment il les peut exé- » cuter à la lettre. Ils me prouvent bien par cette raison, que y> le sens humain ne s'accorde pas avec la sagesse de Dieu ; » j'en conviens; j'en suis d'accord; hiais je ne savois pas » encore qu'il ne fallût croire que ce qu'on découvre en ou- » vrant les yeux , ou ce que la raison humaine peut com- )> prendre » (Sermo quod verba stent, Jbid. ).
Enfin quand on lui disoit que cette matière n'étoit pas de conséquence , et ne valoit pas la peine dç tonv^^v^ Vô. y^\x\
«c Qui obligeoit donc Carlostad à commencer la qaerelle? Qui » contraignoit Zuingle et CEcolampade à écrire? Maudite éteri> Bellement la paix qui se fait au préjudice de la vârité » (Sermo qtwd verba stent» Ibid. ). Par de tels raisonnements il fermoit souvent la bouche aux Zuingliens. Il faut avouer qu'il avoit beaucoup de force dans Fesprit : rien ne lui manqnoit que la règle, qu'on ne peut jamais avoir que dans TEglise, et sous le joug d'une autorité légitime. Si Luther se fût tenu sous ce joug si nécessaire à toute sorte d'esprits , et surtout aux esprits brillants et impétueux comme le sien ; il eût pa retrancher de ses discours ses emportements , ses plaisanteries, son arrogance brutale, ses excès, ou pour mieux dire, ses extravagances : et la force avec laquelle il manie quelques vérités n'auroit pas servi à la séduction. C'est pourquoi on le voit encore invincible , quand il traite les dogmes anciens qu'il avoit pris dans le sein de l'Eglise : mais l'orgueil suivoit de près ses victoires. Cet homme se sut si bon gré d'avoir combattu avec tant de force pour le sens propre et littéral des paroles de notre Seigneur, qu'il ne put s'empêcher de s'en glorifier: «Les papistes eux-mêmes, dit-il (^p. Luth.ap» » Hosp. 2. part, ad an. 1554. f. i52. ) , sont forcés de me » donner la louange d'avoir beaucoup mieux défendu qu'eux » la doctrine du sens littéral. Et en effet je suis assuré que » quand on les auroit tous fondus ensemble , ils ne la pour- » roient jamais soutenir aussi fortement que je fais. »
51. Les Zuingliens prouvent a Luther que les Catholiques entendent mieux que lui le sens littéral.
Il se trompoit : car encore qu'il montrât bien qu'il falloit défendre le sens littéral, il n'avoit pas su le prendre dans toute sa simplicité ; et les défenseurs du sens figuré lui faisoient voir que s'il falloit suivre le sens littéral, la transsubstantiation gagnoit le dessus.
C'est ce que Zuingle, et en général tous les défengyaurs du sens figuré démontroient très-clairement (Hospin. ad an. 1527. f. 49. etc.). Ils remarquent que Jésus-Christ n'a pas dit : Mon corps est ici, ou Mon corps est sous ceci et avec ceci, on Ceci contient mon corps, mais simplement, Ceci est m<m
corps. Ainsi ce qu'il veut donner à ses fidèles n'est pas une substance qui contient son corps ou qui raccompagne, mais son corps sans aucune autre substance étrangère. Il n'a pas dit non plus : Ce pain est mon corps ; qui est Tautre explication de Luther ; mais il a dit : Ceci est mon corps, par un terme indéfini, pour montrer que la substance qu'il donne n'est plus du pain, mais son corps.
Et quand Luther expliquoit : Ceci est mon corps, c'est-àdire. Ce pain est mon corps réellement et sans figure, il détruisoit sans y penser sa propre doctrine. Car on peut bien dire a^ec l'ÉgÛse que le pain devient le corps, au même sens que saint Jean a dit que Veau fut faite vin aux noces de €ana en Galilée {Joan. ii. 9.), c'est-à-dire par le changement de l'un en l'autre. On peut dire pareillement que ce qui est pain en apparence est en effet le cOrps de notre Seigneur ; mais que du vrai pain , en demeurant tel , fût en même temps le vrai corps de notre Seigneur, comme Luther le prétendoit, les défenseurs du sens figuré lui soutenoient aussi bien que les Catholiques, que c'est un discours qui n'a point de sens, et concluoient qu'il falloit admettre , ou avec eux un simple changement moral, ou le changement de substance avec les papistes.