‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 24 sur 177 · Bèze prouve la même vérité · texte numérisé non relu

Bèze prouve la même vérité

C'est pourquoi Bèze soutient aux Luthériens, dans la Conférence de Montbéliard, que des deux explications qui s'arrêtent au sens littéral, c'est-à-dire de celle des Catholiques qui s'éloigne le moins des paroles de Vinstitution de la Cène, si on les veut exposer de mot à mot (Conf. de Montb. imp. à Gen. 1587. p. 52. ). Il le prouve par cette raison, que « les » transsubstantiateurs disent que par la vertu de ces paroles .» divines, ce qui auparavant étoit pain, ayant changé de sub- » stance, devient incontinent le corps même de Jésus-Christ, 1» afin qu'en cette façon cette proposition puisse être vérita- » ble,*Ceci est mon corps. Au lieu que l'exposition des con- V substantiateurs, disant que ces mots. Ceci est mon corps, » signifient mon corps est essentiellement dedans , avec, ou » sous ce pain, ne déclare pas ce que le pain est devenu, et » ce que c'^est qui est le corps, mais seulement ou \\ ^^V. ^^

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Cette raison est simple et intelligible. Car il est clair quf Jésus-Christ ayant pris du pain pour en faire quelque chose, il a dû nous déclarer quelle chose il en a voulu faire ; et il n'est pas moins évident que ce pain est devenu ce que le Tout-puissant en a voulu faire. Or ces paroles font voir qu'il en a voulu faire son corps, de quelque manière qu'on le puisse entendre, puisqu'il a dit : Ceci est mon corps. Si donc ce pain n'est pas devenu son corps en figure, il l'est devenu ' en effet ; et on ne peut se défendre d'admettre ou le change- ^ ment en ligure, ou le changement en substance.

Ainsi, à n'écouter simplement que la parole de Jésus-Christ, il faut passer à la doctrine de l'Eglise; et Bèze a raison de dire qu'elle a moins d'inconvénient quant à la manière de parler (Conf. de Montb. imp. à Gen. 1587. p. 52. ), que celle des Luthériens, c'est-à-dire qu'elle sauve mieux le sens littéral.

Calvin confirme souvent la même vérité (Instit. lib, 4. c. 17. n. 30. etc, ) ; et pour ne nous point arrêter au sentiment des particuliers, tout un synode de Zuingliens l'a reconnue.

33. Tout un synode de Zuingliens établit la même vérité en Pologne.

C'est le synode de Czenger, ville de Pologne, rapporté dans le recueil de Genève {Syn. Czeng, tit, de Cœnâ. in Synt/ Gen, part, ), Ce synode, après avoir rejeté la transsubstantiation papistique,' montre que la consuhstantiation luthérienne est insoutenable ; parce a comme la baguette de Moïse n a » pas été serpent sans transsubstantiation, et que l'eau n'a » pas été sang en Egypte, ni vin dans les noces de Cana sans » changement ; ainsi le pain de la Cène ne peut être substan- » tiellement le corps de Christ, s'il n'est changé en sa chair, » en perdant la forme et la substance de pain. »

C'est le bon sens qui a dicté cette décision. En effet le pain, en demeurant pain, ne peut non plus être le corps de notre Seigneur, que la baguette demeurant baguette put être un serpent, ou que l'eau demeurant eau put être du sang eh Egypte et du vin aux noces de Cana. Si donc ce qui élait pain devient le corps de notre Seigneur, ou il le devient en figure

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ar un changement mystique, suivant la doctrine de Zuiugle, u il le devient en effet par un changement réel, comme le isent les Catholiques.

1. LuUier n'entendoit pas la force de cette parole : ceci est mon corps.

Ainsi Luther, qui se glorifioit d'avoir lui seul mieux déjndu le sens littéral que tous les théologiens catholiques, toit bien loin de son compte, puisqu'il n'avoit pas même Dmpris le vrai fondement qui nous attache à ce sens, ni enmdu la nature de ces propositions qui opèi'ent ce qu'elles noncent. Jésus-Christ dit à cet homme : Ton fils est vivant Joan. IV. 50. 51.) ; Jésus-Christ dit à cette femme: Tu es uérie de ta maladie (Luc. xui. 12.) : en parlant: il fait ce iu'il dit ; la nature obéit, les choses changent, et le malade levient sain. Mais les paroles où il ne s'agit que de choses acidentelles, comme sont la santé et la maladie, n'opèrent tussi que des changements accidentels. Ici où il s'agit de sub&ance, puisque Jésus-Christ a dit, Ceci est mon corps, ceci est non sang, le changement est substantiel ; et par un effet aussi ?éel qu'il est surprenant, la substance du pain et du vin est ihangée en la substance du corps et du sang. Par conséquent, orsqu'on suit le sens littéral, il ne faut pas croire seulement |ue le corps de Jésus-Christ est dans le mystère, mais encore lu'il en fait toute la substance ; et c'est à quoi nous conduisent les paroles mêmes, puisque Jésus-Christ n'a pas dit. Mon ^orps est ceci, ou Ceci contient mon corps ; mais Ceci est mon ^rps : et il n'a pas même voulu dire, Ce pain est mon corps, mais Ceci indéfiniment : et de même que s'il avait dit lors- <!u' il a changé l'eau en vin : Ce qu'on va vous donner à boire, ^'est du vin, il ne faudroit pas entendre qu'il auroit conservé <?nseinble et l'eau et le vin, mais qu'il aurait changé l'eau en ^in : ainsi, quand il prononce que ce qu'il présente est son <^orps, il ne faut nullement entendre qu'il mêle son corps îivec le pain, mais qu'il change effectivement le pain en son 'orps. Voilà où nous menoit le sens littéral, de l'aveu même ^te Zuingliens, et ce que jamais Luther n'avoit pu entendre.

35. Les Sacramentaires prouToient à Luther qu*il admeitoit ane espèce de tent figuré.

Faute de l'avoir entendu, ce grand défenseur du senslitté^ rai tomboit nécessairement dans une espèce de sens figaré. Selon lui, Ceci est mon corps, Touloit dire : ce pain contienl mon corps, ou: ce pain est uni avec mon corps; et, par a moyen les Zuingliens le forçoient à reconnoître dans c«tli expression la figure grammaticale, qui met ce qui contien pour ce qui est contenu, ou la partie pour le tout ( Vid. Hosp 2. par*. i2, 35. 47. 6i. 76. 161. etc). Puis ils le pressoienlei cette sorte : S'il vous est permis de reconnoître dans les pa rôles de Tinstitution la figure qui met la partie pour le toat pourquoi nous voulez-vous empêcher d'y reconnoître la figiu qui met la chose pour le signe ? Figure pour figure, la méto nymie que nous recevons vaut bien la synecdoque que voû admettez. Ces Messieurs étoient humanistes et grammairiens Tous leurs livres furent bientôt remplis de la synecdoque (il Luther et de la métonymie de Zuingle : il falloit que les Protestants prissent parti entre ces deux figures de rhétorique ; « il demeuroit pour constant qu'il n'^y avoit que les Catholiques qui, également éloignés de l'un et de l'autre, et ne connoissant dans TEucharistie ni le pain, ni un simple signe, éiablissoient purement le sens littéral.

56. Différence de la doctrine inventée, et de 1» doctrine reçue par tradition.

On voyoit ici la différence qu'il y a entre les doctrines qtt sont introduites de nouveau par des auteurs particuliers, e celles qui viennent naturellement. Le changement de substance avoit rempli, comme par lui-même, l'Orient et fOc cident, entrant dans tous les esprits avec les paroles de notn Seigneur, sans jamais causer aucun trouble, et sans que ceui qui l'ont cru aient jamais été notés par l'Eglise comme nova teurs. Quand il a été contesté, et qu'on a voulu détournei le sens littéral avec lequel il avoit passé par toute la terre non-seulement l'Eglise est demeurée ferme, mais encore ot a vu ses adversaires combattre pour elle en se combattant lei uns les autres. Lutlier et ses sectateurs prouvoient invinci-

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blement qu'il falloit retenir le sens littéral ; Zuingle et les siens ne prouvoient pas avec moins de force, qu'il ne pouvoit être retenu sans le changement de substance : ainsi ils ne s'accordoient qu'à se prouver les uns aux autres que l'Eglise, qu'ils avoient quittée, avoit plus de raison que chacun d'eux : par je ne sais quelle force de la vérité, tous ceux qui l'abandonnoient en conservoient quelque chose ; et l'Eglise , qui gardoit le tout, gagnoit la victoire.

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