LIVRE III
EN l'an 1530.
SOMMAIRE. •— Les confessions de foi des deux partis des Protestants. Celle d'Ausbourg composée par Melancton. Celle de Strasbourg ou des quatre villes par Bucer. Celle de Zuingle. Variations de celle d'Ausbourg sur l'Eucharistie. Ambiguïté de celle de Strasbourg. Zuingle seul pOse nettement le sens figuré. Le terme de substance pourquoi mis pour expliquer la réalité. Apologie de la Confession d'Ausbourg faite par Melancton. L'Eglise calomniée presque sur tous les points ; et principalement sur celui de la Justification, et sur l'opération des Sacrements et de la Messe. Le mérite des bonnes œuvres avoué de part et d'autres, l'absolution sacramentale de même; la confession, les vœux monastiques et beaucoup d'autres articles. L'Eglise romaine reconnue en plusieurs manières dans la Confession d'Ausbourg. Démonstration de la Confession d'Ausbourg et par l'Apologie, que les Luthériens reviendroient à nous en retranchant leurs calomnies, et en entendant bien leur propre doctrine.
^' La célèbre diète d*Aatbourg où les Confessions de foi sont présentées à Charles Y.
(1530. ) Au milieu de ces démêlés on se préparoit à la célèbre diète d'Ausbourg, que Charles V avoit convoqué pour y remédier aux troubles que le nouvel Évangile causoit en Allemagne. Il arriva à Ausbourg le 15 juin 1550. Ce temps est considérable, car c'est alors qu'on vit paroître pour la preflîière fois des Confessions de foi en forme , publiées au nom de chaque parti. Les Luthériens défenseurs du sens littéral présentèrent à Charles V la Confession de foi, appelée la Confession d'Ausbourg. Quatre villes de l'Empire, Strasbourg, Memingue , Lindau et Constance , qui défendoient le sens figuré, donnèrent la leur séparément au même prince. On la nomma la Confession de Strasbourg ou des quatre villes ; et Zuingle qui ne voulut pas être muet dans une occasion si célèbre, quoiqu'il ne itn. pas du corps de l'Empire, envoya aussi sa Confession de foi à l'Empereur.
100 HISTOIRB
2. La CoiifeMion d'Autboure rédigée par Melanotoii, et présenlée à rEmpereur.
MelanctOD, le plus éloquent et le plus poli aussi bien que le plus modéré de tous les . disciples de Luther, dressa la Confession d^Ausbourg de concert avec son maître qu'on avoit fait approcher du lieu de la diète. Cette Confession de foi fut présentée à l'Empereur en latin et en allemand le 25 juin 1 330, souscrite par Jean, électeur de Saxe, par six autres princes, dont Philippe, landgrave de Hesse étoit un des principaux, et par les villes de Nuremberg et de Reutlingue, auxquelles quatre autres villes étoient associées ( C/it/^ Hist. Conf. Aug, cfc). On la lut publiquement dans la diète en présence de l'Empereur; et on convint dé n'en répandre aucune copie, ni manuscrite ni imprimée, que de son ordre. Il s'en est fait depuis plusieurs éditions tant en allemand qu'en latin , toutes avec de notables différences : et tout le parti la reçut.
5. De la Confession do Strasbourg, ou des quatre viUes, et de Bucer qui la dressa.
Ceux de Strasbourg et leurs associés défenseurs du sens figuré, s'offrirent à la souscrire, à la réserve de l'article* de la Cène. Ils n'y furent pas reçus , de sorte qu'ils composèrent leur Confession particulière qui fut dressée par Bucer (Chytr. Hist. Conf, Aug.).
C'étoît un homme assez docte, d'un esprit pliant, çt plus fertile en distinction, que les scholastiques les plus raffinés; agréable prédicateur; un peu pesant dans son style : mais '\\ imposoit par la taille, et parle son de la voix. Il avoitété Jacobin, et s'étoit marié comme les autres, et même pour ainsi parler plus que les autres, puisque sa femme étant morte, il passa à un second et à un troisième mariage. Les saints Pères rie recevoient point au sacerdoce ceux qiii avoient été mariés deux fois étant laïques. Celui-ci prêtre et religieux se marie trois fois sans scrupule durant son nouveau ministère. C'étoit une recommandation dans le parti, et on aimoit à confoudro par ces exemples liardis les observances superstitieuses àc l'ancienne Eglise.
Il ne paroit pas que Bucer ait rien concerté avec Zuingle : celui-ci avec les Suisses parloit franchement ; Bucer méditoit des accommodements, et jamais homme ne fut plus fécond en équivoques.
Cependant lui et les siens ne purent alors s'unir aux Luthériens, et la nouvelle Réforme fit en Allemagne deux corps visiblement séparés par des Confessions de foi différentes.
Après les avoir dressées; ces Eglises sembloient avoir pris leur dernière forme , et il étoit temps du moins alors de se tenir ferme , mais c'est ici au contraire que les variations se montrent plus grandes.
^' De la Confessioii d'Ausbourf^« et de l'Apologie : Tautorité de ces deux pièces dntis tout le parti.
La Confession d' Ausbourg est la plus considérable en toutes manières. Outre qu'elle fut présentée la première, souscrite par un plus grand corps , et reçue avec plus de cérémonie ; elle a encore cet avantage qu'elle a été regardée dans la suite, non-seulement par Bucer et par Calvin même en particulier , mais encore par tout le parti du sens figuré , assemblé en corps , comme une pièce commune de la nouvelle Réforme , ainsi que la suite le fera paroître. Comme l'empereur la fit réfuter par quelques théologiens catholiques, Melancton en fit TApologie, qu'il étendit davantage un peu après. Au reste il ne faut pas regarder cette Apologie comme un ouvrage particulier, puisqu'elle fut présentée à l'empereur au nom de tout le parti , par Tes mêmes qui lui présentèrent la Confession d'Ausbourg , et que depuis les Luthériens n'ont tenu aucune assemblée pour déclarer leur foi , où ils n'aient fait marcher d'un pas égal la Confession d'Ausbourg, etl'Apologfe, comme ii paroît par les actes de TAssemblée de Smalcade en 1 557 et parles autres (Prœf. ApoL in lib, Concord. p. 48. Art. Smal. ihîd. 356. Epitome art. ihid. 571. Solida repet. ibid. 635. in, etc.)
â. L'article X de la Confession d'Ausbourç, où il s'agit de la Gène , est couché en quatre façons : la variété des deux premières.
Il est certain que l'intention de la Confession d'Ausbourg ^toit d*établir la présence réelle du corps et du sang; et comme
disent les Luthériens dans le livre de la Concorde, a on y voa- D loit expressément rejeter Terreur des Sacramentaires , qui )> présentèrent en même temps à Ausbourg leur Confession )) particulière n { Concor. p. 728. ). Mais tant s'en faut que les Luthériens tiennent un langage uniforme sur cette matière, qu'au contraire on voit d'abord l'article x de leur Confession, qui est celui où ils ont dessein d'établir la réalité : on voit, dis-je , cet article x couché en quatre manières différentes , sans qu'on puisse presque discerner laquelle est la pins authentique , puisqu'elles ont toutes paru dans des éditions où étoient les marques de l'autorité publique.
De ces quatre manières nous en voyons deux dans le recueil de Genève , où la Confession d' Ausbourg nous est donnée telle qu'elle avoit été imprimée en 1540 à Vitemberg, dans le lieu où étoit né le luthéranisme, où Luther et Melancton étoient présents (Conf. Aug, art.x, Syntagm, Gen. 2. part, p. 13.). Nous y lisons l'article de la Cène en deux manières. Dans la première, qui est celle de l'édition de Vitemberg, il est dit, a qu'avec le pain et le vin , le corps et le sang de Jésus-Christ )> est vraiment donné à ceux qui mangent dans la Cène. » La seconde ne parle pas du pain et du vin , et se trouve couchée en ces termes : « Elles croient (les Eglises protestantes) que » le corps et le sang sont vraiment distribués à ceux qui man- )) gent, et improuvent ceux qui enseignent le contraire. »
Voilà dès le premier pas une variété assez importante, puisque la dernière de ces expressions s'accorde avec la doctrine du changement de substance, et que l'autre semble être mise pour la combattre. Toutefois les Luthériens ne s'en sont pas tenus là ; et encore que des deux manières d'énoncer l'article X qui paroissoit dans le recueil de Genève, ils aient suivi la dernière dans leur livre de la Concorde, à l'endroit où la Confession d' Ausbourg y est insérée (Conf. Aug. art. x. in lih. Conc. p. 13.), on voit néanmoins dans le même livre ce même article x, rapporté de deux autres façons.
G. Deux autres manières dont est couché le même article : leurs différences.
En effet, on trouvera dans ce livre l'Apologie de la Confes-
sion d'Ausbourg, où ce même Melancton qui l'avoit dressée , et qui la défend, transcrit l'article en ces termes : a Dans la » Cène du Seigneur; le corps et le sang de Jésus-Christ sont » vraiment et substantiellement présents, et sont vraiment » donnés avec les choses qu'on voit, c'est-à-dire avec le pain » et le vin, à cieux qui reçoivent le sacrement» (Apol, Conf, Aug, Conc, p. 157.).
Enfin nous trouvons encore ces mots dans le même livre de la Concorde ( Solid. repet. de Cœn, Dom. n. vu. Conc, p. 728. ) : (( L'article de la Cène est ainsi enseigné par la » parole de Dieu dans la Confession d'Âusbourg : Que le vrai y> corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont vraiment présents, A distribués et reçus dans la sainte Cène sous l'espèce du pain >i et du vin , et qu'on improuve ceux qui enseignent le con- » traire ». Et c'est aussi la manière dont cet article xest couché dans la version française de la Confession d'Ausbourg imprimée à Francfort en 1673.
Si l'on, compare maintenant ces deux façons d'exprimer la réalité , il n'y a personne qui ne voie que celle de l'Apologie l'exprime par des paroles plus fortes que ne faisoient les deux précédentes rapportées dans le recueil de Genève : mais qu'elle s'éloigne aussi davantage de la transsubstantiation ; et que la dernière au contraire s'accommode tellement aux expressions dont on se sert dans l'Église , que les Catholiques pourroient la souscrire.