Laquelle de ces manières est l'originale
De ces quatre façons différentes, si on demande laquelle est l'originale qui fut présentée à Charles V, la chose est assez douteuse.
Hospinien soutient que c'est la dernière qui doit être l'o- . riginale ( Hosp. part. 2. f. 94. 132. 175. ) , parce que c'est celle qui paroît dans l'impression qui fut faite dès l'an 1530 à Vitemberg, c'est-à-dire dans le siège du luthéranisme , oii étoit la demeure de Luther et de Melancton.
Il ajoute que ce qui fit changer l'article , c'est qu'il favorisoit trop ouvertement la transsubslantialion , puisqu'il marquoit le corps et Je sang véritablement reçus , xiou \>q\w\ ^n^ç.
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la substance , mais sous les espèces du pain et du vin , qui esf la même expression dont se servent les Catholiques.
Et c'est cela même qui fait croire que c'est ainsi que rarticle avoit été couché d'abord , puisqu'il est certain par Sleidan et par Melancton, aussi bien que par Chytré et par Célestin dans leur histoire de la Confession d'Ausbourg ( Sleid. Apol. Conf, Aug, ad art. x. Chytr. Hist. Conf. Aug. Cœlest, Hist. Conf. Aug^ T, m. ) , que les Catholiques ne contredirent point cet article dans la réfutation qu'ils firent alors de la Confession d'Ausbourg par ordre de l'Empereur.
De ces quatre manières, la seconde est celle qu'on a insérée dans le livre de la Concorde ; et il pourrait sembler que ce seroitki plus authentique, parce que les princes et les Étals qui ont souscrit à ce livre, semblent assurer dans la préface, qu'ils ont transcrit la Confession d'Ausbourg comme elle se trouve encore dans les archives de leurs prédécesseurs et dans ceux de l'Empire ( Prœf. Conc. ). Mais si l'on y prend garde de près, on verra que cela ne conclut pas , puisque les auteurs de cette préface disent seulement qu'ayant conféré les exemplaires avec les archives, ils ont trouvé que le leur étoit en tout et partout de même sens que les exemplaires latins et allemands : ce qui montre la prétention d'être d'accord dans le fond avec les autres éditions , mais non pas le fait positif, que les tcrnie> soient en tout les mêmes : autrement on n'en verroit pas àe si différents dans un autre endroit du même livre, comme nous l'avons remarqué.
Quoi qu'il en soit, il est étrange que la Confession d'Ausbourg n'ayant pu être présentée à l'Empereur que d'une seule façon , il en paroisse trois autres aussi différentes de celle-là, et tout ensemble aussi authentiques que nous le venons de voir ; et qu'un acte si solennel ait été tant de fois altéré par ses auteurs dans un article si essentiel.
8. Cinquième manière dont le même article X est rapporté dans rApol"' {^ie de la( onfession d'Ausbourg.
Mais ils ne demeurèrent pas en si beau chemin; et incontinent après la Confession d'Ausbourg ils donnèrent à l'Empereur une cinquième explication de l'article de la Cène, danî*
TApologie de leur Confession de foi qu'ils firent faire par Melancton.
Dans celte Apologie approuvée, comme on a vu , de tout le parti , Melancton soigneux d'exprimer en termes formels le sens littéral , ne se contenta pas d'avoir reconnu une présence vraie et substantielle , mais se servit encore du mot de présence corporelle ( Apol. Gonf. Aug. in art. x. p. 157. ); ajoutant que Jésus-Christ nous étoit donné corporellement , et que c'étoit le sentiment ancien et commun non-seulement de VÉglvse romaine, mittis encore de l'Église grecque,
9. La manière d'expliquer la réalité dans r Apologie, tend à établir en même temps le changement de substance.
Et encore que cet auteur soit peu favorable , même dans ce livre , au changement de substance , toutefois il ne trouve pas ce sentiment si mauvais qu'il ne cite avec honneur des autorités qui l'établissent : car voulant prouver la doctrine de la présence corporelle par le sentiment de l'Église orientale , il allègue le canon de la messe grecque , où le prêtre demande nettement; dit-il {Ibid.) , que le propre corps de Jésus-Christ soit fait en changeant le pain, ou par le changement du pain. Bien loin de rien improuver dans cette prière, il s'en sert comme d'une pièce dont il reconnoît l'autorité , et il produit dans le même esprit les paroles de Théophylacte, archevêque de Bulgarie , qui assure que le pain nest pas seulement une figure, mais qu'il est vraiment changé en chair. Il se trouve , par ce moyen, que de trois autorités qu'il apporte pour confirmer la doctrine de la présence réelle , il y en a deux qui établissent le changement de substance , tant ces deux choses se suivent, et tant il est naturel de les joindre ensemble.
Quand, depuis, on a retranché dans quelques éditions, ces deux passages qui se trouvent dans la première publication qui en fut faite , c'est qu'on a été fâché que les ennemis de la transsubstantiation n'aient pu établir la réalité qu'ils approuvent , sans établir en même temps cette transsubstantiation qu'ils vouloient nier.
iOG HISTOIRE