‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 28 sur 177 · Défaile des Luthérient tur ces variallons · texte numérisé non relu

Défaile des Luthérient tur ces variallons

Voilà les incertitudes où tombèrent les Luthériens dès le premier pas ; et aussitôt qu'ils entreprirent de donner par une Confession de foi une forme constante à leur Église , ils furent si peu résolus quMls nous donnèrent d'abord en cinq ou six façons différentes un article aussi important que celai de l'Eucharistie. Ils ne furent pas plus constants, comme nous verrons, dans les autres articles : et ce qu'ils repondent ordinairement, que le concile de Gonstantinople a bien ajouté quelque chose à celui de Nicée , ne leur sert de rien : car est vrai qu'étant survenu depuis le concile de Nicée une nouvelle hérésie, qui nioit la divinité du Saint-Esprit, il fallut bien ajouter quelques mots pour la condamner : mais ici, où il n'est rien arrivé de nouveau, c'est une pure irrésolution qui a introduit parmi les Luthériens les variations que nous avons vues. Ils ne s'en tinrent pas là; et nous en verrons beaucoup d'autres dans les Confessions de foi qu'il fallut ajoutera celle d'Ausbourg.

il. Les Sacramentaires ne sont pas plus constants à expliquer leur foi.

Que si les défenseurs du sens figuré répondent que leur parti n'est pas tombé dans le même inconvénient, qu'ils ne se flattent pas de cette pensée. On a vu que dans la diète d'Ausbourg, où commencent les Confessions de foi , les Sacramentaires en ont produit d'abord deux différentes; et bientôt nous en verrons les diversités. Dans la suite ils ne furent pas moins féconds en Confessions de foi différentes, que les Luthériens, et n'ont pas paru moins embarrassés, ni moins incertains dans la défense du sens figuré , que les autres dans la défense du sens littéral.

Cest de quoi il y a sujet de s'étonner ; car il semble qu^une doctrine aussi aisée à entendre, selon la raison humaine, que l'est celle des Sacramentaires , ne devoit faire aucun embarras à ceux qui entreprenoient de la proposer. Mais c'est que les paroles de Jésus-Christ font dans l'esprit naturellement une impression de réalité que toutes les finesses du sens figuré ne peuvent détruire. Comme donc la plupart de ceux

la coinbattoient ne pouvoient pas s'en défaire entièrement, ]ue d'ailleurs ils vouloient plaire aux Luthériens qui la reoient, il ne faut pas s'étonner s'ils ont mêlé tant d'expresisqui ressentent la réalité , à leurs interprétations figurées ; $i ayant quitté l'idée véritable de la présence réelle , que ;lise leur avoit apprise, ils ont eu tant de peine à se conter des termes qu'ils avoient choisis pour en conserver ilque image.

Fermes vagues et ambigus de la Confession de Strasbourg sur Tarticle de la Cène.

Test la cause des équivoques que nous verrons sMntroduire is leurs Gathéchismes et dans leurs Confessions de foi. ;er, le grand architecte de toutes ces subtilités, en donna petit essai dans la Confession de Strasbourg; car sans vou- * se servir des termes dont se servoient les Luthériens pour diquer la présence réelle , il affecte de ne rien dire qui lui t formellement contraire, et s'explique en paroles assez biguës pour pouvoir être tirées de ce côté-là. Voici comme larle, ou plutôt comme il fait parier ceux de Strasbourg et autres, a Quand les chrétiens répètent la Cène que iésus- Ihrist fit avant sa mort en la manière qu'il a instituée: il îur donne par les sacrements son vrai corps et son vrai mg à manger et à boire véritablement , pour être la nouriture et le breuvage des âmes » ( Conf, Argent, c. 18. de •csnâ, Synt. Gen, part, 1. p. 195. ).

i la vérité, ils ne disent pas avec les Luthériens, que ce ps et ce sang sont vraiment donnés avec le pain et le vin ; ore moins, qu'ils sont vraiment et substantiellement donnés. ;er n'en étoit pas encore venu là ; mais il ne dit lien qui y ; contraire, ni rien en un mot dont un Luthérien et même Catholique ne pût convenir, puisque nous sommes tous :xord que le vrai corps et le vrai sang de notre Seigneur \s sont donnés à manger et à boire véritablement, non pas ir la nourriture des corps, mais, comme disoit Bucer r la nourriture des âmes. Ainsi cette Confession se tenoit 8 des expressions générales; et même, lorsqu'elle dit que \s mangeons et buvons vraiment U vrai corps et le vrai sang

de notre Seigneur, elle semble exclure le manger et le boire par la foi, qui n'est après tout qu'un manger et un boire métaphoriques : tant on avoit de peine à lâcher le mot, que le corps et le sang ne fussent donnés que spirituellement , et d'insérer dans une Confession de foi une chose si nouvelle aux chrétiens. Car encore que TEucharistie , aussi bien que les autres mystères de notre salut , eût pour fin un effet spirituel, elle avoit pour son fondement, comme les autres mystères, ce qui s'accomplissoit dans le corps. Jésus-Christ devoit naître , mourir, ressusciter spirituellement dans ses fidèles : mais il devoit aussi naître , mourir et ressusciter en effet et selon la chair. De même nous devions participer spirituellement à son sacrifice :mais nous devions aussi recevoir corporellement la chair de cette victime , et la manger en effet. Nous devioos être unis spirituellement à l'Époux céleste : mais son corps , qu'il nous donnoit dans l'Eucharistie pour posséder en même temps le nôtre, devoit être le gage et le sceau, aussi bien que le fondement de cette union spirituelle ; et ce divin mariage devoit, aussi bien que les mariages vulgaires , quoique d'une manière bien différente , unir les esprits en unissant les corps. C'étoit donc à la vérité expliquer la dernière fin du mystère , que de parler de l'union spirituelle : mais pour cela il ne falloit pas oublier la corporelle , sur laquelle l'autre étoit fondée. En tout cas, puisque c'étoit là ce qui séparoit les Eglises, on en devoit parler nettement , ou pour ou contre , dans une Confession de foi; et c'est à quoi Bucer ne put se résoudre.

i3. Suite de ces mêmes ambiçuiiês, et leur effet mémorable sur les viUes qui y souscrivirent.

Il sentoit bien qu'il seroit repris de son silence ; et pour aller au-devant de l'objection , après avoir dit en général : « que nous mangeons et buvons vraiment le vrai corps et le » vrai sang de notre Seigneur pour la nourriture de nos » âmes , )) il fit dire à ceux de Strasbourg ( Conf. Argent, c 18. de Cœuâ, Synt, Gen. parf. i. p. 195.), « que s'éloignant » de toute dispute et de toute, recherche curieuse et super- » fine, ils rappellent les esprits à là seule chose qui profile ,

» et qui a été uniquement regardée par notre Seigneur, c'est- » à- dire qu'étant nourris de lui , nous vivions en lui et par y> lui : » comme si c'étoit assez d'expliquer la fin principale de notre Seigneur, sans parler ni en bien ni en mal de la présence réelle que les Luthériens aussi bien que les Catholiques donnoient pour moyen.

Après avoir exposé ces choses , ils finissent en protestant , « qu'on les calomnie lorsqu'on les accuse de changer les pa-' » rôles de Jésus-Christ, et de les déchirer par des gloses hu- » maines, ou de n'administrer dans leur Cène que du pain et 3> du vin tout simple , ou de mépriser la Cène du Seigneur : ji> car, au contraire, disent-ils, nous exhortons les fidèles à en- » tendre avec une simple foi les paroles de notre Seigneur, » en rejetant toutes fausses gloses et toutes inventions hu- » maines, et en s'attachant au sens des paroles , sans hésiter » en aucune sorte ; enfin en recevant les sacrements pour la » nourriture de leurs âmes. »

Qui ne condamne avec eux les curiosités superflues , les inventions humaines, les fausses gloses des paroles de notre Seigneur? Quel chrétien ne fait pas profession de s'attacher au sens véritable de ces divines paroles? Mais puisqu'on disputoit de ce sens il y avoit déjà six ans entiers , et que pour en convenir il s'étoit fait tant de conférences, il falloit déterminer quel il étoit, et quelles étoient ces mauvaises gloses qu'il faut rejeter. Car que sert de condamner en général, par des termes vagues, ce qui est rejeté de tous les partis? Et qui ne voit qu'une Confession de foi demande des décisions plus nettes et plus précises? Certainement si on ne jugeoit des sentiments de Bucer et de ses confrères que par cette Confession de foi , et qu'on ne sût pas d'ailleurs qu'ils n'éloient pas favorables à la présence réelle et substantielle, on ponrroit croire qu'ils n'en sont pas éloignés : ils ont des termes pour flatter ceux qui la croient : ils en ont pour leur échapper si on les presse : enfin nous pouvons dire , sans leur faire tort, qu'au lieu qu'on fait ordinairement des Confessions de foi pour proposer ce qu'on pense sur les dispites qui troublent la paix de l'Eglise, ceux-ci, au contraire, par de longs discours et un grand circuit de paroles , owl \.\Q>\\vi,

moyen ilo ne rien dire de précis sur la matière dont il s'agissoit alors.

De là il est arrivé un effet bizarre : c'est que des quatre villes qui s'étoient unies par cette commune Confession de toi, et qui toutes embrassoient alors les sentiments contraires aux Luthériens, trois, à savoir Strasbourg, Méningue et Lindau, passèrent un peu après sans scrupules à la doctrine de la présence réelle : tant Bucer avoit réussi par ses discours ambigus à plier les esprits, de sorte qu'ils pussent se tourner (le tous côtés.

'14. La Confession de Zuingle très nette et tans équÎToqne.

Zuingle y alloit plus franchement. Dans la Confession de foi quMl envoya à Ausbourg, et qui fut approuvée de tous les Suisses, il expliquoit nettement, « que le corps de Jésiu- » Christ depuis son ascension n'étoit plus que dans le ciel, » et ne pou voit être autre part; qu'à la vérité il étoit comme » présent dans la Cène par la contemplation de la foi, et non » pas réellement ni par son essence » (Conf, Zuing, int. Oper, Zuing. et ap. Hosp, ad an. 1530, 101 et seq, ),

Pour défendre cette doctrine, il écrivit une lettre à l'Empereur et aux Princes protestants, où il établit cette différence entre lui et ses adversaires , que ceux-ci vouloient un cùrft naturel et substantiel, et lui un corps sacramentel (Epist. ad Caîs. et Princ. Prot. Ibid. ).

Il tient toujours constamment le même langage ; et dans une autre Confession de foi qu'il adresse dans le même temps à François I" , il explique , Ceci est mon corps, « d'un corps » symbolique, mystique, et sacramentel; d'un corps pardé- » nomination et par signification: de même, dit-il, qu'une » reine montrant parmi ses joyaux sa bague nuptiale, dit sans » hésiter, ceci est mon roi, c'est-à-dire c'est l'anneau du roi, » mon mari, par lequel il m'a épousée » ( Conf, ad Franc. /.). Je ne sache guère de reine qui se soit servie de cette phrase bizarre : mais il n'étoit point aisé à Zuingle de trouver dans le langage ordinaire des expressions semblables à celles qu'U vouloil attribuer à notre Seigneur. Au surplus , il ne reconnoît dans l'Eucharistie qu'une pure présence morale , qu'il

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appelle sacramentelle et spirituelle. Il met toujours la force des sacrements en ce qu'ils aident la contemplation de la foi^ qu'ils servent de frein aux sens , et les font mieux concourir avec la pensée. Quant à la manducation a que mettent les Juifs » avec les Papistes , selon lui , elle doit causer la même hor- » reur qu'auroit un père à qui on donneroit son fils a man- » ger.» En général, « la foi a horreur de la présence visible et » corporelle ; ce qui fait dire à Pierre , Seigneur , retirez- » vous DE MOI. Il ne faut pas manger Jésus-Christ de cette :) manière charnelle et grossière : une âme fidèle et religieuse : mange son vrai corps sacramentellement et. spirituelle- » ment. » Sacramentellement, c'est-à-dire en signe; spirituellement , c'est-à-dire par la contemplation de la foi qui nous représente Jésus-Christ souffrant, et nous montre qu'il est à nous.

15. L'état de la question paroît clairement dana la Confession de Zuingle.

Il ne s'agit pas de se plaindre de ce qu'il appelle charnelle et grossière notre manducation , qui est si élevée audessus des sens , ni de ce qu'il en veut donner de l'horreur, comme si elle étoit cruelle et sanglante. Ce sont les reproches ordinaires qu'ont toujours faits ceux de son parti aux Luthé riens et à nous. Nous verrons dans la suite comme ceux qui nous les ont faits nous justifient : maintenant il nous suffit d'observer que Zuingle parle nettement. On entend par ces deux Confessions de foi , en quoi consiste précisément la difficulté : d'un côté , une présence en signe et par foi : de l'autre, une présence réelle et substantielle; et voilà ce qui séparoit les Sacramentaires d'avec les Catholiques et les Luthériens.

4C. Quelle raison on a eue de se servir du mot de substance dans rEucliaristie : que c'est la même qui a obligé à l'employer dans la Trinité.

Il sera maintenant aisé d'entendre d'où vient que les défenseurs du sens littéral , Catholiques et Luthériens , se sont tant servis des mots de vrai corps , de corps réel , de substance , de propre substance , et des autres de cette

Ils se sont servis du mot de réel et de vrai , pour faire entendre que TEucharistie n'étoit pas un simple signe du corps et du sang, mais la chose même.

C'est encore ce qui leur a fait employer le mot de substance ; et si nous allons à la source , nous trouYerons que la même raison qui a introduit ce mot dans le mystère de la Trinité, Ta aussi rendu nécessaire dans le mystère de TEucharistie.

Avant que les subtilités des hérétiques eussent embrouillé le sens véritable de cette parole de notre Seigneur. Nous sommes mxii et mon Père une même chose {JosLn, x. 50.), on croyoit suffisamment expliquer l'unité parfaite du Père et du Fils par cette expression de TÉcriture, sans qu'il fût nécessaire de dire toujours qu'ils étoient un en substance ; mais depuis que les hérétiques ont voulu persuader aux fidèles, que cette unité du Père et du Fils n'étoit qu'une unité de concorde, de pensée et d'affection, on a cru qu'il falloit bannir ces pernicieuses équivoques, en établissant la consubstantialité, c'est-à-dire l'unité de substance.

Ce terme, qui n'étoit point dans l'Écriture, fut jugé nécessaire pour la bien entendre , et pour éloigner les dangereuses interprétations de ceux qui altéroient la simplicité de la parole de Dieu.

Ce n'est pas qu'en ajoutant ces expressions à FÉcriture, on prétende qu'elle s'explique sur ce mystère d'un« manière ambiguë ou enveloppée; mais c'est qu'il faut résister par ces paroles expresses aux mauvaises interprétations des hérétiques, et conserver à l'Écriture ce sens naturel et primitif, qui frapperoit d'abord les esprits , si les idées n'étoient point brouillées par la prévention ou par de fausses subtilités.

11 est aisé d'appliquer ceci à la matière de l'Eucharistie. Si on eût conservé sans raffinement l'intelligence droite et naturelle de ces paroles : Ceci est mon corps^ ceci est mon sang, nous eussions cru suffisamment expliquer une présence réelle de Jés^s-Christ dans l'Eucharistie, en disant que ce qu'il y donne est son corps et son sang: mais depuis qu'on a voulu dire que Jésus-Christ n'y étoit présent qu'en figure, ou par son

esprit, ou par sa vertu , ou par la foi ; alors pour ôter toute ambiguïté, on a cru qu'il falloit dire que le corps de notre Seigneur nous étoit donné en sa propre et véritable substance, ou, ce qui est la même cbose , qu'il étoit réellement et substantiellement présent.

Voilà ce qui a fait naître le terme de transubstantiation , aussi naturel pour exprimer un cbangement de substance, que celui de consubstantiel pour exprimer une unité de substance.

47. Les Luthériens ont eu la même raison que nous de se servir du mot de substance. Zuingle ne s*en est jamais servi, ni Bucer au commencement.

Par la même raison , les Lutbériens , qui reconnoissent la réalité sans cbangem^t de substance ,'en rejetant le terme de transubstantiation, ont retenu celui de vraie et substantielle présence, ainsi que nous l'avons vu dans l'Apologie de la Confession d'Ausbourg : et ces termes ont été cboisis pour fixer au sens naturel ces paroles : Ceci est mon corps, comme le mot de consubstantiel a été cboisi par les Pères de Nicée , pour fixer au sens littéral ces paroles : Moi et mon Père, ce n'est qu'un (Joan. x. 30.) ; et ces autres, Le Verbe étoit Dieu, (Ibid. I. 1.).

Aussi ne voyons-nous pas que Zuingle , qui le premier a donné la forme à l'opinion du sens figuré, et qui l'a expliquée le plus franchement, ait jamais employé le mot de substance. Au contraire, il a .perpétuellement exclu la manducation, aussi bien que la présence substantielle, pour ne laisser qu'une manducation figurée , c'est-à-dire en esprit par la foi ( Epist. ad. Cœs. et Princ. Prot. )

Bucer, quoique plus porté à des expressions ambiguës , ne se servit non plus au commencement du mot de substance ou de communion et de présence substantielle : il se contenta seulement de ne pas condamner ces termes, et demeura dans les expressions générales que nous avons vues.

Voilà le premier état de la dispute sacramentaire , où les subtilités de Bucer introduisirent ensuite tant d'importunes variations , qu'il nous faudra raconter dans la suite. Quant à présent, il suffit d'en avoir touché la cause.

iS. Doctrine de la jastîficatîou : qu^il n*y a plus de difficulté après les cboNes qui nn sont dites dans U Confession d*Ausbourg, et daus l'Apologie.

La question de la justification, oit celle du libre arbitre étoit renfermée , paroissoit bien d'une autre importance aux Protestants : c'est pourquoi , dans l'Apologie , ils demandent par deux fois à l'Empereur une attention particulière sur cette matière , comme étant la plus importante de tout l'Évangile, et celle aussi où ils ont le plus trav^iillé ( Ad art, IV. de Justif. p. 60. de Pœn. p. 464.). Mais j'espère qu'on verra bientôt qu'ils ont travaillé en vain, pour ne rien dire de plus , et qu'il y a plus de malentendu que de véritables difficultés dans cette dispute.

19. Que ta doctrine de Luther sur le libre arbitre est rétractée dans la

Confession d^Ausbourg.

Et d'abord il faut mettre hors de cette dispute la question du libre arbitre. Luther étoit revenu des excès qui lui faisoient dire que la prescience de Dieu mettoit le libre arbitre en poudre dans toutes les créatures : et il avoit consenti qu'on mît cet article dans la Confession d'Ausbourg ( Confes. Aug. art. xviii. ) -.«Qu'il faut reconnoître le libre arbitre dans tous » les hommes qui ont l'usage de la raison, non pour les choses » de Dieu, que l'on ne peut commencer, ou du moins achever » sans lui ; mais seulement pour les œuvres de la vie pré- » sente , et pour les devoirs de la société civile. aMelancton y ajoutoit, dans l'Apologie , pour les œuvres extérieures de la loi de Dieu (Apol. ad. eumd. art.). Voilà donc déjà deux vérités qui ne souffrent aucune contestation : l'une, qu'il y a un libre arbitre; et l'autre, qu'il ne peut rien de lui-même dans les œuvres vraiment chrétiennes.

20. Parole de la Confession d'Ausbourg, qui visoit au semi-pélagianisme.

Il y avoit même un petit mot dans le passage que l'on vient de voir dans la Confession d'Ausbourg , où, pour des gens qui vouloient tout attribuer à la grâce, on n'en parloil pas, à beaucoup près , si correctement, qu'on fait dans l'Église catholique. Ce petitmot, c'est qu'on ditque de lui-même,

le libre arbitre ne peut commencer, ou du moins achever les choses de Dieu : restriction qui semble insinuer qu'il les peut du moins commencer par ses propres forces : ce qui étoit une erreur demi-pélagienne, dont nous verrons dans la suite que les Luthériens d'à présent ne sont pas éloignés.

L'article suivant expliquoit que la volonté des méchants étoit la cause du péché (Art. xix. Ibid.) , où , encore qu'on ne dit pas assez nettement que Dieu n'en est pas l'auteur, on l'insinuoit toutefois, contre les premières maximes de Luther.

2i. Tous les reproches faits aux Catholiques fondés sur des calomnies : première calomnie sur la justiGcation gratuite.

Ce qu'il y avoit de plus remarquable sur le reste de la matière de la grâce chrétienne, dans la Confession d'Ausbourg , c'est que partout on y supposoit , dans l'Eglise catholique , des erreurs qu'elle avoit toujours détestées ; de sorte qu'on sembloit plutôt lui chercher querelle*, que la vouloir réformer; et la chose paroîtra claire en exposant historiquement la croyance des uns et des autres.

On appuyoit beaucoup dans la Confession d'Ausbourg et dans l'Apologie, sur ce que la rémission des péchés étoit une pure libéralité qu'il ne falloit pas attribuer au mérite et à la dignité des actions précédentes. Chose étrange ! les Luthériens partout se faisoient honneur de cette doctrine , comme s'ils l'avoient ramenée dans l'Eglise; et ils reprochoient au\ Catholiques , a Qu'ils croyoient trouver , par leurs propres » œuvres , la rémission de leurs péchés : qu'ils croyoient la y* pouvoir mériter en faisant de leur côté ce qu'ils pou voient » et même par leurs propres forces : que tout ce qu'ils attri- » buoient à Jésus-Christ, étoit de nous avoir mérité une cer- » taine grâce habituelle, par laquelle nous pouvions plus » facilement aimer Dieu ; et qu'encore que la volonté put » l'aimer, elle le faisoit plus volontiers par cette habitude ; » qu'ils n'enseignent autre chose que la justice de la raison ; «que nous pouvions approcher de Dieu par nos propres » œuvres , indépendamment de la propitiation de Jésns- » Christ, et que nous avions rêvé une justificaliou saïus» y^t\ç:\

» de lui. » ( Conf, art. xx. Apol. cap, de Justif. Conc. p. 61. Ibid. p. 62. 74. 102. 103. etc. ) : ce qu'on répète sans cesse, poui* conclure autant de fois que nous avions enseveli Jésus- Christ.

22. On attribuoit aux Oatholiqueg les deux propositions contradictoires; es opère operato, ce que c*est.

Mais pendant qu'on reprochoit aux Catholiques une erreui si grossière, on leur imputoit , d'autre part, le sentiment opposé, les accusant de se croire justifiés par le seul usage à» sacrement, ex opère operato, comme on parle, sans aiwsm bon mouvement (Conf. Aug. art. xiii. etc. ). Comment les Luthériens pouvoient-ils s'imaginer qu'on donnât tant à l'homme parmi nous , et qu*en même temps on y donnât si peu? Mais l'un et l'autre est très-éloigné de notre doctrine, puisque le concile de Trente , d'un côté , est tout plein des bons sentiments par où il se faut disposer au Baptême , à la Pénitence et à la Communion ; déclarant même en terme exprès, que la réception de la grâce est volontaire^ et que d'antre côté il enseigne que la rémission des péchés est purement gratuite, et que tout ce qui nous y prépare de près ou de loin, depuis le commencement de la \ocation et les premières horreurs de la conscience ébranlée par la crainte , jusqu'à l'acte le plus parfait de la charité, est un don de Dieu {Sess. vi. cap. 5. 6. 14. Sess. xin. 7. Sess. xiv. 4. Sess. vi. 7. ihid. cap. 8. ihid. cap. 5. 6. Can. 1. 2. 5. Sess. xiv. 4. ).

25. Que dans la doctrine des Luthériens les sacrements opèrent ex opère operato.

Il est vrai qu'à l'égard des enfants nous disons que, par son immense miséricorde, le Baptême les sanctifie, sans qu'ils coopèrent à ce grand ouTrage par aucun bon mouvement : mais outre que c'est en cela que reluit le mérite de Jésus- Christ et l'efficace de son sang, les Luthériens en disent au* tant, puisqu'ils confessent avec nous, « qu'il faut baptiser les » petits enfants ; que le Baptême leur est nécessaire à salot, X) et qu'ils sont faits enfants de Dieu par ce sacrement.» {Art.n.)- N'est-ce pas là reconnoître cette force du sacrement efficace par lui-même et par sa propre action , ex opère operato,

dans les enfants? Car, je ne vois pas que les Luthériens s'attachent à soutenir avec Luther , que les enfants qu'on porte au Baptême , y exercent un acte de foi. Il faut donc qu'ils disent avec nous , que le sacrement par lequel ils sont régénérés , opère par sa propre vertu.

Que si Ton objecte que parmi nous le sacrement a encore la même efficace dans les adultes , et y opère ex opère operato, il est aisé de comprendre que ce n'est pas pour exclure en eux les bonnes dispositions nécessaires , mais seulement pour faire voir que ce que Dieu opère en nous, lorsqu'il nous sanctifie par le sacrement, est au-dessus de tous nos mérites, de toutes nos œuvres, de toutes nos dispositions précédentes, en un mot, un pur effet de sa grâce et du mérite infini de Jésus-Christ.

24. Que la rémission des péchés est purement gratuite, selon le concile de Trente.

Il n'y a donc point de mérite pour la rémission des péchés; et la Confession d'Ausbourg ne devoil pas se glorifier de cette doctrine, comme si elle lui étoit particulière, puisque le concile de Trente reconnoît aussi bien qu'elle , « que nou5 » sommes dits justifiés gratuitement, à cause que tout ce qui* » précède la justification, soit la foi , soit les œuvres, ne peut » mériter cette grâce, selon ce que dit l'apôtre : Si c'est grâce, » ce n'est point par œuvres , autrement la grâce n'est plus » grâce » (Conc, Trid, Sess, vi. cap, 8.).

Voilà donc la rémission des péchés, et la justification établie gratuitement et sans mérite dans l'Église catholique en termes aussi exprès qu'on l'a pu faire dans la Confession d'Ausbourg.

2ô. Seconde o ilomnie : sur le mérite des œuvres : qu'il est reconnu dans la Confession d'Ausbourg et par Luther, au même sens que dans r Eglise.

Que si après la rémission des péchés , lorsque le Saint- Esprit habite en nous , que la charité y domine , et qiie la personne a été rendue agréable par une bonté gratuite , nous reconnoissons du mérite dans nos bonnes œuvres , la Confession d'Ausbourg en est d'accord , puisqu'on \ Ul dans réditioiï de Genove , imprimée s.uv te\\e 'ivi V\\fc\xv-

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berg, faite à la vue de Luther et de Melancton , que la nouvelle obéissance est réputée une justice, et méeite des récompenses. Et encore plus expressément, que bien que fort éloignée de la perfection de la loi, elle est une justice , et méeite des récompenses. Et un peu après que les bonnes œuvres sont dignes de grandes louanges , qu'elles sont nécessaires, et qu'elles MÉRITENT des récompenses (Art. vi. Synt. Gen. p. 12. ibid. p. 20. cap. de bon. oper. ).

Ensuite, expliquant cette parole de TËvangile : Il sera donné à celui qui a déjà, elle dit : <c que notre action doit être jointe )) aux dons de Dieu qu'elle nous conserve, et qu'elle kn Mfi- » RITE Taccroissement » {Art. vi. Synt. Gen. p. 21. ) ; et loue cette parole de saint Augustin, que là charité, quaivd oh

l'exerce , MÉRITE l'aCCROISSEMENT DE LÀ CHARITÉ. Yollà dOBC

en termes formels notre coopération nécessaire , et son mérite établi dans la Confession d'Ausbourg. C'est pourquoi on conclut ainsi cet article : « C'est par là que les gens de bien )) entendent les vraies bonnes œuvres , et comment elles » plaisent à Dieu , et comment elles sont méritoires. » (Pag. 22.). On ne peut pas mieux établir, ni plus inculquer le mérite; et le concile de Trente n'appuie pas davantage sur cette matière.

Tout cela étoit pris de Luther et du fond de ses sentiments : car il écrit dans son Commentaire sur l'Épître aux Galates, que « lorsqu'il parle de la foi justifiante , il entend » celle qui opère par la charité : car, dit-il {Comment, in Ep. ad » GaL T. V. 245. ) , la foi mérite que le Saint-Esprit nous » soit donné. » 11 venoit de dire qu'avec cet Esprit toutes les vertus nous étoient données ; et c'est ainsi qu'il expliquoit la justification dans ce fameux Commentaire : il est imprimé à Vitemberg , en l'an 1553 , de sorte que, vingt ans après que Luther eut commencé la Réforme, on n'ytrouvoit rien encore à reprendre dans le mérite.

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