‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 29 sur 177 · L*Apologie établit le mérite des œuvres · texte numérisé non relu

L*Apologie établit le mérite des œuvres

11 ne ftiut donc pas s'étonner si on trouve ce sentiment si

fortement établi dans l'Apologie de la Confession d'Ausbourg.

Melancton fuit de nouveaux efforV,^ vowv ^\i^Uç\j\ec la. matière

(le la justification, comme il le témoigne dans ses lettres, et il y enseigne « qu'il y a des récompenses proposées et promises » aux bonnes œuvres des fidèles, et qu'elles sont méritoires , » non de la rémission des péchés, ou de la justification (choses » que nous n'avons que par la foi ) , mais d'autres récom- » penses corporelles et spirituelles en cette vie et en l'autre , » selon ce que dit saint Paul, que chacun recevra sa récom- » pense selon son travail. )> (Apol. Gonf. Aug. ad art. 4. 5. 6. 20. Resp. ad object. concord. p. 96.). Et Melancton est si plein de cette vérité, qu'il l'établit de nouveau dans la réponse aux objections , par ces paroles : « Nous confessons , w comme nous avons déjà fait souvent , qu'encore que la jus- » tification et la vie éternelle appartiennent à la foi, toutefois » les bonnes œuvres méritent d'autres récompenses corpo- » relies et spirituelles, et divers degrés de récompenses, selon » ce que dit saint Paul, que chacun sera récompensé selon son » travail : car la justice de l'Évangile, occupée de la promesse » de la grâce , reçoit gratuitement la justification et la vie : » mais l'accomplissement de la loi , qui vient en conséquence » de la foi, est occupé autour de la loi même; et là, poursuit- » il , la récompense est OFFERTE,non pas gratuitement, mais » selon les œuvres ; et elle est due ; et aussi ceux qui méri- » tbnt cette récompense, sont justifiés devant que d'accomplir )) la loi. » ( Apol, Conf . Aug, ad art. 4. 5. 6. 20. Resp, ad object. concord, p. 137. ).

Ainsi le mérite des œuvres est constamment reconnu par ceux de la Confession d'Ausbourg, comme chose qui est comprise dans la notion de la récompense : n'y ayant rien en effet de plus naturellement lié ensemble que le mérite d'un côté, quand la récompense est promise et proposée de l'autre.

Et en effet , ce qu'ils reprennent dans les Catholiques n'est pas d'admettre le mérite qu'ils établissent aussi; mais c'est, dit l'Apologie {Apol. ibid, ) , en <c ce que toutes les fois qu'on » parle du mérite, ils le transportent des autres récompenses » à la justification. » Si donc nous ne connoissons de mérite qu'après la justification et non pas devant , la difficulté sera levée ; et c'est ce qu'on a fait à Trente par cette décision précise : « Que nous sommes dits justifiés gvaVuvVemtwVv^<\v.^>\^^

» qu'aucune des choses qui précèdent la justification , soit la » foi, soit les œuvres, ne la peuvent mériteri» {Sess, vi.c. 8.). Et encore : « Que nos péchés nous sont remis gratuitement » par la miséricorde divine, à cause de Jésus-Christ » : {Ibid, c. 9.)- D'où vient aussi que le concile n'admet de mérite, (( qu'à l'égard de l'augmentation de la grâce et de la vie éter- » nelle » {Ibid. cap. i6. et Can. 32. )•

S7. Melancton ne s^entend pas lui-même dans TApologie. lorsqu'U nie que les bonnes œuvres méritent la Tie étemelle.

Pour l'augmentation de la grâce , on en convenoit à Au»bourg, comme on a vu : et pour la vie éternelle , il est vrai que Melancton ne vouloit pas avouer qu'elle fût méritée par les bonnes œuvres, puisque, selon lui, elles méritoient seule* ment d'autres récompenses qui leur sont promises en cette vie et en l'autre. Mais quand Melancton parloit ainsi , il ne considéroit pas que ce qu'il disoit lui-même dans ce même lieu, que c'est la gloire éternelle « qui est due aux justifiés, » selon cette parole de saint Paul : « Ceux qu'il a justifiés, » il les a aussi glorifiés » (Apol. Gonf. Aug. ad art. 4. 5. 6. 20. Rep. ad object. concord. p. 137.). Il ne considère pas encore un coup, que c'est la vie éternelle qui est la vraie récompense promise par Jésus-Christ aux bonnes œuvres, conformément à ce passage de l'Évangile qu'il rapporte luimême ailleurs pour établir le mérite (In locis com. cap. de Justif.)y que ceux qui obéiront à l'Évangile recevront le centuple en ce siècle, et la vie étemelle en Vautre (Matth. xix» 29.) : où l'on voit qu'outre le centuple, qui sera notre récompense en ce siècle , la vie éternelle nous est promise comme notre récompense au siècle futur : de sorte que , si le mérite est fondé sur la promesse de la récompense , comme l'assure Melancton , et comme il est vrai , il n'y a rien de plus mérité que la vie éternelle , quoiqu'il n'y ait rien d'ailleurs de plus gratuit, selon cette belle doctrine de saint Augustin, que a la » vie éternelle est due aux mérites des bonnes œuvres ; mais )) que les mérites auxquels elle est due , nous sont donnés » gratuitement par notre Seigneur Jésus-Christ » (Aug. ep. cv. ftum cxav. n. J9. De Correp. et Grat. cap, xiii. n. 41. ).

DE& VARIATIONS, LiV. III. 121

28. Qa'il y a quelque chose dans la vie éternelte (|ui ne tombe pus sous le mérite.

Aussi est-il véritable que ce qui empêche Melanctpn de regarder absolument la vie éternelle comme récompense promise aux bonnes œuvres, c'est (jfue dans la vie éternelle il y* toujours un certain fonds qui est attaché à la grâce, qui est donné sans œuvres aux petits enfants, qui seroit donné aux adultes quand même ils seroient surpris de la mort au moment précis qu'ils sont justifiés, sans avoir eu le loisir d'agir après : ce qui n'empêche pas qu'à un autre égard, le royaume éternel , la gloire éternelle, la vie éternelle, ne soient promis aux bonnes œuvres comme récompense, et ne puissent aussi être mérités , au sens même de la Confession d'Ausbourg.

29. Variations des Luthériens dans ce quUIs ont retranché de la Confession d'Ausbour;;.

Que sert aux Luthériens d'avoir altéré cette Confession , et d'en avoir retranché , dans leur livre de la Concorde et dans d'autres éditions , ces passages qui autorisent le mérite ? Empêcheront-ils par-là que cette Confession de foi n'ait été imprimée à Yitemberg , sous les yeux de Luther et de Melancton, et sans aucune contradiction dans tout le parti, avec tous les passages que nous avons rapportés ? Que font-ils donc autre chose, quand ils les effacent maintenant, que de nous en faire remarquer la force et l'importance? Mais que leur sert de rayer le mérite des bonnes œuvres dans la Confession d'Ausbourg, s'ils nous le laissent eux-mêmes aussi entier dans l'Apologie, comme ils l'ont fait imprimer dans leur livre de la Concorde ? N'est-il pas constant que l'Apologie a été présentée à Charles V par les mêmes princes et dans la même diète que la Confession d'Ausbourg? {Prœf. ApoL Conc. p. 48.). Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'est qu'elle fut présentée de l'aveu des Luthériens , pour en conserver le vrai et propre sens ; car c'est ainsi qu'il en est parlé dans un écrit authentique {Solid. repet. Conc. 635. ), où les princes et les Etats protestants déclarent \euv îo\. N\w^\ qw\\^

12!i HISTOIRE

peut douter que le mérite des œuvres ne soit de Fesprit du luthéranisme et de la Confession d'Ausbourg : et c'est à tort que les Luthériens inquiètent sur ce sujet TEglise romaine.

50. Trois autres calomnies contre TEo^lise : raccomultstement de la Loi, a\oué dans rÂpolo<>;ie^ au même sens que aans TEglise.

Je prévois pourtant qu'on pourra dire qu'ils n'ont pas approuvé le mérite des œuvres dans le même sens que nous, pour trois raisons : premièrement , parce qu'ils ne reconnoissent pas, comme nous, que F homme juste puisse et doive satisfaire à la loi ; secondement, parce que , pour cette raisoo, ils n'admettent pas le mérite qu'on appelle de condignité, dont tous nos livres sont pleins; troisièmement, parce qu'ils enseignent que les bonnes œuvres de l'homme justifié ont besoin d'une acceptation gratuite de Dieu , pour nous obtenir la vie éternelle ; ce qu'ils ne veulent pas que nous admettions.

Voilà, dira-t-on , trois caractères par où la doctrine de la Confession d'Ausbourg et de l'Apologie sera éternellement séparée de la nôtre. Mais ces trois caractères ne subsistent que par trois fausses accusations de notre croyance : car premièrement, si nous disons qu'il faut satisfaire à la loi, tout le monde en est d'accord, puisqu'on est d'accord qu'il faut aimer, et que l'Ecriture prononce que l'amour ou la charité est V accomplissement de la loi ( Rom. xin. 10.). Il y en a même dans l'Apologie un chapitre exprès, dont voici le titre : Delà dilection et de V accomplissement de la loi (Apol. 83. ). Et nous y venons de voir que V accomplissement de la loi vient en conséquence de la justification (Ibid. p. 157. ); ce qui y est répété en cent endroits, et ne peut être révoqué en doute: mais au reste il n'est pas vrai que nous prétendions qu'après être justifié on satisfasse à la loi de Dieu en toute riguenr, puisqu'au contraire , on nous apprend , dans le concile de Trente , que nous avons besoin de dire tous les jours Pardonnez-nom nos fautes (Sess. vi. c. 11.); de sorte que, pour parfaite que soit notre justice, il y a toujours quelque ^ chose que Dieu y répare par sa grâce , y renouvelle par son Saint-Esprit, y supplée par sa boulé.

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