‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 31 sur 177 · Médiation de Jésus-Christ toujours nécessaire · texte numérisé non relu

Médiation de Jésus-Christ toujours nécessaire

Mais encore que Dieu regarde d'un autre œil les pécheurs déjà justifiés, et que les œuvres qu'il y produit par son Esprit habitant en eux tendent plus immédiatement à la vie éter^ nelle, il n'est pas vrai, selon nous, qu'il n'y faille pas de la part de Dieu une acceptation volontaire; puisque tout est ici fondé, comme dit le concile de TveuVe , %\vv Vcx^vomesse que

Dieu nous a faite miséricordieusement , c'est-à-dire gratuitement, à cause de Jésus-Christ (Conc. Trid. Sess. vi. c. 16. ), de donner la vie éternelle à nos bonnes œuvres; sans quoi nous ne pourrions pas nous promettre une si haute récompense.

Ainsi quand on nous objecte partout dans la Confession d'Ausbourgetdans TApologie {Àpol. resp. odArg, p. 127. etc), qu'après la justification nous ne croyons plus avoir besoin de la médiation de Jésus-Christ , on ne peut pas nous calomnier plus visiblement; puisque, outre que c'est par Jésus-Christ seul que nous conservons la grâce reçue , nous avons besoin que Dieu se ressouvienne sans cesse de la promesse qu'il nous a faite dans la nouvelle alliance par sa seule miséricorde , et par le sang du Médiateur.

3«. Comment les mérites de Jésus-Christ sont à nous: et comment ils nous sont imputés.

Enfin tout ce qu'il y a de bon dans la doctrine luthérienne, non-seulement étoit en son entier dans l'Eglise, mais encore s'y expliquoit beaucoup mieux, puisqu'on éloignoit clairement toutes les fausses idées : et c'est ce qui paroît principalement dans la doctrine de la justice imputée. Les Luthériens croyoient avoir trouvé quelque chose de merveilleux et qui leur fût particulier, en disant que Dieu nous imputoit la justice de Jésus-Christ, qui avoit parfaitement satisfait pour nous, et qui rendoit ses mérites nôtres. Cependant les scholastiques, qu'ils blâmoient tant, étoient tout pleins de cette doctrine. Qui de nous n'a pas toujours cru et enseigné que Jésus-Christ avoit satisfait surabondamment pour les hommes, et que le Père éternel , content de cette satisfaction de son Fils , nous traitoit aussi favorablement que si nous eussions nous-mêmes satisfaits à sa justice? Si on ne veut dire que cela , quand on dit que la justice de Jésus-Christ nous est imputée, c'est une chose hors de doute, et il ne falloit pas troubler tout l'univers, ni prendre le titre de Réformateurs pour une doctrine si connue et si avouée. Et le concile de Trente reconnoissoit bien que les mérites de Jésus-Christ et de sa passion étoient rendus nôtres par la justificaliow , ^wS&-

qu'il répète tant de ibis qu'ils nous y sont communiqués (Sess. VI. c. 5. 7.), et que personne ne peut être justifié sans cela.

56. Justification, régénération sanctification, renouTellement; comaMitt c'est au fond la même grâce.

Ce que veulent dire les Catholiques avec ce concile, lorsqu'ils ne permettent pas de s'en tenir à une simple imputation dés mérites de Jésus-Christ, c'est que Dieu lui-même ne s'en tient pas là ; mais que pour nous appliquer ces mérites, en même temps il nous renouvelle, il nous régénère, il nous vivifie, il répand en nous son Saint-Esprit qui est l'esprit de sainteté, et par là il nous sanctifie: et tout cela ensemble selon nous fait la justification du pécheur. C'étoit aussi la doctrine de Luther et de Melancton. Ces subtiles distinctions entre la justification, la régénération ou la sanctification, où l'on met maintenant toute la finesse de la doctrine protestante, sont nées après eux, et depuis la Confession d'Ausbourg. Les Luthériens d'à présent conviennent eux-mêmes que ces choses sont confondues par Luther et par Melancton (Solid, repet, Conc. p. 686. Epit. artic, ibid. 185.); et cela dans l'Apologie, un ouvrage si authentique de tout le parti. En effet, Luther définit ainsi la foi justifiante : a La vraie foi » est l'œuvre de Dieu en nous, par laquelle nous sommes re- » nouvelés, et nous renaissons de Dieu et du Saint-Esprit. Et » cette foi est la véritable justice, que saint Paul appelle » la justice de Dieu et que Dieu approuve » {Prœf, in Epist. ad Rom. T. v. f. 97. 98.). C'est donc par elle que nous sommes justifiés et régénérés tout ensemble;, et puisque le Saint-Esprit, c'est-à-dire Dieu même agissant en nous, intervient dans cet ouvrage, ce n'est pas une imputation hors de nous, comme le veulent à présent les Protestants, mais un ouvrage en nous.

Et pour ce qui est de l'Apologie, Melancton y répète à toutes les pages (Cap. de Justif, Conc, p. 68. 71. 72. 73.- 74. 82. Cap, de dilect, 83 etc.), que la foi nous justifie et nous régénère, et nom apporte le Saint-Esprit. Et un peu après: Quelle régénère les cœurs et quelle enfante la vie nouvelle. Et encore plus clairement: Être justifié, cest d'injuste être fait

et être régénéré, c*est aussi être déclaré et réputé jttste ;

nontre que ces deux choses concourent ensemble. On aucun vestige du contraire dans la Confession d'Auset il n'y a personne qui ne voie combien ces idées,

ent alors les Luthériens, reviennent aux nôtres.

Buvres tatisfactoires reconnues dans TApolog^ie , et les moines comptés parmi les saints.

mble qu'ils s'en éloignent davantage sur les œuvres toires et sur les austérités de la vie religieuse ; car ils ettent souvent comme contraires à la doctrine de la ation gratuite. Mais au fond, ils ne les condamnent pas rement qu'on le pourroit croire d'abord ': car non-seu-

saint Antoine et les moines des premiers siècles, gens si terrible austérité, mais encore dans les derniers

saint Bernard, saint Dominique et saint François sont ^s dans l'Apologie parmi les saints Pères. Leur genre

loin d'être blâmé, est jugé digne des saints, « à cause, m (Apol. resp, ad, Arg, p. 99. de vot, monast. 281.), ne les a*pas empêchés de se croire justifiés par la foi,

l'amour de Jésus-Christ. » Sentiment bien éloigné des tements qu'on voit aujourd'hui dans la nouvelle Ré-

où on ne rougit pas de voir condamner saint Bernard, raiter saint François d'insensé, st vrai que l'Apologie ^ après avoir mis ces grands es au nombre des saints Pères, condamne les moines es ont suivis ; parce qu'on prétend qu'ils ont cru méria rémission des péchés, la grâce et la justice par ses *es, et non pas la recevoir gratuitement » (ApoL resp, . p, 99. de vot, monast, p, 281.). Mais la calomnie est , puisque les religieux d'aujourd'hui croient encore, î les anciens, avec l'Église catholique et le concile de I, que la rémission des péchés est purement gratuite, et 3 par les mérites de Jésus-Christ seul, fin qu'on ne pense pas que le mérite que nous attrià ses œuvres de pénitence fût alors improuvé par les Burs de la Confession d'Ausbourg, ils enseignent en Ides œuvres et des afflictions, « qu' elles «fe«AT¥SC\ XVWà.

Qui croit assez pour être justifié devant Dieu ? Et la suite l'Apologie établit ce doute ; car elle poursuit : Qui ne dot^^e pas souvent si cest Dieu ou le hasard qui gouverne le mond^J^ Qui ne doute pas souvent s*il sera exaucé de Dieu ? On doute :. donc souvent de sa propre foi : comment est-on assuré alors i de la rémission de ses péchés? On ne Ta donc pas cette ré- \ mission : ou bien, contre le dogme de Luther, on Fa sans en ^ être assuré ; ou, ce qui est le comble de Taveuglement, on en est assuré sans être assuré de la sincérité de sa foi ni de celle ' de sa pénitence ; et la rémission des péchés devient indépen- dante de Tune et de Tautre. Voilà où nous précipite cette certitude qui fait tout le fond de la Confession d'Ausbourg, et le dogme fondamental du luthéranisme.

?9. Qup, selon les propres principes des Luthériens l'incertitude reconnue par les Catholiques ne doit causer aucun trouble, ni empêcher ^ le repus de la conscience.

Au reste, ce qu'on nous oppose, que par l'incertitude où nous laissons les consciences affligées, nous les jetons dans le trouble, ou même dans le désespoir, n'est pas véritable; et il faut bien que les Luthériens en conviennent par cette raison : car quelque assurés qu'ils se vantent d'être de leur justification, ils n'osent pas s'assurer absolument de leur persévérance, ni par conséquent de leur béatitude éternelle. Ait contraire, ils condamnent ceux qui disent qu'on ne peut pas perdre la justice une fois reçue {Confes. Aug. Art, vi. xi. cap, de bon. operib. p, 12. 13. 21.). Mais en la perdant, on perd avec elle tout le droit qu'on avoit, comme justifié, à Thé- ^ ritage éternel. On n'est donc jamais assuré de ne pas perdre ^ ce droit, puisqu'on n'est pas assuré de ne pas perdre la justice ■/ à laquelle il est attaché. On y espère néanmoins à ce bienheu- ^ reux héritage : on vit heureux dans cette douce espérance, * selon ce que dit saint Paul : Nous réjouissant en espérance ^ (Rom. XII. 12.) ! On peut donc, sans cette assurance dernière ^ qui exclut toute sorte de doute, jouir du repos que l'étal de cette vie nous peut permettre. ■

'«^ Quel est le vrai repos de la conscience dans la justification, et quelltj certitude on y reçoit.

On voit par là ce qu'il faut faire pour accepter la promesse et se rappliquer; c'est sans hésiter, quMl faut croire que la grâce de la justice chrétienne, et par conséquent la vie éternelle, est à nous en Jésus-Christ; et non-seulement à nous en général, mais encore à nous en particulier. Il n'y a point à hésiter du côté de Dieu, je le confesse : le ciel et la terre passeront plutôt que ses promesses nous manquent. Mais qu'il n'y ait point à hésiter ni rien à craindre de notre côté; le terrible exemple de ceux qui ne persévèrent pas jusqu'à la fin, et qui, selon les Luthériens, n'ont pas été moins justifiés que les élus mêmes, démontre le contraire. '

Voici donc en abrégé toute la doctrine de la justification : qu'encore que pour nourrir l'humilité dans nos cœurs nous soyons toujours en crainte de notre côté, tout nous est assuré du côté de Dieu ; de sorte que notre repos en cette vie consiste dans une ferme confiance en sa bonté paternelle, et dans un parfait abandon à sa haute et incompréhensible volonté, avec une profonde adoration de son impénétrable secret.

41. La Confession de Strasbourg explique la justification comme rE<;lise romaine.

Pour la confession de Strasbourg, si nous en considérons la doctrine, nous verrons combien on eut raison, dans la conférence de Marpourg, d'accuser ceux de Strasbourg, et en généra) les Sacramentaires, de ne rien entendre dans la justification de Luther et des Luthériens : car cette Confession de foi ne dit pas un mot ni de la justice par imputation, ni aussi de la certitude qu'on en doit avoir (V, ci-dessus, liv. ii. n. dem.). Elle définit au contraire la justification, ce par quoi ^injustes nous devenons justes, et de mauvais , bons et droits (Conf. Argent, cap. 3 et 4.), sans en donner d'autre idée. Elle ajoute qu'elle est gratuite, et l'attribue à la foi, mais à la foi unie à la charité et féconde en bonnes œuvres.

Aussi dit-elle, avec la Confession d'Ausbourg, que la charité est V accomplisse ment de toute la loi selon la doctrine de

saint Paul (Ibid.) : mais elle explique plus fortement que n'y avoit fait Melancton, combien nécessairement la loi doit être accomplie, lorsqu'elle assure c< que personne ne peut être » pleinement sauvé, s'il n'est conduit par l'esprit de Jésus- » Christ à ne manquer d'aucune des bonnes œuvres pour » lesquelles Dieu nous a créés ; et qu'il est si nécessaire que » la loi s'accomplisse, que le ciel et la terre passeront plutôt » qu'il puisse arriver du relâchement dans le moindre trait )) de la loi, ou dans un seul iota » (Conf. Argent, cap, 5. p. 181.).

Jamais Catholique n'a parlé plus fortement de l'accomplissement de la loi, que fait cette Confession ; mais encore que ce soit là le fondement du mérite, Bucer n'y en disoit mot; quoique d'ailleurs il ne fasse point de difficulté de le reconnoître au sens de saint Augustin, qui est celui de l'Église.

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